Videodrome

De : David Cronenberg

Avec James Woods, Deborah Harry, Sonja Smits, Peter Dvorsky

Année: 1984

Pays: Canada

Genre: Science-Fiction, Horreur

Résumé :

Le patron d’une petite chaîne érotique sur le câble capte par hasard un mystérieux programme-pirate dénommé Vidéodrome, qui met en scène tortures et sévices sexuels. Son visionnage provoque peu à peu des hallucinations et autres altérations physiques. La frontière entre réalité et univers télévisuel devient bien mince, et la folie guette…

Avis :

David Cronenberg est un réalisateur canadien qui s’est rapidement imposé comme un auteur à part entière et qui fournit toujours des sujets assez difficiles d’accès, mais toujours intéressants dans les propos qu’ils véhiculent. Si La Mouche reste l’un de ses plus gros succès et certainement le film qui lui a permis de faire un peu tout ce qu’il a voulu par la suite, il ne faut pas oublier que le cinéaste a à son actif des films comme Faux-Semblants, Chromosome 3, Rage ou encore Scanners. Des films qui ont tous un point commun, une fascination presque morbide du corps humain subissant des mutations. Videodrome est son neuvième film et il s’intercale entre deux métrages cultes du réalisateur, Scanners et The Dead Zone. Sorte de pamphlet contre la puissance de la télé et sur les déviances de l’esprit humain, David Cronenberg livre un film assez complexe, qui se perd un peu dans son dernier tiers.

L’histoire raconte la vie d’un producteur de télé qui officie sur une petite chaine du câble qui s’est spécialisé dans le porno et les films relativement violents. Une niche qui attire du monde et qui permet à la société de survivre dans un monde où la télé prend de plus en plus de place et possède même une religion. Alors qu’il est à la recherche de quelque chose de toujours plus fort, il tombe sur Videodrome, une émission qui montre des sévices sexuels absolument odieux. Il décide alors de rechercher qui produit cette émission, et il va rapidement tomber dans un piège, car la vidéo tombe des hallucinations et son corps va peu à peu se transformer. A travers ce pitch, on remarquera deux choses. Tout d’abord, Cronenberg va tirer à boulets rouges sur la télé et les programmes qu’elle offre au peuple. Ensuite, il va y avoir un deuxième sous-texte sur la mentalité des hommes, qui se répercute sur la dégénérescence physique du personnage principal, perdant petit à petit le contrôle. Toujours obnubilé par la chair mais aussi le mental, Cronenberg va mettre dans ce film tout ce qui l’obsède.

Le début est assez éloquent et va être le plus réussi dans ce métrage. Le personnage principal (incarné par un James Woods convaincant) est une véritable pourriture qui ne créera aucune empathie avec le spectateur. Bien au contraire, il sera un type manipulateur, méchant et sans aucun état d’âme pour les autres. En soi, David Cronenberg livre un premier message sur la télévision, un monde pourri par le fric et le sensationnalisme, voulant toujours aller plus loin pour fidéliser de nouveaux clients pas toujours bien nets. Autour de ce personnage détestable, on trouvera d’autres protagonistes qui auront le même effet à cause de leurs déviances et de leur volonté de se faire mal ou mal aux autres. Deborah Harry est parfaite dans ce rôle étrange et hypnotique, une jeune femme aimant se faire mal lorsqu’elle fait l’amour. En fait, le cinéaste entretient durant cette partie un certain mal-être et il va au bout de ses idées, n’hésitant pas à fournir des images choc et puissantes, comme cette pauvre femme qui se fait tabasser dans un écran de télé. En faisant ainsi, Cronenberg fait passer un message assez nihiliste sur notre futur et sur notre rapport à l’image.

Un rapport qui n’est finalement pas si loin de la réalité aujourd’hui, avec toute l’indécence que l’on connait à travers les réseaux sociaux et les gens qui postent des propos infâmes dans le but de faire le buzz. Et finalement, c’est pile poil le but de James Woods dans ce métrage qui ne souhaite qu’une chose, se faire remarquer, gagner des adhérents et proposer un contenu choquant. Et si la mentalité humaine est complètement pervertie dans ce film, ce sera aussi le cas du physique. Accompagné de Rick Baker pour les effets spéciaux, le cinéaste canadien montre sa fascination pour le changement d’état et les altérations physiques. Certaines séquences sont clairement affreuses et fonctionnent encore aujourd’hui, comme le passage du ventre qui s’ouvre et dans lequel le personnage y glisse un pistolet. La télé elle-même change d’état, devenant une chose vivante et sensuelle, à laquelle on ne peut résister, offrant des moments gênants, mais qui pourraient représenter les pensées de certains protagonistes.

La télé est d’ailleurs décrite comme une sorte de drogue, un élément à part entière de l’intrigue qui a même une religion et des personnes qui ne prônent l’échange vocal qu’à travers des écrans. Le réalisateur montre alors tous les méfaits de la déshumanisation à travers un écran vide de sens, dont les sans-abris adorent se délecter. Un message assez étrange de la part d’un réalisateur de cinéma, mais qui montre encore une fois les déviances de l’homme face à quelque chose qui n’est pas vital et qui doit être un moyen de divertir mais aussi et surtout d’instruire, et non pas de rendre plus violent, plus bête ou plus déviant.

Seulement, le film se perd complètement dans sa deuxième partie. Si tous les messages sont importants et complètement audibles, le film s’emporte dans une seconde moitié beaucoup trop bizarre et presque incompréhensible. Ce fut d’ailleurs la sensation de certaines critiques lors de la projection du film à l’époque et il est vrai qu’aujourd’hui, et malgré les efforts sur les effets spéciaux, le film a tendance à partir dans un délire gore qui n’a pas vraiment de sens. On comprend que l’émission Videodrome donne des hallucinations et qu’un homme est derrière tout ça, mais tout le délire psychologique de Woods et sa façon de faire demeure un mystère. Tout comme la décomposition accélérée d’un cadavre alors qu’il n’a pris qu’une balle dans la tête. Cronenberg perd son spectateur dans un final qui manque clairement de finesse et qui se révèle décevant par rapport au reste du métrage.

Au final, Videodrome est un film très intéressant et très intelligent. La première partie du métrage est un énorme pamphlet contre la télé et ses dérives, mais aussi sur la psyché humaine, qui ne demande qu’à être nourrie de programmes indécents et inutiles. Il est dommage que le réalisateur soit complètement parti en eau de boudin lors de son dernier tiers, offrant un spectacle gore incompréhensible et qui laisse le spectateur sur un sentiment perplexe quant au message véhiculé. Bref, Videodrome est un bon film, mais pas le meilleur de la filmographie de David Cronenberg.

Note : 15/20

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Par AqME

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