octobre 26, 2020

Premier Contact – Le Pouvoir des Mots

Titre Original : Arrival

De : Denis Villeneuve

Avec Amy Adams, Forest Whitaker, Jeremy Renner, Michael Stuhlbarg

Année: 2016

Pays: Etats-Unis

Genre: Science-Fiction

Résumé :

Lorsque de mystérieux vaisseaux venus du fond de l’espace surgissent un peu partout sur Terre, une équipe d’experts est rassemblée sous la direction de la linguiste Louise Banks afin de tenter de comprendre leurs intentions.
Face à l’énigme que constituent leur présence et leurs messages mystérieux, les réactions dans le monde sont extrêmes et l’humanité se retrouve bientôt au bord d’une guerre absolue. Louise Banks et son équipe n’ont que très peu de temps pour trouver des réponses. Pour les obtenir, la jeune femme va prendre un risque qui pourrait non seulement lui coûter la vie, mais détruire le genre humain…

Avis :

Il est d’un commun accord (assez étrange tout de même) de dire que le cinéma actuel n’a plus la même âme et la même sensibilité qu’auparavant. On entend souvent dire ça et là que les acteurs des années 40/50 avaient plus de classe, que les films étaient plus beaux et avec des messages plus porteurs. Mais cet état de fait est complètement faux, surtout quand on regarde la pelletée de films avec un cœur qui sortent sur les écrans de nos jours. Alors certes, il y a des blockbusters qui ne sont là que pour engendrer de l’argent, mais il y a aussi les films qui ont une âme, un style bien précis grâce à leur metteur en scène. Et pour le coup, depuis 2010, il y en a un qui percute à chaque sortie, c’est Denis Villeneuve. Canadien, le réalisateur frappe un grand coup avec son premier film, Incendies, qui va lancer une carrière à la fois mainstream et auteurisante, car le bonhomme fait partie de ces gens qui ont une vision particulière du cinéma et qui s’y donne corps et âme. Si Enemy est peut-être son film le plus personnel et le plus difficile d’accès, il avait surpris tout le monde avec Sicario, prenant à revers les adeptes de films d’action pour mettre en avant une mise en scène sobre et efficace, se reposant beaucoup sur l’attitude de ses acteurs. Et si Premier Contact est dans cette veine, il va aussi posséder un message universel d’une beauté sans nom.

Tiré d’une nouvelle de Ted Chiang intitulée L’Histoire de ta Vie, Premier Contact raconte l’histoire d’une linguiste qui va devoir décoder le langage d’extraterrestres qui viennent d’arriver sur Terre en huit points différents. Afin d’éviter de faire une énorme bêtise déclenchant la fin de l’humanité, elle va devoir décoder des signes afin de comprendre la volonté des aliens. Avec ce pitch, Denis Villeneuve rentre dans la grande cour des films de science-fiction qui se détachent complètement d’une forme nerveuse pour aboutir à une œuvre intimiste mais d’une profondeur incroyable. S’ancrant sur la puissance des mots et leur utilisation, le réalisateur s’amuse à pondre des indices sur la nécessité de se comprendre pour ne plus avoir de guerre. Une notion qui échappe à beaucoup et qui montre à quel point le langage peut façonner notre appréhension du monde. A chaque fois, les mots utilisés peuvent avoir un double sens, brouillant ainsi les pistes et nos repères sensoriels pour mieux nous surprendre avec un twist qui est une ode à l’amour.

Bien moins niais que le Interstellar de Christopher Nolan, le réalisateur canadien offre une vision très particulière de l’amour, du destin et du cycle. Profitant de sa mise en scène lente et contemplative pour afficher des plans de toute beauté, le cinéaste prouve qu’il est aussi à l’aise dans des séquences intimistes importantes que dans des moments plus nerveux, plus grand spectacle. Ainsi, avec cette alternance de phases lentes et de moments plus rapides, Denis Villeneuve ne perd jamais le spectateur sous l’ennui et mieux que ça, réveille son instinct en essayant de déchiffrer ce code et la venue des extraterrestres. Expérience sensorielle sublime, le film se targue aussi d’une BO à toute épreuve, avec beaucoup d’infrabasse qui simule le chant des aliens, un peu comme les baleines sous l’eau. C’est à la fois stressant et beau, ajoutant encore de l’ambiguïté dans un film d’une richesse inouïe et qui baigne dans les symboles. Il n’est d’ailleurs pas étonnant de retrouver des cercles un peu partout, représentant le langage des heptapodes, mais aussi le cycle de la vie, l’éternel recommencement, un point qui prend tout son sens à la fin du métrage.

Le plus étonnant dans ce film, c’est que tout touche au sublime. De la mise en scène racée avec de lents mouvements de caméra à l’écriture profonde et à double sens de l’intrigue, le film fait aussi la part belle à ses comédiens, qui sont d’une justesse incroyable. Amy Adams, qui a failli rater le coche pour se consacrer à sa vie de maman, est parfaite. Elle est belle, elle est touchante, elle est forte, elle représente parfaitement ce personnage fort et fragile qui tient tout le film sur ses épaules. Parfois d’une tristesse absolue, elle ne tombe jamais dans le pathos, rayonnant dans ses moments de joie, profitant à fond de ce que la vie lui offre. Jeremy Renner, plutôt habitué aux rôles musclés, est parfait dans la peau de ce scientifique qui suit avec émerveillement cette jeune femme prête à tout pour comprendre des êtres différents de nous mais apparemment inoffensifs. Enfin, Forest Whitaker remet un costume de militaire, mais pour un rôle plus humain, plus fin, dans lequel il excelle.

Enfin, difficile de ne pas voir toutes les références que le film brasse autour de lui, tout en les digérant de manière inédite. On pensera bien évidemment à Rencontre du Troisième Type, ou encore à Interstellar, mais le film arrive à se dédouaner de ces métrages références par une imagerie implacable et des séquences qui oscillent entre la SF, le drame et l’horreur. En effet, Denis Villeneuve n’a pas son pareil pour susciter une angoisse montante lorsque les humains montent pour la première fois dans le vaisseau. Un long couloir noir, à la manière des peintures de Soulages, donnant sur une salle fumante avec deux êtres gigantesques dont la forme rappelle une main. Rien n’est laissé au hasard dans chaque phase, mais aussi dans chaque terme, comme le surnom donné aux deux extraterrestres, Abbott et Costello, deux humoristes américains qui s’amusaient avec les tics de langage et la gestuelle de leur corps. On voit bien que ce film recèle de nombreux niveaux de lecture et qu’il est fait par un grand esprit, mais surtout un grand homme.

Au final, Premier Contact fait partie de ces rares films qui hantent encore et encore les esprits lorsque l’on sort de la salle. Le genre d’expérience que l’on vit rarement au cinéma avec la sensation d’avoir vu un chef d’œuvre, et en un sens, c’est ce qu’est ce film, une perle incandescente, un bijou de SF mais aussi et surtout d’humanisme. Un grand film qui parle de la puissance des mots, mais aussi et surtout de la puissance de l’amour.

Note : 20/20

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Par AqME

Test Bluray

Image

Comme tout bon bluray qui se respecte, la qualité vidéo de cette galette est quasiment irréprochable. On pourra tout de même noter un petit défaut lors la communication avec les aliens, où un vilain trait bleu vient gâcher le brouillard gris en fond. Rien de bien méchant, mais c’est assez visible pour être noté.

Son

Le Dolby Surround fait un travail magnifique, notamment sur la BO qui est essentiel dans ce film, surtout sur la fin qui fait ressortir toutes les émotions du métrage. Il est bien évidemment obligé de regarder le film en Vostf.

Interactivité

Pas de soucis notables sur les menus et leur accessibilité. Le menu du bluray se divise en quatre partie, le film, les chapitres, la sélection des langues et sous-titres et les bonus.

Bonus

Un bluray riche en documentaires, puisqu’il propose pas moins de cinq émissions sur le film, un premier de plus d’une demi-heure sur la genèse du métrage, puis d’autres d’une dizaine de minutes sur la musique du film, sur la force du langage ou encore sur le montage temporel du film. Un bluray généreux et essentiel.

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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