octobre 29, 2020

Joy – La Rage au Vendre

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De : David O’Russel

Avec Jennifer Lawrence, Robert De Niro, Bradley Cooper, Edgar Ramirez

Année : 2015

Pays : Etats-Unis

Genre : Biopic

Résumé :

Inspiré d’une histoire vraie, JOY décrit le fascinant et émouvant parcours, sur 40 ans, d’une femme farouchement déterminée à réussir, en dépit de son excentrique et dysfonctionnelle famille, et à fonder un empire d’un milliard de dollars. Au-delà de la femme d’exception, Joy incarne le rêve américain dans cette comédie dramatique, mêlant portrait de famille, trahisons, déraison et sentiments.

Avis :

The O’Russel Trio, troisième !

On croirait une annonce de concert pour la tournée d’un groupe de folk irlandais comme ça, mais c’est tout simplement que Joy, déjà prétendant aux Golden Globes, marque la troisième collaboration de Jennifer Lawrence, Bradley Cooper et Robert de Niro devant la caméra de David O’Russel (et si l’on compte les films en dehors de son giron, ça fait 4 fois que les duos Bradley/De Niro et Bradley/Lawrence se retrouvent en tête à tête).

Après Happiness Therapy et American Bluff, O’Russel se paye une nouvelle fois son trio gagnant et des nominations aux Oscars (enfin ce n’est pas officiel, mais on sait bien que les Golden Globes sont l’antichambre de la compétition la plus prestigieuse du monde du cinéma) en même temps qu’il confirme sa propension aux histoires vraies incroyables après The Fighter et American Bluff.

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Ah, qu’il est loin le temps de l’insouciance et de la légèreté, le temps où David O’Russel ruait dans les brancards avec des comédies un peu foldingue, faisait découvrir un Ben Stiller tout jeune dans Flirter avec les embrouilles en 96 et envoyer George Clooney et Mark Whalberg faire les zouaves en Irak dans Les Rois du Désert en 99.

Aujourd’hui, après un long moment de silence (tout juste entrecoupé par l’anecdotique J’aime Huckabees), il réalise presque un film par an et se sens toujours des envies de biographies épiques et de films oscarisables véhicules à performances d’acteurs.

C’est d’ailleurs le premier et principal souci de Joy, qui saute aux yeux dès les premières minutes du film. Tout respire l’oscar, et suinte les nominations par tous les pores de la peau, tout semble fait pour époustoufler, étourdir le spectateur dans un maelström d’émotions brutes, de personnages forts et d’histoire incroyable, le tout avec la caution « adapté de faits réels » (et pas celle des films d’horreur sans idées, non, celle du cinéma qui se récompense).

Cela paraît si peu naturel qu’il est difficile au premier abord de s’attacher à ce parcours pas si atypique de femme forte, et de voir autre chose qu’une machine à oscar bien rôdée. Même si (ou d’autant que, selon le point de vue), O’Russel s’échine a éclater sa réalisation, à passer d’une séquence à l’autre sans transition, à créer des situations avec ses personnages sitôt le film commencé, sans même nous avoir donné le temps de nous acclimater à l’histoire et à l’ambiance.

Les acteurs défilent, les personnalités fortes s’accumulent, les parties de ping-pong verbales font rage en nous laissant sans point de repère, on passe du rêve à la réalité, d’une scène à l’autre, d’un jour (mois ?) à l’autre sans réel notion d’espace ou de temps, et le tout finit par nous sembler n’avoir ni queue ni tête.

On ne comprend pas où le réalisateur veut en venir, et si l’on voit bien poindre derrière la mère de famille étouffée et lasse la rage des rêves inassouvis, cette histoire de jeune femme courageuse cherchant à faire financer son invention laisse une curieuse sensation de flottement.

En bref, on décroche trop vite et trop souvent.

Il faut dire que niveau scénario, le film ne part pas gagnant.

Non pas qu’il soit mauvais (bien que foncièrement décousu et opaque par moment), mais on nous raconte quand même l’histoire d’une héroïne qui cherche à se renouveler et réaliser ses rêves d’enfants en devenant une créatrice de… serpillères.

Sans parler de glamour (qui serait une façon bien superficielle d’avancer des arguments), ce n’est pas forcément un sujet immédiatement emballant, et le film peinera constamment à nous intéresser, que ce soit dans la conception de l’objet à proprement parler, la création d’une entreprise de confection de serpillères donc, ou la description de l’univers des télé-achats du début des années 90.

O’Russel semble construire son film comme Joy construit ses serpillères, en un assemblage de scènes disparates qui formerait au bout du compte un film cohérent, mais on peine à trouver une ligne directrice à laquelle se raccrocher pendant une bonne partie du film. Pourtant, à force d’attention, le scénario finit par être clair et finalement assez simple, mais c’est dans la façon très (trop) originale de structurer et réaliser son film que le cinéaste nous perd.

Il faudra l’énergie incroyable déployée par le métrage, et surtout par son actrice principale, pour faire décoller cette histoire cahotante.

De tous les plans, de toutes les scènes, furie contenue et volonté sans limite, Jennifer Lawrence, sans aller jusqu’à dire qu’elle sauve le film, le porte en tout cas tout entier sur ses épaules, et pourrait bien remporter une nouvelle récompense prestigieuse. Elle campe une Joy à l’abnégation absolue et au courage indéfectible, que rien ne réussit à abattre, ni les échecs, ni les jalousies, ni les aléas de la vie. Dans ces moments là, quand il scrute les efforts fournis par cette mère courage se refusant la plus petite baisse de motivation, dans ces instants de grâce, le film trouve une force incroyable qui nous scotche à l’écran, et on se prend à suivre l’odyssée de cette petite grande âme comme l’épreuve d’un coureur de fond.

Hélas, ces moments là sont rares, et si le métrage se bonifie à mesure qu’il avance, trouvant plus de cohésion, de consistance en même temps que plus de simplicité dans la narration, le soufflet retombe régulièrement, pour retrouver une sorte de léthargie académique amidonnée dont même l’investissement des acteurs ne peut nous faire sortir.

Car Jennifer Lawrence n’est pas la seule à féliciter, et les autres interprètes font ce qu’ils peuvent pour garder un minimum de densité, malgré des personnages, comme une bonne partie du film, un peu flottants. De Niro fait du De Niro mais le fait bien, Bradley Cooper opte pour le minimalisme et l’économie de moyens, Edgar Ramirez et Diane Ladd se fondent agréablement dans le décor, et si Virginia Madsen a tendance à surjouer un peu la névrosée, elle a le mérite de proposer quelque chose de plus rugueux. Quand à Isabella Rosselini, elle campe une très belle business-woman aussi veule qu’incompétente.

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Non, décidément les acteurs ne sont pas à blâmer, ils se débattent juste dans une histoire qui n’est tout simplement pas assez intéressante pour emporter l’adhésion. Cette success story, aussi vraie soit-elle, qui mena une jeune femme à devenir matriarche et créer un empire, ne sort pas assez des sentiers battus ni dans sa trame, ni dans son univers, pour être autre chose qu’un véhicule à Oscars certes loin d’être désagréable, mais qui manque de fluidité, et peut-être d’humilité.

Mais quand on sait que le très très académique et conventionnel Discours d’un roi a été couronné il y a quelques années, on se dit que Joy ne paraît finalement pas si mal parti.

Note : 12/20

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Par Corvis

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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