février 4, 2023

Kaléidoscope – Les Acteurs Multifaces au Cinéma – 2ème Bobine: Une Comique Affaire de Famille

D’un côté, cet art du travestissement et du rôle multiple s’inscrit logiquement dans la veine comique du cinéma, où les acteurs ne rechignent jamais à devenir méconnaissables pour jouer des rôles à contre-emploi. De l’autre, ces mêmes acteurs sont généralement friands de changements drastiques de leur apparence par la magie des effets physiques, de vieillissement, de changement de poids, voire de sexe (demandez à Dustin Hoffman et Robin Williams ce qu’ils en pensent, et ils vous répondront Tootsie et Madame Doubtfire). Logique dès lors qu’on se mette à déguiser, dans la droite lignée de Noblesse oblige, un même individu pour jouer divers membres de la même famille. Si on est rarement allé jusqu’aux même extrémités qu’Alec Guiness (il faudra attendre la boulimie mégalomaniaque d’Eddie Murphy, voir plus loin), plusieurs films ont mis en scène une fratrie, ou des ascendants, interprétés par un seul et même acteur.

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C’est le cas de Tu Fais pas le poids, shérif, séquelle du culte Cours après moi, shérif, film d’action redneck à l’inconsistance assumée qui voyait Burt Reynolds narguer un shérif dépassé par les événements en la personne de Jackie Gleason. Dans le second opus, le shérif, Bufford T. Justice, toujours à la poursuite des compères Bandit et Snowman, était contraint in fine de demander de l’aide à ses deux représentants de la Loi de frères, Reginald Van Justice du Québec, et Gaylord Justice d’une autre région du Texas. Deux personnages de flic incapable de plus à tourner en dérision, et une occasion rêvée pour Jackie Gleason de se faire plaisir en interprétant des frères aux tempéraments radicalement différents. L’équipe du film poussera le vice jusqu’à le créditer trois fois au générique, deux fois sous le nom de Mr Jackie Gleason, et une fois sous le nom de Mme Jackie Gleason pour le rôle de Gaylord.

Quelques années auparavant, Richard Pryor (le génie des ordinateurs de Superman III) c’était lui aussi glissé dans plusieurs costumes avec Which way is up ?, en interprétant avec sa verve et son énergie habituelle un homme et son père, dans un imbroglio amoureux où se débat également un révérend libidineux, lui aussi joué par Pryor. Un film mineur dans la carrière de l’acteur, mais qui montre bien la facilité avec laquelle il savait jongler entre les personnages, en s’octroyant trois rôles à l’opposée l’un de l’autre (le contraire aurait quand même été beaucoup moins intéressant, avouez-le). Un jeune homme placide et romantique, un vieux râleur dur à cuire, un révérend violent et survolté, trois facettes de la personnalité de Richard Pryor pour un drôle de film, voire un film très drôle.

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Mais c’est surtout dans les années 80 qu’une trilogie de science-fiction va pousser le procédé jusqu’au bout (enfin pas jusqu’au bout de Noblesse Oblige, éternel détenteur du titre, mais c’est pas mal quand même). Années 80, science-fiction, trilogie ?… J’espère pour vous que vous n’avez pas réfléchi longtemps, bien entendu il s’agit des trois Retour vers le futur de Robert Zemeckis, dans lesquels Marty McFly (Michael J. Fox), traversait les époques et tombait nez à nez avec différents membres de sa famille. Le concept était trop tentant de donner l’apparence de l’acteur à ses ascendants et descendants, et si l’idée ne leur vint pas dès le premier volet (le père de Marty étant interprété par Crispin Glover), ils corrigèrent le tir sur les opus suivants. Impossible de faire jouer à Michael J. Fox le rôle de son père après avoir découvert le physique de Glover dans le film original (qui sera tout de même remplacé dans ces deux films par Jeffrey Weissman suite à des désaccords), mais les allers et retours dans le temps permettaient de rencontrer beaucoup d’autres membres de la famille McFly, et c’est ainsi qu’il se retrouva, lors d’une escapade dans le futur lors du second épisode, dans la peau de son lui de presque 50 ans, de son fils Marty Jr et même de sa fille.

Quelques courtes séquences seulement les mettent en scène, et on imagine l’équipe décider de ce rôle multiple principalement par plaisir du jeu, mais cela reste néanmoins totalement dans l’optique du film qui met Marty face à son histoire familiale, à son passé, son futur et sa descendance, le conservant tout au long de la trilogie, même dans les plus petits rôles, au centre de l’intrigue. Car on le retrouvera encore dédoublé dans le troisième épisode, qui se déroule dans le Grand Ouest de 1885, où il rencontre l’ancêtre qui lui a donné son deuxième prénom, Seamus McFly. Là aussi le principe du miroir va au-delà du simple gimmick, puisqu’il retrouve dans cet ancêtre qu’il n’a jamais connu un alter ego dont il se sentira proche, et qui l’aidera à évoluer autant que le contraire (suggérant de ce fait que Marty aura donné par deux fois un coup de pouce à son propre passé).

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De multiples personnages pour Michael J. Fox donc, mais qui ne parasitent pas son interprétation principale par une trop grande présence à l’écran, tenant presque plus de l’apparition que de véritables rôles, ce qui est également loin d’être rare dans le monde de la comédie au cinéma.

Par Corvis

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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