septembre 24, 2020

Vincent n’a pas d’Ecailles – Le Superslip du Terroir

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De : Thomas Salvador

Avec Thomas Salvador, Vimala Pons, Youssef Hajdi, Nicolas Jaillet

Année : 2015

Pays : France

Genre : Fantastique

Résumé :

Vincent a un pouvoir extraordinaire : sa force et ses réflexes décuplent au contact de l’eau. Pour vivre pleinement ce don, il s’installe dans une région riche en lacs et rivières, et suffisamment isolée pour préserver sa tranquillité. Lors d’une escapade aquatique, il est surpris par Lucie dont il tombe amoureux.

Avis :

Faisons un test.

Si je vous dis « super-héros français », à quoi pensez-vous ?

Hero Corp est la première réponse qui vous viendra à l’esprit, logiquement, tant cette série a pu créer un univers crédible, immense hommage au comic-book américain avec cette french touch dans les dialogues qui lui donne son cachet inimitable.

Les lecteurs de BD citeront certainement La Brigade Chimérique, ou l’Inénarrable SuperDupont de Gotlib pour les plus déviants.

Les esthètes, eux, vous rappelleront que des personnages de la littérature classique tels qu’Arsène Lupin ou Fantomas peuvent être considérés comme les ancêtres du super-héros tel qu’on se le figure aujourd’hui.

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On pourrait encore citer bon nombre de représentants franchouillards du genre (un excellent bouquin, « Super-héros, une histoire française » est d’ailleurs disponible à ce sujet), mais la plupart d’entre eux restent inconnus du grand public, tant est si bien qu’on n’imagine pas que notre pays puisse avoir une histoire superhéroïque.

Le constat qui en découle, c’est que le mythe du super-héros, de l’homme (ou la femme) qui se découvre des pouvoirs et qui apprend à les apprivoiser, ne fait pas vraiment partie du paysage culturel français actuel.

Quand on s’en approche, le résultat est plus proche d’une imagerie d’Épinal désuète (Fantomas, Belphégor, Garou Garou, Vidocq…) ou d’un hommage révérencieux calqué sur les modèles anglo-saxons (Hero Corp, le Captain Biceps de Zep, la Brigade Chimérique et son « radiumpunk »).

Mais le pays du fromage qui pue et des vaches qui pètent a encore du mal à s’approprier ces personnages actuels pour les accommoder à sa sauce. C’est donc d’autant plus rafraichissant de découvrir un film comme Vincent n’a pas d’écailles, de et avec Thomas Salvador, qui prend à bras le corps le sujet de « l’homme aux pouvoirs phénoménaux dans le monde d’aujourd’hui ».

Ni blockbuster pyrotechnique façon Marvel, ni « real-life superhero » movie à la Kick-Ass, Vincent n’a pas d’écailles pourrait se rapprocher d’un Hancock sur le fond, dans sa peinture d’un anti-héros aux pouvoirs qu’il préfère cacher. Si ce n’était ce petit détail : le métrage embrasse pleinement son statut de film d’auteur français et choisit l’anti-spectaculaire lancinant. Plutôt que de raconter la découverte d’un pouvoir, l’apprentissage d’aptitudes et de nombreuses péripéties héroïques, il se concentre sur la vie sans attaches de son personnage principal, l’ennui de la vie de tous les jours, ses rencontres amicales ou amoureuses, avec toujours ce secret incroyable dissimulés dans ses regards et son comportement.

Soit celui d’un homme dont les capacités décuplent au contact de l’eau, le rendant plus fort, plus rapide, plus résistant, et capable de sauter par dessus les toits comme, bien sûr, de nager avec l’aisance et la vélocité d’un poisson. Comme une kryptonite inversée, l’eau révèle ses compétences hors du commun, rendant l’utilisation de ses pouvoirs sujette à des prédispositions particulières.

Du coup, Vincent préfère rester banal, effacé, anonyme, et se libérer lors de longues escapades aquatiques dans des lacs et des rivières, sans faire usage de ses facultés. Mais la rencontre avec la jolie Lucie (Vimala Pons) va peut-être l’obliger à se montrer moins discret.

Vision originale d’un concept rabâché, Vincent n’a pas d’écailles est porté par son rythme et son épure autant qu’il en pâtit. Si sa structure linéaire (il se passe au final très peu de choses et le film ne dépasse pas les 80 minutes) et son sens de l’anti-spectaculaire apportent un plus indéniable aux scènes « d’action » qui se déroulent généralement en plans très posés et sans aucune musique, ils desservent également les tranches de vie qui les entrecoupent. Vincent n’a pas d’écailles met énormément de temps à démarrer, le film insistant longuement sur les errances de son personnage principal, qui travaille mollement, se baigne, bois une bière en silence avec un ami, se rebaigne, rencontre des gens lors d’un concert de village, se rebaigne encore…

Une ambiance lancinante qui menace constamment de tomber dans la lourdeur malheureusement habituelle de bon nombre de films d’auteur français.

C’est donc le traitement des pouvoirs surhumains du héros qui relève l’intérêt du film, d’autant qu’ils prennent de plus en plus d’importance au fil des scènes, le dernier tiers étant entièrement constitué d’une fuite vers l’avant, une sorte de course-poursuite sèche et sans esbroufe qui n’oublie jamais d’utiliser à bon escient les particularités des pouvoirs de Vincent.

Au fur et à mesure des bobines, la filiation aux codes anglo-saxons se fait plus nette, sans jamais tomber dans la citation, et jusqu’à un joli épisode en forme de pied de nez.

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En résumé, l’adhésion au film se fera principalement par votre faculté d’adaptation à un rythme et une ambiance particulière, mais s’il pourra mettre à rude épreuve la patience des spectateurs peu enclins à des apparats de films d’auteurs lancinants sur ce genre de sujet, Vincent n’a pas d’écailles reste une initiative originale et attachante qu’il est de notre devoir d’encourager.

Note : 14/20

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Par Corvis

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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