décembre 2, 2020

Furyo

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Titre Original : Merry Christmas, Mr Lawrence

De: Nagisa Oshima

Avec David Bowie, Yuji Honma, Daisuke Iijima, Hideo Murota

Année : 1983

Pays : Japon, Angleterre, Nouvelle-Zélande

Genre : Drame

Résumé :

Java 1942 : un camp de prisonniers américains est dirigé par le capitaine Yonoi, un chef japonais à la poigne de fer. A la crainte et au mépris qu’éprouvent les prisonniers et les subalternes du capitaine à l’endroit de ce dernier, s’oppose la résistance étonnante d’un soldat anglais, Jake Celliers. Face à son attitude provocante, Yonoi devient de plus en plus sévère dans le but de faire plier le rebelle.

Avis :

Nagisa Oshima, c’est plus de cinquante ans de carrière. Nagisa Oshima, c’est peut-être l’un des cinéastes japonais les plus connus au monde, titre qu’il doit se partager avec Akira Kurosawa. Nagisa Oshima, c’est vingt-quatre films, et quelques scandales à la clef, le plus connu étant « L’Empire des sens« , sorti en 1976 et qui fit couler énormément d’encre et entra directement au panthéon des films cultes incontournables. Mais, pour part, c’est un réalisateur que je connais mal, puisque de son parcours, je ne connais que « L’Empire des sens » justement, alors j’ai décidé d’élargir un peu ma culture et je me suis arrêté sur « Furyo« , sorti en 83 avec en tête David Bowie.

« Furyo« , c’est un film qui traite de la Seconde Guerre Mondiale, mais autrement. Alors que je m’attendais à un film plus traditionnel, j’ai été surpris de voir que l’intrigue n’allait se passer que dans un camp de prisonniers et que Nagisa Oshima allait traiter la guerre de façon psychologique et son intrigue allait plus se baser sur les rapports de force et les possibles liens assez troubles et contradictoires qu’ont pu se lier les prisonniers et leurs geôliers. Une surprise à laquelle je ne m’attendais pas et que j’ai accueillie les bras ouverts. C’est alors un très beau film sans haine que le réalisateur nous livre et le récit s’avère captivant.

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1942, dans un camp de prisonniers britanniques, le quotidien est difficile, car le camp est dirigé par Yonoi, un homme aussi troublant que ferme. Chaque prisonnier essaie de s’adapter comme il peut attendant la fin d’une guerre qui tarde à arriver. Mais bientôt, la venue d’un nouveau prisonnier, Jake Celliers, va changer un peu les choses. C’est dans un rapport de force, entre haine et admiration, que le nouveau détenu et le chef à la poigne de fer vont se livrer une guerre d’un tout autre genre.

Je ne savais pas trop à quoi m’attendre en me lançant dans ce film. Je n’en avais pas forcément entendu parler et ça faisait un bout de temps qu’il commençait à traîner à la maison. Alors je me suis enfin décidé à le regarder et quelle belle idée j’ai eu là, car Nagisa Oshima m’a offert un film fort, poignant et inhabituel sur la guerre. « Furyo« , c’est un rapport de force qui s’entrechoque à la diversité des cultures. C’est une analyse profonde et intelligente sur la guerre, sur la compréhension de l’autre, sur le respect, sur les rapports humains, puis les haines, qui ne seraient surement pas là, en dehors de ce contexte particulier qu’est la guerre. L’intrigue est captivante, le réalisateur nous immerge facilement dans son récit. Un récit accompagné par une bande originale parfaitement inoubliable. Savoureux mélange des années 80 et des sonorités qui rappellent le Japon, c’est juste parfait à l’écoute. L’histoire dégage bizarrement une certaine poésie, comme je le disais plus haut, « Furyo« , c’est la guerre filmée autrement, dans un autre contexte et le réalisateur arrive à faire de très belles choses parfois, nous proposant une vision pertinente, subtile, et très riche. À travers cette histoire, c’est l’injustice et la bêtise de la guerre et de l’être humain que le réalisateur pointe du doigt, dans ce qui s’apparente comme un film en fin de compte terriblement humaniste.

« Furyo« , c’est aussi une excellente mise en abîme. Magnifiquement filmé, le film sera émerveiller par son côté presque « Malickien » de ses images, mais aussi tenir en haleine avec des scènes vraiment fortes, où l’on reste tendu devant, attendant avec une certaine angoisse ce qui va bien pouvoir se passer. Je pense à plusieurs scènes d’exécutions où le réalisateur va s’amuser à jouer avec nous, sur la possibilité,ou non que les personnages s’en sortent. J’ai trouvé que ça donnait un souffle en plus au film et c’était très bien vu.

Bien sûr, le film est génialement tenu par des comédiens au top, à commencer par David Bowie, que j’ai trouvé vraiment magnétique. Le réalisateur le filme de manière passionnante et le chanteur crève littéralement l’écran, avec un regard ou une expression. Je suis resté assez bouché bée, car je n’ai pas souvent vu Bowie devant la caméra, comme je le remets que dans « Le Prestige » de Nolan, et l’on ne peut pas dire que ce soit un rôle immense. Alors que là, c’est une vraie révélation, il est crédible, touchant, et tient vraiment le film jusqu’au bout. Pour cela, il est soutenu par trois autres acteurs tout aussi bons que lui. Tout d’abord, Tom Conti qui joue un commandant anglais, partagé entre amitié et haine envers ses geôliers. Plusieurs fois, l’acteur m’a fait frémir de par la destinée de son personnage et son jeu évidemment. Puis, de l’autre côté, chez les Japonais, on retrouvera le grand Takeshi Kitano dans un rôle vraiment ambigu et fascinant. On ne saura pas bien ce que veut ce personnage jusqu’au bout de l’œuvre et l’on en sera d’autant plus touché. Puis on pourra être tout autant touché par l’excellent Ryuichi Sakamoto, qui, lui aussi dans un personnage assez ambigu, campe celui qui dirige avec une main de maître ce camp de prisonniers. Le personnage est prenant parce qu’il dégage quelque chose d’énigmatique, quelque part entre la fascination et le respect pour ce prisonnier incarné par Bowie et en même temps l’envie de prouver sa supériorité par rapport à lui et l’envie absolue de le faire plier. En fait, quand on regarde ce film, on se rend compte qu’il n’est que fascination entre les personnages, et il dégage beaucoup d’émotion par rapport aux regards contradictoires et énigmatiques qu’ils se portent les uns envers les autres.

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Je termine cette chronique comme je l’ai commencée, en rappelant que ce film est une vraie surprise que j’ai pris plaisir à regarder. Il fait partie de ces films qui, quand on les commence, on ne se sait pas trop à quoi s’attendre, que l’on pense autrement et qui nous surprennent dans leur intrigue et dans leur développement et ce n’est pas plus mal. J’ai franchement aimé me laisser envahir par cette ambiance, ces acteurs et cette fabuleuse musique qui résonne encore en moi. Bref, un film à découvrir !

Note : 15/20

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Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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