octobre 29, 2020

Queen and Country

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De : John Boorman

Avec Callum Turner, Caleb Landry Jones, Pat Shortt, David Thewlis

Année: 2015

Pays: Angleterre, Irlande, France, Roumanie

Genre: Drame, Guerre

Résumé:

En 1952, Bill Rohan a 18 ans et l’avenir devant lui.
Pourquoi pas avec cette jolie fille qu’il aperçoit sur son vélo depuis la rivière où il nage chaque matin ?
Cette idylle naissante est bientôt contrariée lorsqu’il est appelé pour effectuer deux années de service militaire en tant qu’instructeur dans un camp d’entraînement pour jeunes soldats anglais en partance pour la Corée.
Bill se lie d’amitié à Percy, un farceur dépourvu de principes avec lequel il complote pour tenter de faire
tomber de son piédestal leur bourreau : le psychorigide Sergent Major Bradley.
Tous deux parviennent néanmoins à oublier un peu l’enfermement et la discipline à l’occasion de rares
sorties. Mais leur est-il encore possible d’y rencontrer l’âme soeur ?

Avis:

Rencontrer une légende du cinéma tel que John Boorman, même si c’est l’espace de quelques minutes, l’histoire d’une présentation et d’un autographe, ça ne se refuse pas. L’homme, tout sourire est venu présenter dans un cinéma parisien son dernier film en date, « Queen And Country » est peut-être son film le plus intime et personnel puisqu’il raconte de manière détournée et amusante, les années de service militaire obligatoire du réalisateur. Ce sera donc un film presque autobiographique sur sa jeunesse dans l’Angleterre d’après-guerre. Une Angleterre en plein changement que le réalisateur nous livre avec une certaine nostalgie.

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Sept années se sont écoulées depuis la Seconde Guerre mondiale. Bill est un jeune homme de dix-neuf ans. Il vit avec ses parents isolés dans une petite île. Un matin comme les autres, il reçoit une lettre. Cette lettre, c’est celle qu’il redoutait le plus et qu’il espérait bien ne jamais recevoir, car c’est la lettre qui l’oblige à aller faire son service militaire de deux ans. Le jeune homme va donc passer deux années dans une caserne. Si au départ, il est un simple soldat, très vite, il va prendre du galon et devenir instructeur pour les jeunes recrues qui partent combattre en Corée. Sur place, il se lie d’amitié avec Percy, un jeune homme loin de tous principes moraux. Ensemble, ils vont essayer de faire tomber l’un de leur supérieur, qui applique le règlement à la lettre. Trop à la lettre même, si bien qu’il en devient insupportable. Mais jusqu’où sont-ils capables d’aller ?

« Queen And Country« , un film qui ne fait (encore) aucun bruit, à l’heure où j’écris ces mots. Et l’on vient à peine de recevoir la bande-annonce, à un peu plus d’un mois avant sa sortie officielle.

Et pourtant, ce film est signé John Boorman, le papa de « La forêt d’émeraude« , « Excalibur » ou « Zardoz« , « Délivrance » et « Rangoon« , c’est dire si le réalisateur officie depuis de nombreuses années, nous offrant des films de qualité et pourtant, c’est dans la discrétion la plus complète qu’il vient nous présenter ce film qui va se révéler être une belle surprise.

Ne connaissant pas le synopsis et ne me basant que sur l’affiche romantique du film, je m’attendais à une histoire d’amour et de costume jonglant entre le dramatique et le romantisme comme on en trouve plein chaque année, et la surprise fut grande, car John Boorman nous a réalisé une bonne comédie qui a du fond et devant laquelle j’ai rigolé de bon cœur.

Avec ce film, John Boorman nous parle de changement dans plein de sens. Le film va aborder le changement dans différentes façons. Premièrement, comme le film se situe peu après la Seconde Guerre Mondiale, j’ai trouvé très intéressant que le cinéaste nous parle de l’armée après la guerre, un sujet que l’on aborde peu voire pas du tout, alors qu’il y a matière à faire quelque chose avec. Alors que dix ans auparavant la Grande-Bretagne était une puissance planétaire, c’était ingénieux que Boorman nous montre le ressenti militaire une fois les États-Unis devenus plus imposant. C’était très bien vu de voir l’ambiance, l’ambition de cette armée à travers une caserne où finalement, il ne se passe pas grand-chose.

Ensuite, le réalisateur aborde aussi le changement et l’adaptation des soldats ayant vécus l’horreur de la guerre. Un changement ou non-changement, qu’on pourra ressentir à travers le personnage de David Thewlis. Le film aborde aussi ce moment important de la vie d’un jeune homme. Ce changement qui le fait radicalement passer du jeune homme à l’adulte.

Et enfin, il y a le plus gros changement du film, un peu comme un deuxième fil rouge. Un chamboulement même, c’est le choc des générations entre anciens militaires, ayant connus l’ère de la monarchie absolue et la nouvelle génération de soldats formés. Une génération moins impliquée, plus libre, plus volage. Une jeunesse qui a décidé de profiter et de ne pas s’enfermer et qui peut s’attirer les foudres de leurs supérieurs, qui eux sont beaucoup plus carrés sur le règlement. On peut facilement penser, à la découverte de tout ceci, que le réalisateur nous livre-là son vécu, ses sentiments les plus intimes sur ce moment de son passé, et c’est ce qui rend le film touchant. Peut-être un ultime sentiment partagé avec le public, n’oublions pas que le réalisateur va fêter ses quatre-vingt-deux ans en janvier prochain.

Vous l’aurez compris, la trame et le fond du film sont donc sérieux, mais John Boorman ne veut pas d’un drame et à décider de faire de ses années à l’armée, une vraie comédie. Le film sera donc très drôle. Pour cela, le réalisateur va se moquer gentiment des règlements et autres règles bien trop strictes de l’armée. Il confronte les deux générations, qui n’ont pas le même regard sur la vie et ce qui est important. Le film va tourner à la dérision et en ridicule des ordures superflues ou des moments anodins. Enfin des moments qui paraissent anodins dans la vie de tous les jours à l’armée, mais qui prennent une toute autre ampleur en dehors de la caserne. Ce que j’ai beaucoup aimé, c’est la subtilité de l’écriture qui soulève le comique sans en faire trop et comme on est mis à la hauteur des deux personnages, on voit le film et donc la stupidité des gens à travers leurs yeux et leurs réactions. Dans un sens, on peut tous se reconnaître un peu en eux. « Queen And Country« , de par ce qu’il critique nous réservera alors de bons moments de non-sens et je me suis vraiment marré en le regardant, surtout avec le personnage joué par Brian F. O’Byrne que j’ai trouvé hilarant avec sa voix grave, presque éclatée, d’ailleurs en écrivant ces mots, je rigole encore en pensant au sérieux du personnage et du ridicule du cliché. Bref, c’était trop bon. Puis lui qui est cantonné aux rôles de connards, ça fait du bien de le voir explorer une partie plus comique même si c’est malgré lui.

En fait, du film, je ne pourrais lui reprocher que deux choses. La première, c’est l’histoire d’amour. Forcément, on devait y avoir droit, mais je la trouve moins prenante que le reste et c’est dommage, car, là aussi, il y avait de la matière pour faire quelque chose de vraiment sympa. Mais le problème, c’est qu’on a du mal à y croire. Et la suivante est dans l’interprétation des deux comédiens principaux qui laisse entrevoir une faille, mais vraiment rien de bien méchant comparé aux plaisirs et aux divertissements que le film a pu m’apporter.

Le film suit le personnage tenu par Callum Turner, un comédien anglais qui m’est inconnu. Le jeune acteur tout en sourire et en charme est plutôt bon dans la peau de Bill. Il est drôle, crédible, distingué, mais il manque ce petit truc pour qu’il soit vraiment excellent. Il y a quelques moments où il a tendance à se relâcher et ça se ressent. Pour jouer son meilleur ami et complice, on retrouve Caleb Landry Jones. Un nom qui ne vous dit peut-être rien et pourtant le jeune comédien s’est déjà illustré dans « X-Men, le commencement« , le hurleur, c’est lui ou dernièrement, on a pu le voir dans « Antiviral » le premier film du fils Cronenberg. Comme pour Callum Turner le comédien est sympathique, charmeur, drôle, mais il a tendance à surjouer parfois, ce qui se fait vite remarquer. Et c’est dommage, car ce n’est pas tout le temps non plus. Le film jouit d’un beau casting britannique, puisque l’on pourra voir David Thewlis dans un rôle fort, Brian F. O’Byrne qui est hilarant comme je le disais, c’est même le meilleur personnage de l’histoire. Richard E. Grant, est fun malgré le peu de temps de présence. Et côté féminin, on sera sous le charme glacial de Tamsin Egerton qui est incroyablement bien filmée et Vanessa Kirby qui sera vous faire sourire.

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« Queen And Country » est donc un bon film pour commencer cette nouvelle année. John Boorman m’aura bien fait rire en mettant en lumière la bêtise de certains règlements. Je n’avais pas ri comme ça depuis longtemps. Il m’aura touché aussi de par le souvenir de cette époque, et de sa révolution des changements, des générations, qu’il filme parfaitement, avec humour et énergie. Par la beauté des plans choisis aussi, la mise en scène est simple et très belle. Et enfin, par l’histoire en elle-même et surtout son dernier plan qui conclut très bien ce joli petit film. Merci Sir Boorman.

Un film à découvrir donc si vous avez l’occasion, car il vaut vraiment le coup d’œil et il risque de passer inaperçu.

Note : 15/20

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Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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