
Avis :
En France, la scène Black/Death est plutôt bien représentée, encore faut-il savoir vers quel label se diriger. Fondé en 2009, Les Acteurs de l’Ombre va devenir un label spécialisé dans le Black expérimental, principalement français. Cependant, ce n’est pas un label qui fait la qualité, même si des oreilles averties valent toujours mieux qu’un type derrière un bureau qui pense savoir ce qui est bien ou pas pour nos tympans. Mais force est de constater que Les Acteurs de l’Ombre ont l’ouïe fine, et bien souvent, quand un groupe provient de chez eux, c’est très qualitatif. Skaphos est un groupe lyonnais qui se fonde en 2018, et qui va rapidement sortir deux albums de façon indépendante (Bathyscaphe en 2020 et Thooï en 2022), puis qui va signer sur un label venant d’Inde pour sortir leur troisième opus Cult of Uzura, montrant une jolie montée en puissance.
Ultra productif, la formation va alors partir du label Transcending Obscurity Records pour aller sur Les Acteurs de l’Ombre, et sortir un quatrième album, un an après le précédent. Jouant dans un Black/Death massif et dense, Skaphos propose alors avec The Descent un album court (un peu plus de 33 minutes et le plus court du groupe à ce jour) mais d’une rare violence, et restant fidèle à son image. Car oui, les lyonnais bâtissent leurs morceaux en mélangeant le mythe de Lovecraft (on retrouve du Dagon là-dedans) avec l’exploration de Jules Verne, nous invitant à une plongée dans les abysses dont on ne sort jamais indemne. Alors oui, ce quatrième opus n’est pas dénué de défauts, comme une certaine redondance dans les mélodies, ou un côté trop « bloc » qui empêche parfois le développement de l’ambiance, mais globalement, l’eau est plutôt bonne.
Tout commence avec Nese Ende. Dès le début, on sait que l’on tombe sur du Black à tendance Death, qui ne va pas nous laisser le moindre répit. C’est virulent, puissant, et d’une rare densité. La double-pédale va à tout-va, les riffs à la guitare sont ultra saturés, et le chant semble provenir des profondeurs abyssales de l’océan. C’est bien simple, on se mange un gros parpaing dans la tronche, et le groupe français n’a pas à rougir niveau production. Le seul point dommageable que l’on peut ressentir c’est, outre un léger manque de finesse, une ambiance qui est peut-être en retrait. On sent les intentions du groupe, mais ce n’est pas forcément prégnant. Et encore, sur ce titre, c’est plus palpable que sur certains autres titres de l’album, qui foncent droit dans le mur. Ici, on a quand même un break au bout de trois minutes.

Okean, qui arrive ensuite, sera un peu la pièce maîtresse de l’album. Long de plus de cinq minutes, le morceau semble être une extension du premier titre. On retrouve la même ambiance, la même vitesse d’exécution, mais avec un peu plus de profondeur. L’album porte bien son nom, puisqu’on a l’impression de descendre un peu plus profondément dans les abysses océaniques, à la rencontre de créatures indescriptibles. Cependant, on peut déjà ressentir une certaine redondance dans les riffs et l’atmosphère. Heureusement, Mireborn va changer un peu la donne. Son entame, avec un côté presque Indus, fait toute la différence, et propose aussi un tempo différent. C’est plus mesuré, plus insidieux, malgré un chant gargantuesque et bien gras. Le titre montre la lourdeur du groupe, et sa propension à construire des titres qui laissent une sensation de masse assez impressionnante, presque monumentale.
En ce sens, on retrouve la même sensation que les écrits de Lovecraft, avec ses cités cyclopéennes gigantesques, devant lesquelles on se sent tout petit. Après ce morceau, on va enchainer quelques titres relativement courts, et qui vont malheureusement manquer d’identité. Ube fonce droit dans le mur, malgré quelques fulgurances plus éthérées, tandis que The Descent tente de calmer la donne dans son début, mais fournit par la suite un son qui baigne dans un Black très traditionnel, manquant de personnalité. Alors c’est toujours bien fichu, mais il manque un petit truc en plus. Horror Squid propose une introduction qui est vraiment plaisante, et titille la curiosité, avec des litanies entêtantes en son début, mais par la suite, on rentre dans un moule préétabli. The Brine Seal aura ce même souci, à savoir un manque d’identité. Enfin, Mariana Tomb renoue avec un Black puissant et traditionnel.
Au final, The Descent, le dernier album en date de Skaphos, est un effort Black/Death très agréable et plutôt réussi, même si on peut lui imputer un manque d’originalité. Il ne se démarque pas forcément de la concurrence, jouant constamment avec des codes préétablis et on peut regretter que les moments d’ambiance si chers au groupe ne soient pas plus exploités. Certes, on ressent comme une descente dans des abîmes liquides, mais cela reste fugace et pas assez appuyés. Bref, c’est tout de même un bon album, qui fera la joie des amateurs de ce genre.
- Nese Ende
- Okean
- Mireborn
- Ube
- The Descent
- Horror Squid
- The Brine Seal
- Mariana Tomb
Note : 14/20
Par AqME
