
Titre Original : I Swear
De : Kirk Jones
Avec Robert Aramayo, Shirley Henderson, Maxine Peake, Scott Ellis Watson
Année : 2026
Pays : Angleterre
Genre : Biopic, Drame
Résumé :
Dans les années 1980, John Davidson grandit avec le syndrome de Gilles de la Tourette, une pathologie encore largement méconnue. Entre incompréhension, stigmatisation et détermination, son parcours d’abord semé d’embûches se transforme en combat pour être reconnu tel qu’il est, au-delà des préjugés.
Avis :
Kirk Jones est un réalisateur et scénariste britannique qui s’est fait connaître avec un cinéma plutôt grand public, souvent porté sur la comédie et les histoires accessibles. On lui doit notamment “Nanny McPhee”, “Mariage à la grecque 2” ou encore “Ce qui vous attend lorsque vous attendez un enfant”. Des films souvent légers, pensés pour divertir. Mais derrière cette image, il y a un réalisateur capable de changer de registre, de prendre des sujets plus sérieux, plus humains. Avec “Plus fort que moi”, Kirk Jones s’éloigne clairement de son terrain habituel pour proposer un film beaucoup plus intime, ancré dans le réel, et ça fait du bien.

Pour un 1er avril, il n’y a pas de blague, c’est même tout l’inverse : une très grande surprise. Loin de ses comédies, Kirk Jones revient avec un film plus réaliste et surtout un drame bien plus important et touchant qu’il n’y paraît. “Plus fort que moi”, c’est un film qui aborde la maladie sans jamais tomber dans le pathos. Et surtout, il parle d’une maladie qu’on connaît peu, une de celles qui sont difficiles à porter à l’écran : le syndrome de Gilles de la Tourette. Au menu : émotion, rire, envolées bouleversantes, et le tout est porté par un acteur bluffant. “Plus fort que moi” est superbe. Mieux que ça, il se pose comme un grand film nécessaire.
« une histoire riche, construite, et un film qui respire le vécu »
Un enfant qui commence à faire des gestes incontrôlables. Des sons, des mots qui sortent sans prévenir. Une famille qui ne comprend pas. Une école qui rejette. Et au milieu de tout ça, un garçon qui va grandir avec un corps qu’il ne contrôle pas toujours, mais avec une envie immense de vivre normalement. De l’enfance à l’âge adulte, son parcours devient un combat permanent… contre lui-même, mais aussi contre le regard des autres.
Je ne le dirai jamais assez, qu’ils sont forts ces anglais pour faire du cinéma, pour prendre des sujets difficiles, parfois improbables, et en faire des films merveilleux. Le fond ? Magnifique. Important. Et surtout comme je le disais, nécessaire. Le regard que pose Kirk Jones sur son personnage est superbe. Il ne cherche jamais à en faire trop. Il ne force pas l’émotion. Il ne tire pas les larmes… et pourtant elles viennent naturellement, avec la sensibilité qu’il faut.
Le film adapte une histoire vraie, celle de John Davidson, un Écossais qui, à force d’engagement, a fini par être décoré par la Reine elle-même pour ses actions. On traverse toute une vie. De l’enfance avec les premiers symptômes, à la moquerie des camarades, en passant par l’adolescence, puis l’âge adulte où tout devient encore plus compliqué. L’acceptation, le premier job, l’ouverture au monde, l’envie d’aider… Bref, une histoire riche, construite, et un film qui respire le vécu. Ce que le film fait très bien, c’est de montrer que vivre avec le syndrome de Gilles de la Tourette, ce n’est pas juste “avoir des tics”. C’est être prisonnier de son propre corps. C’est être jugé en permanence. C’est être mal compris. Et tout ça, Kirk Jones le montre avec beaucoup de justesse.
« Plus on comprend, plus on met de la lumière… et moins il y a de rejet »
Le film met aussi en avant quelque chose d’essentiel : l’importance de l’éducation. Plus on comprend, plus on met de la lumière… et moins il y a de rejet. Et surtout, le film ne fait jamais la morale, et ça, c’est précieux. Puis derrière tout ça, il y a la famille. La difficulté d’accepter. La honte parfois. L’incompréhension. Parce que oui, ce genre de maladie ne touche pas qu’une personne. Elle touche tout un entourage. C’est comme un tsunami qui emporte tout sur son passage. Là encore, c’est très bien écrit. Le scénario est cohérent, solide, et surtout essentiel. On sent une vraie volonté de montrer, d’expliquer, de faire comprendre. “Plus fort que moi”, c’est du cinéma social comme les britanniques savent si bien le faire.
Du côté de la mise en scène, c’est aussi une réussite. “Plus fort que moi”, c’est un film qui s’étale sur presque quarante ans de vie. Les années 80, 90, 2000 et jusqu’à aujourd’hui… tout est très bien reconstitué. Le rythme ne faiblit jamais, même si Kirk Jones prend le temps de raconter son personnage, son environnement et les regards qu’il subit. Et pourtant, on ne s’ennuie jamais. Les deux heures passent très vite.
Le réalisateur jongle parfaitement entre comédie et drame, avec beaucoup de tendresse et même un peu d’audace. Parce que oui, il y a de l’humour. Parfois basé sur le décalage entre ce que pense le personnage et ce qui sort malgré lui. Ça aurait pu être maladroit ou moqueur, mais Kirk Jones gère parfaitement cette frontière, et c’est pour ça que ça fonctionne. L’humour est parfois gêné, parfois libérateur, mais toujours bien dosé. Et ça rend le film encore plus humain. Et en parlant d’humain, il y a les acteurs… Et là, gros point fort.
« Robert Aramayo est tout simplement incroyable »
Robert Aramayo est tout simplement incroyable. Il n’a clairement pas volé son BAFTA du meilleur acteur. Il incarne ce personnage avec une précision folle. Il ne surjoue jamais, ne tombe jamais dans la caricature. Il est toujours juste. Il réussit à incarner ce paradoxe : un homme plein de vie, mais enfermé dans un corps qui le trahit. Mais parler uniquement de lui serait injuste.
Le personnage, plus jeune, est interprété par Scott Ellis Watson, et franchement… c’est bluffant. Le rôle est peut-être encore plus difficile à cet âge-là, et pourtant, il s’en sort avec une justesse impressionnante. Le jeune acteur crève l’écran. Il est même, par moments, encore plus bouleversant que la version adulte, parce qu’on le voit subir, impuissant, et faire face à l’incompréhension totale de son entourage. Et autour, le casting est tout aussi solide. Maxine Peake, Peter Mullan… tous apportent quelque chose de très vrai, de très touchant, de sincère.

Au bout du compte, “Plus fort que moi” est un film qui fait du bien. Pas parce qu’il est léger. Pas parce qu’il est facile. Mais parce qu’il est nécessaire. Il met en lumière une maladie qu’on connaît mal. Il donne un visage à ceux qu’on ne voit pas toujours (et moi, je suis très sensible à ça). Et surtout, il rappelle une chose simple : plus on comprend, moins on juge. Et ça… ça change tout. C’est le plus important. Ces personnes ne demandent pas grand-chose. Juste d’avoir une vie normale, dans la mesure du possible. Et si le cinéma peut aider à ça… alors ce genre de film devient essentiel. Bref, “Plus fort que moi”, c’est un très grand film. Un film touchant, juste, humain… et profondément important. Assurément, le bijou d’avril.
Note : 18/20
Par Cinéted
