novembre 30, 2021

Illusions Perdues – Grâce Retrouvée

De : Xavier Giannoli

Avec Benjamin Voisin, Cécile de France, Vincent Lacoste, Xavier Dolan

Année : 2021

Pays : France

Genre : Drame

Résumé :

Lucien est un jeune poète inconnu dans la France du XIXème siècle. Il a de grandes espérances et veut se forger un destin. Il quitte l’imprimerie familiale de sa province natale pour tenter sa chance à Paris, au bras de sa protectrice. Bientôt livré à lui-même dans la ville fabuleuse, le jeune homme va découvrir les coulisses d’un monde voué à la loi du profit et des faux-semblants. Une comédie humaine où tout s’achète et se vend, la littérature comme la presse, la politique comme les sentiments, les réputations comme les âmes. Il va aimer, il va souffrir, et survivre à ses illusions.

Avis :

Réalisateur français, Xavier Giannoli fait partie des cinéastes que je suis avec le plus d’attention, et ça, dès le début de sa carrière lorsque j’avais découvert « Les corps impatients« . Depuis ce film sorti en 2003, le réalisateur a su m’enivrer avec un cinéma tour à tour drôle, touchant, beau, surprenant, décevant ou encore immense. Après une belle décennie 2010 avec des films comme « Superstar » et « Marguerite« , Xavier Giannoli nous avait laissé avec un petit goût de déception avec sa vérité ou son mensonge, « L’apparition« . Si le metteur en scène avait disparu des radars, c’était pour mieux revenir, car pour son huitième film, Xavier Giannoli a décidé de frapper grand et fort, en adaptant ce que beaucoup disent inadaptable, la « Comédie humaine » de Honoré De Balzac.

Bon, autant commencer par le dire de suite, je n’ai jamais lu Balzac, du coup, pour l’adaptation, je ne saurais dire si cette dernière est fidèle ou non, mais ce que je peux dire, c’est que question cinéma, Xavier Giannoli nous livre là son meilleur film depuis « A l’origine« , et mieux encore, puisqu’il nous offre son meilleur film tout simplement. Grandiose, inspiré, virtuose, tourbillonnant, piquant, critique, moderne, émouvant… Bref, Xavier Giannoli réalise un sans-faute, dans lequel il s’amuse avec merveille et tragédie à nous conter une réussite sociale sous couvert de manipulation et complot. On ressort alors de la salle conquis, avec la sensation d’avoir vu l’un des meilleurs films de l’année.

Paris, dans les années 1820, Lucien est un jeune poète qui a quitté Angoulême pour suivre celle qu’il aime, Madame Louise de Bargeton. Lucien n’est personne, et les deux amants, une fois dans la capitale, sont rattrapés par les jugements, et les « ce qu’on pourrait dire si on les voyait ensemble ». Désormais seul dans Paris, Lucien va faire la connaissance d’Etienne Lousteau, un jeune journaliste qui écrit dans un journal d’opposition. Ayant une plume, Lucien va se laisser emporter dans un nouveau monde. Un monde où tout, absolument tout, s’achète et se manipule. Entre fêtes, euphorie, drame et autre complot, le jeune idéaliste va tout vivre, tout ressentir et il va devoir au final affronter ses illusions perdues.

Après trois ans d’absence, Xavier Giannoli est de retour sur les écrans des salles obscures, pour ce qui se pose comme son plus grand défi, et sa plus grande vision, car le réalisateur se lance dans la difficile idée de nous plonger dans le tourbillon de Paris des années 1820. Xavier Giannoli s’était déjà aventuré avec brio dans le film d’époque avec le tordant « Marguerite« , et ici, avec « Illusions perdues« , il fait bien plus que renouveler l’exploit, car il livre là assurément un grand film français. Un film qui est un spectacle incroyable de deux heures trente qu’on ne voit absolument pas passer.

Partout où on laisse traîner son regard, Xavier Giannoli illumine son film de manière grandiose. Évidemment, la première chose qui vient en tête, c’est la folle histoire de Lucien de Rubempré, un jeune homme débarqué à Paris par amour. Un jeune homme qui va souffrir, découvrir, apprendre, s’adapter et finalement grandir. Magnifiquement écrit, « Illusions perdues » est un film qui se pose d’un côté comme un dramatique parcours initiatique, une montée sociale incroyable et une chute brutale, presque fatidique, et l’autre, un film critique, qui à travers cette plongée redoutable et enivrante dans le Paris XIXe siècle, arrive à se faire terriblement moderne et universelle dans ses sujets.

Ainsi donc, Xavier Giannoli nous invite à suivre deux films en un seul, et ces « deux films » sont passionnants de bout en bout. Mélangeant parfaitement ces trames, le scénario de ces « Illusions perdues » est assurément très grand. Avec ce film, et surtout la façon qu’il a de mener son intrigue, Xavier Giannoli évoque un parcours semé de sujets exaltants et captivants. « Illusions perdues » est un film qui peint un Paris fou, un Paris social, un Paris où tout s’achète et se vend, un Paris de la critique, de l’art, de la polémique. Puis un Paris où l’argent et l’apparence sont les nouvelles normes pour se faire bien voir. Un Paris capitaliste, où la richesse et le pouvoir sont les nouvelles guerres. Bref, un Paris tout en nuances et en reliefs, et l’on adore s’y plonger.

De plus, Giannoli livre un film qui résonne comme terriblement d’actualité, notamment quand il s’aventure à peindre les balbutiements du journalisme. Ainsi, entre raison et déraison, fake news, polémique, liberté de la presse, objectivité, intégrité ou non… Bref, là encore, Xavier Giannoli orchestre parfaitement sa peinture et tout, absolument tout, est passionnant. Mention aussi pour les dialogues, qui sont aussi beaux et poétiques qu’ils sont capables d’être parfois de redoutables coups de couteaux, qui résonnent parfaitement avec certains côtés de notre société actuelle (une scène où deux journalistes expliquent comment faire une critique objective ou non, est assez affolante, tout comme une petite réplique sur des banquiers est absolument divine).

Ce scénario, si riche déjà, n’oubliera jamais aussi de peindre des personnages forts et très attachants. Des personnages qu’on adore suivre. Des personnages vicieux, revanchards, manipulateurs et plein de préjugés. Puis derrière ces personnages, on trouve une brochette d’acteurs tous plus excellents les uns que les autres. Si Xavier Giannoli retrouve ses fidèles Cécile de France, Gérard Depardieu, André Marcon, et Louis-Do de Lencquesaing, on saluera les arrivées dans l’univers du réalisateur, Vincent Lacoste, Xavier Dolan, Jeanne Balibar, Salomé Dewaels ou encore, dans l’un de ses derniers rôles (et quel rôle) Jean-François Stévenin. Puis au-dessus de tous ces acteurs, il y a la grande révélation de ces dernières années. Un acteur qui ne fait que gagner en puissance et en charisme. Un acteur qui tient ici un rôle fou, et qui arrive à livrer une prestation incroyable, partagé entre arrogance, innocence, émotion. Ainsi, Benjamin Voisin est encore une fois époustouflant de justesse et il se pose comme l’un des futurs grands noms du cinéma français. J’en prends le pari, on n’a vraiment pas fini d’entendre parler de lui.

« Illusions perdues » est un film qui est aussi tenu d’une main de maître dans sa conception et sa réalisation. Grandiose dans sa mise en scène, cela faisait longtemps qu’on n’avait pas vu un film français avec cette ambiance-là. La plongée y est des plus sublimes. Xavier Giannoli est terriblement inspiré, et que ce soit dans la conception de ses plans, ses séquences, ses cadres, ses mouvements, que ce soit dans ses décors, ses costumes, le choix de ses musiques, le dynamisme de son rythme, tout est parfaitement tenu, et surtout tout est pensé pour offrir un grand moment de cinéma. On ressort même de la salle avec beaucoup de scènes en tête, beaucoup de moments impactants. Seul petit hic (et encore), une voix off qui est parfois trop présente, mais a contrario, cette dernière est toujours intéressante.

Ce retour de Xavier Giannoli, après le décevant « L’apparition« , est tout simplement immense. Le réalisateur s’est lancé dans un pari dingue et il livre là son meilleur film. Beau, grand, intense, fou, immersif, piquant, moderne, cette redoutable plongée dans cette comédie humaine est quasi parfaite et assurément, « Illusions perdues » est l’un des meilleurs films français de l’année, si ce n’est même le meilleur.

Note : 18/20

Par Cinéted

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