
De : Xavier Giannoli
Avec Jean Dujardin, Nastya Golubeva, August Diehl, Olivier Chantreau
Année : 2026
Pays : France
Genre : Drame, Historique
Résumé :
Pendant la Deuxième Guerre mondiale, l’histoire vraie de Jean et Corinne Luchaire, un père et sa fille pris dans l’engrenage de la collaboration.
Avis :
Avec “Les rayons et les ombres”, Xavier Giannoli s’attaque à un sujet sensible et complexe : la collaboration pendant la Seconde Guerre mondiale. Après le succès critique et public de “Illusions perdues”, le réalisateur a voulu continuer à creuser ce qui semble être devenu un fil rouge dans son cinéma : les illusions, les compromissions, les trajectoires humaines prises dans des systèmes qui les dépassent.

Parmi les réalisateurs français de notre époque, en plus de François Ozon et Rémi Bezançon, il y a Xavier Giannoli, dont je ne rate jamais un film. Je suis tombé dans son cinéma avec “Quand j’étais chanteur” et depuis, je suis sa carrière avec intérêt et désir. Chaque nouveau Giannoli est pour moi un événement. Après avoir passé d’excellentes années 2010 (oui, oui, même avec le très mal aimé “Superstar”), le réalisateur a franchi un cap en 2021 avec “Illusions perdues”, film qui lui a valu sept César, dont le prestigieux meilleur film.
« “Les rayons et les ombres” est un film aussi immense qu’il est important
Par la suite, il a fait un tour par la case petit écran, pour la série “D’argent et de sang”, et voici que Xavier Giannoli fait son retour dans les salles obscures avec ce qui va se poser comme le plus grand film français de cette année. Ne cherchez plus, l’année vient d’être bouclée en mars… On peut d’ores et déjà passer à 2027, car “Les rayons et les ombres” est un film aussi immense qu’il est important, surtout en cette période incertaine.
1948, Corinne Luchaire est une actrice dont la gloire est passée. Pendant la Seconde Guerre mondiale, son père, Jean Luchaire, a collaboré, et il l’a éclaboussée. Corinne Luchaire n’est désormais plus personne. Sa rencontre avec une voisine orthophoniste va lui donner l’occasion d’avoir accès à un magnétophone. Seule dans sa cuisine, elle va alors raconter sa vie, son père et l’amitié qui les liait avec Otto Abetz, un homme, un Allemand, pacifiste avant la guerre, qui petit à petit s’est imposé au sein du Troisième Reich.
Trois heures vingt… Ça, c’est la durée du nouveau film de Xavier Giannoli, et je dois dire que malgré le talent de son metteur en scène, cette durée peut faire peur. Et pourtant, cette durée est nécessaire pour raconter cette histoire, ces personnages, toutes les nuances infinies, et les zones d’ombres qui parcourent cette tragédie. Et derrière ça, le plus étonnant, c’est que je n’ai absolument pas vu passer ces trois heures vingt. C’est assez dingue. Xavier Giannoli vient de réaliser un film qui passe comme deux petites heures. J’aurais pu rester encore longtemps à suivre cette histoire et ces vies.
« “Les rayons et les ombres”, c’est une histoire vue par les collabos »
Avec ce film, Xavier Giannoli regarde l’Histoire en face, et il fait quelque chose que l’on voit rarement au cinéma, surtout quand on parle de la Seconde Guerre mondiale. “Les rayons et les ombres”, c’est une histoire vue par les collabos. C’est un film qui donne la parole à ceux à qui l’on ne la donne jamais. Et avec ça, c’est l’histoire d’une fuite en avant, d’une chute vertigineuse. On pourrait presque dire que c’est l’histoire d’un “On ne savait pas”… Mais à quel moment on sait, ou non ?
Le réalisateur, au travers d’un scénario de toute beauté, prend le temps de raconter, de développer, de nuancer. Il raconte l’avant-guerre, les amitiés, les esprits. Puis la guerre se glisse dans l’ombre. Les dialogues, les illusions, l’espoir, les espoirs, les petits services, les mensonges… et finalement la chute. Cette histoire du passé résonne fortement avec l’actualité, et c’est là que le film devient encore plus puissant.
À quel moment on se compromet ? À quel moment on dérape ? Dans cette situation, qu’aurions-nous fait ? Le poids de la morale, des valeurs… Bref, autant de questions posées avec une justesse impressionnante au travers de ce film, qui plus il raconte, plus il s’impose comme immense. Et ce que Xavier Giannoli fait d’encore plus fort, c’est qu’il ne juge en aucun cas les choix de ses personnages. Non, il nous les présente, il nous les raconte tels qu’ils sont, et il nous laisse juges d’en penser ce que l’on veut. Et ça, c’est presque bouleversant, autant que déstabilisant.
« À cela s’ajoute une mise en scène parfaite »
À cela s’ajoute une mise en scène parfaite. Un montage, un rythme, une immersion incroyable. Comme je le disais, ces plus de trois heures ne se voient absolument pas passer. Trois heures qui passent en compagnie d’un trio d’acteurs époustouflants. Jean Dujardin, Nastya Golubeva et August Diehl tiennent le film sans point faible, avec toute l’émotion nécessaire. On peut même dire qu’à ce stade-là, ils trouvent les meilleurs rôles de leur carrière. Et tous ceux qui gravitent autour sont aussi bons qu’eux. Mention spéciale pour Vincent Colombe, qui fait froid dans le dos.

Au bout de tout ça, “Les rayons et les ombres” se pose comme un très grand film. Un film démesuré dans son ambition, puissant et nécessaire dans ce qu’il raconte. Intelligent, pertinent, passionnant… Bref, avec ce film, Xavier Giannoli pose son deuxième chef-d’œuvre d’affilée. La durée peut faire peur, mais ce serait vraiment dommage de passer à côté d’un tel spectacle, d’une telle histoire et de telles émotions.
Note : 20/20
Par Cinéted
