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De : Cesc Gay
Avec Carmen Machi, Javier Camara, Javier Gutierrez, Alexandra Jimenez
Année : 2026
Pays : Espagne
Genre : Comédie, drame
Résumé :
Trois frères et sœurs se retrouvent pour décider quoi faire de leur père de 86 ans, dont le comportement est récemment devenu imprévisible. Faut-il le placer dans une maison de retraite ? L’un d’eux devrait-il l’accueillir chez lui ?
Avis :
Dans le paysage du cinéma espagnol, il y a un réalisateur dont on ne cite que rarement le nom. Ce metteur en scène, c’est Cesc Gay, et c’est bien dommage, car son cinéma mérite vraiment qu’on s’y arrête. Dès la fin des années 90, il développe un cinéma qui oscille entre comédie et drame, toujours avec une vraie sensibilité pour ses personnages. Personnellement, j’ai découvert son travail avec “Krampack”, un film qui a énormément compté dans mon adolescence. Depuis, autant que possible, je ne rate aucun de ses films.

Discret, du moins chez nous, on n’avait pas revu un film de Cesc Gay depuis l’excellente comédie “Sentimental”, sortie en 2021 (et pourtant, il n’a pas arrêté de tourner entre-temps). Aujourd’hui, c’est sur Netflix que le réalisateur revient, toujours avec cette même discrétion. Pour son huitième film, il nous enferme dans un appartement pour raconter une sorte de guéguerre familiale entre frères et sœur.
« La grande force de “53 Dimanches”, c’est son écriture »
Avec son sens de la réplique et du rythme, “53 Dimanches” est un film qui se laisse suivre avec le sourire. On prend beaucoup de plaisir à voir ces personnages se rentrer dedans. Mais voilà, parmi tous les films que j’ai vus de lui, celui-ci est peut-être le plus “faible”. Très court, trop court même, il lui manque quelque chose pour vraiment s’imposer. On reste accroché, et c’est justement au moment où le film commence à vraiment se resserrer, à devenir plus rude, que le final arrive… et coupe tout trop vite. Dommage.
Deux frères et une sœur essaient de trouver un moment pour se réunir afin de parler de leur père, 86 ans, qui ne peut plus vivre seul. Le but de cette réunion est simple : trouver une solution. Mais au fil des soirées, les discussions dérapent. Jalousie, hypocrisie, rancœurs… tout finit par remonter à la surface.
Parmi les films de plateforme, le nouveau Cesc Gay était clairement celui que j’attendais le plus ce mois-ci. Déjà parce que j’aime beaucoup son cinéma, mais aussi parce qu’il a réuni devant sa caméra un trio d’acteurs absolument génial. Voir Carmen Machi, Javier Cámara et Javier Gutiérrez enfermés dans un appartement pour s’affronter à coups de répliques, c’est presque un fantasme. Et clairement, sur ce point-là, le film tient ses promesses. La grande force de “53 Dimanches”, c’est son écriture. Le soin apporté aux dialogues est évident. On est presque face à une pièce de théâtre filmée. Ce ne serait même pas étonnant d’apprendre que ça en est une adaptation. Pendant une heure vingt, le film fait monter la pression petit à petit. On sent que tout peut exploser à tout moment.
« ce final arrive trop vite. Beaucoup trop vite »
Et ce qui marche vraiment bien, c’est cette alchimie entre les acteurs. Ils sont tous les trois au top. Il y a une vraie énergie, une tension constante, et on reste accroché à chaque échange. On attend presque la prochaine pique, la prochaine phrase qui va faire mal. Qu’est-ce qu’ils vont bien pouvoir se balancer à la figure cette fois ? Évidemment, derrière tout ça, le film parle de la famille. De l’amour, mais aussi de la haine. De ces liens qu’on ne choisit pas, mais avec lesquels on doit composer toute sa vie. De ces différences qui nous éloignent, mais qui ne suffisent jamais à vraiment nous séparer. Et de ce point de bascule où tout ce qu’on a gardé pour soi finit par sortir.
Petit à petit, le film se resserre, devient plus tendu, plus piquant, et nous emmène vers un final qui, sur le papier, est très intéressant. Un final qui donne une saveur un peu amère à tout ce qu’on vient de voir. Mais voilà… c’est aussi là que le film me laisse sur ma faim. Parce que ce final arrive trop vite. Beaucoup trop vite. À peine l’événement se produit que le film se termine. Et il y a une vraie frustration qui s’installe. Pas une frustration “positive”, pas celle qui fait réfléchir… non, une frustration qui donne surtout l’impression qu’il manque quelque chose.
C’est comme si Cesc Gay avait parfaitement construit son film, savait exactement où il voulait aller… et qu’au dernier moment, il avait décidé d’accélérer. Il précipite tout. Il ne prend plus le temps. Et du coup, même si le film propose du drame, de la mélancolie, quelque chose de fort… ce changement de rythme casse un peu l’impact. On reste avec cette sensation étrange de quitter les personnages trop tôt. C’est un peu comme une bougie qu’on souffle d’un coup. Ou une soirée géniale où, sans prévenir, on coupe la musique et on rallume les lumières. On reste là, frustré, avec l’envie que ça continue.

Au bout du compte, “53 Dimanches” reste une comédie très agréable. Bien écrite, bien rythmée, portée par des acteurs qu’on adore voir s’engueuler, se provoquer, se chercher. Mais il lui manque ce petit quelque chose pour vraiment marquer. Ce moment où tout explose. Ce moment où le film bascule complètement. Et même si le final apporte une jolie amertume à l’ensemble, il arrive trop vite et nous laisse avec cette impression d’inachevé. Parfois, la frustration peut être une force. Ici, malheureusement, elle abîme un peu le ressenti global. Dommage… parce qu’il n’en était vraiment pas loin.
Note : 11/20
Par Cinéted
