
Avis :
Les virages artistiques sont toujours très risqués, car ils peuvent mettre en péril une certaine fanbase. Si les groupes peuvent se dire que de toute façon, les aficionados resteront fidèles aux premiers albums, il peut y avoir un certain rejet. Les exemples sont foisonnants, aussi bien dans le mainstream comme Linkin Park et son virage électro-pop, que dans le Thrash un peu gras avec le dernier album d’Exodus. Gaerea est un groupe de Black Métal portugais formé en 2016, qui ont rapidement gravi les échelons, avec des performances scéniques impressionnantes, un son massif et une scénographie travaillée via des cagoules stylisées. En seulement quatre albums, les natifs de Porto ont marqué le monde de la musique extrême, à un tel point que chaque nouvel opus est fortement attendu. Loss est leur cinquième album, signant leur départ de Season of Mist pour aller chez Century Media Records.
Et autant le dire de suite, ce nouvel effort studio va décontenancer les fans du groupe. Déjà parce que l’on n’est plus dans le Black Métal, mais plutôt dans le Post-Black. Mais aussi parce que cet album se fait plus mélodique, plus chantant, et contient des forces émotionnelles qui laissent moins de place à la puissance brute. Cependant, dénigrer cet effort serait une grave erreur. En premier lieu parce qu’il peut faire office d’excellente porte d’entrée dans l’univers du groupe. Mais aussi parce qu’il contient, en filigrane, un aspect insidieux et lumineux, qui étonne pour son genre. Qu’one le veuille ou non, à chaque écoute l’album gagne en épaisseur, en puissance, mais aussi en finesse. Et si un effort studio ne suscite jamais l’ennui après moults réécoutes, c’est quand même le signe d’un grand album, qui risque, on l’espère en tout cas, de marquer sur la longueur.
Et en règle générale, un grand album soigne parfaitement son entrée et sa sortie, ce qui sera clairement le cas ici. Luminary attaque les hostilités avec un riff brutal, une percussion bien rentre-dedans qui donne immédiatement envie de headbanger. C’est violence est portée par le chant guttural impressionnant du frontman, qui fait étalage de tout son talent, aussi bien quand il faut pousser fort que lorsqu’il faut faire un chant clair. On est clairement face à un « banger » qui exécute deux rôles : une entrée fracassante, mais aussi la démonstration d’un changement de style. Submerged va aller encore plus loin dans le changement de style. Le post-Black épouse presque un côté metalcore sur la fin du titre, tout en n’oubliant un joli blast qui frappe. La mélancolie est clairement au rendez-vous, et si les fans de la première heure vont rager, le titre est très bon.

Ce n’est pas parce que ça ne correspond pas à tes attentes que cela est forcément mauvais, ou mal fichu. Gaerea prend des risques, tentent autre chose, et force est de constater que ça fonctionne à plein régime, et surtout, la violence du groupe rencontre une tendresse insoupçonnée. Hellbound reprend tous ces éléments, mais en fait quelque chose de plus rageur, de plus puissant, avec un son massif et une orchestration qui rend l’ensemble très impérial. Les portugais ont toujours le sens du spectacle et impressionnent par des choix qui demeurent intéressants. Et puis la voix du chanteur est tellement incroyable. Uncontrolled est un titre plus percutant, plus court, plus concis, mais qui laisse peu de place au hasard. C’est là pour taper et faire, et ça y arrive sans aucun mal. Puis Phoenix viendra calmer les ardeurs, tout en jouant sur les nappes mélodiques et les textures.
Qu’on le veuille ou non, Loss est un album riche et puissant. Cyclone va certainement en décontenancer plus d’un, mais ça reste un titre remarquable par bien des égards. De sa posture Post-Black dépressive à connotation Metalcore à ses fulgurances purement Black, le titre fascine comme il étonne. Quant à LBRNTH, il sera un interlude Blackgaze bienvenu, avant de faire parler la poudre avec Nomad, un gros morceau. Gaerea explore de nombreuses pistes, offre un refrain catchy à souhait et mélange tous les styles pour offrir un titre à la fois puissant et plein d’émotions. Mais surtout, ce sera Stardust qui viendra nous cueillir. Rappelez-vous, on parlait en début de chronique de soigner son entrée et sa sortie, et pour le coup, c’est un énorme hit. La puissance de ce morceau est zinzin, on évolue dans des atmosphères qui prennent aux tripes, et c’est tout simplement monumental.
Au final, Loss, le dernier album de Gaerea, est un album complet, d’une beauté transcendante, mais qui risque fort de diviser les fans. Mais peut-on reprocher aux portugais d’essayer de faire évoluer leur musique et de traverser les genres qu’ils abordent ? La réponse est bien évidemment non. Surtout que cet album gagne en épaisseur et en profondeur à chaque écoute, prouvant qu’il est bel et bien un grand album qui, on l’espère, deviendra culte avec les années.
- Luminary
- Submerged
- Hellbound
- Uncontrolled
- Phoenix
- Cyclone
- LBRNTH
- Nomad
- Stardust
Note : 19/20
Par AqME
