mars 31, 2026

Ghost of Yotei

Résumé :

L’histoire du jeu est centrée sur Atsu, une mercenaire solitaire au lourd passé. En quête de vengeance, elle explore les paysages à la fois sublimes et sauvages du nord du Japon afin de retrouver ceux qui ont tué sa famille des années auparavant.

Seize ans après la mort de ses proches, Atsu traque un groupe de six hors-la-loi dans les terres inexplorées d’Ezo, mais ce voyage se révèlera être bien plus qu’une simple histoire de vengeance. 

Tout au long de son périple, Atsu rencontrera des alliés improbables et tissera des liens bien plus puissants qu’elle n’aurait pu l’imaginer.

Avis :

Au début des années 2020, Ghost of Tsushima se révélait une exclusivité notable de l’écosystème PlayStation. L’équipe de Sucker Punch proposait un titre ambitieux, à l’identité forte. Derrière l’appellation facile d’« Assassin’s Creed au Japon », on s’écartait volontiers de la saga d’Ubi Soft pour s’immiscer dans une aventure remarquable. Celle-ci s’avançait comme un véritable hommage au patrimoine cinématographique nippon, en particulier à des œuvres aussi emblématiques que celles d’Akira Kurosawa, de Kenji Misumi ou d’Hideo Gosha. Au vu de son succès critique et commercial, il paraissait incontournable qu’une suite voit le jour. Dans ce contexte, Ghost of Yotei a la lourde tâche de lui succéder.

L’ombre d’une vengeance aussi facile que simpliste

Bien que la comparaison entre les deux opus s’avère inéluctable, les développeurs ont choisi une période historique différente, toujours au cœur du Japon féodal. Ici, on délaisse le XIIIe siècle pour s’immerger au début du XVIIe siècle. La scission temporelle a pour objectif de marquer un nouveau départ et d’atténuer le rapprochement avec le précédent volet. Pour autant, Ghost of Yotei s’appuie sur les acquis de son prédécesseur avec une prise de risque minimale, sinon inexistante. Et cela se confirme à différents niveaux, tant dans sa narration que dans son gameplay.

En somme, le présent titre semble se reposer sur ses lauriers, sans grand effort. Avant de se pencher sur le gameplay, cela vaut tout d’abord pour une histoire confondante de simplicité, dont les enjeux et les retournements de situation tiennent dans un paragraphe. Il faut se contenter d’une vengeance issue d’un trauma (et d’une perte) familial pour amorcer le prétexte. Certes, le sujet est souvent exploité dans le domaine du chanbara. Seulement, il est ici traité avec un manque total d’ambitions et d’originalité, eu égard à son approche linéaire et prévisible au possible.

Une réalisation et un personnage principal qui manquent d’envergure

Les fondamentaux de l’intrigue se résument donc à peau de chagrin. Néanmoins, on aurait pu escompter une approche pleine d’audace, une réalisation forte et épique. Or, cette dernière se focalise sur un prisme conventionnel, occultant les inspirations cinématographiques du premier jeu. Les rares fulgurances et les séquences spectaculaires, sinon héroïques, sont délayées dans un enchaînement de situations au classicisme évident, sinon ostensible. Il suffit d’assister à l’amorce de l’intrigue pour constater un impact émotionnel revu à la baisse.

À ce titre, la confrontation initiale démontre un rapport de force déséquilibré et une vision sacrale de la protagoniste. Celle-ci constitue l’un des écueils majeurs de la production. Si on peut lui reprocher un manque de charisme ou de prestance, on déplore surtout une caractérisation fruste et superficielle. L’absence de remise en question et cette condescendance particulièrement agaçante rendent le personnage antipathique. Là où Jin Sakai malmenait ses convictions et ses valeurs, Atsu ne présente pas autant de nuances, encore moins la complexité de son homologue.

Entre déconvenues et émerveillement : le paradoxe de Ghost of Yotei

D’un point de vue narratif, Ghost of Yotei offre une douche froide. L’intrigue est dénuée de la dimension émotionnelle à même de transcender la colère d’Atsu par les actes. Il y a bien de rares séquences pour attendrir un propos brut de décoffrage, mais elles sont amenées avec autant de maladresses que de prévisibilité. Quant à la capacité de se plonger dans les souvenirs d’Atsu, il s’agit d’une idée louable, mais sous-exploitée. Hormis dans sa maison d’enfance et des lieux clefs, cette possibilité n’offre aucune profondeur, encore moins d’éléments probants à l’histoire.

L’ensemble n’est pas déplaisant à appréhender. Seulement, il ne s’écarte jamais des sentiers battus. Au vu du monde ouvert que Ghost of Yotei propose, cela peut paraître un comble, sinon antinomique. Car, de ce point de vue, force est de reconnaître que le plaisir d’arpenter les plaines ou les reliefs escarpés de la région d’Ezo est réel. On songe aux contrastes des environnements, à cette atmosphère propice à l’évasion et l’introspection ou cette propension à magnifier des panoramas somptueux. En pleine forêt, aux abords de la côte ou au sommet des montagnes, l’émerveillement est de circonstances.

De l’art de la simplicité, une force et une faiblesse selon le contexte

Au même titre que son prédécesseur, Ghost of Yotei encourage à l’exploration, à se laisser porter par les vents et les chemins de traverse qu’il semble lui-même incapable d’aborder. Tout au long de l’aventure, on reste partagé, écartelé, entre la poésie de l’instant et des considérations pragmatiques plus mitigés. Dès lors, les sentiments contradictoires ne cesseront de nous tirailler. Là, à cette aptitude à nous happer dans la beauté de la nature. Là, à nous infliger des ficelles éculées et des prétextes faciles pour faire avancer l’histoire.

Ghost of Yotei se montre plus mémorable dans ses aspects annexes que dans sa ligne directrice. Certaines rencontres secondaires s’avèrent plus marquantes que des moments ou des confrontations clefs, au sein du récit. C’est le cas, par exemple, de l’initiation aux différentes armes de l’arsenal d’Atsu, où l’on apprend à connaître ses maîtres et leur passé. Cela vaut aussi pour l’accomplissement de missions facultatives, un peu plus diversifiées, en comparaison des principales épreuves à surmonter. Ces dernières se cantonnent à des batailles rangées et quelques velléités d’infiltration.

Des mécaniques de combat simplifiées pour des confrontations moins stratégiques

En ce qui concerne le gameplay, on retrouve les fondamentaux de Ghost of Tsushima, mais simplifiés à outrance. Cela porte notamment sur les postures, littéralement passées à la trappe. Celles-ci permettaient d’avoir une approche spécifique selon le type d’ennemis. Ici, le choix de l’arme offre des facilités évidentes face aux faiblesses adverses, mais ce mécanisme est loin de compenser l’aspect stratégique qu’on pouvait prêter auparavant à la saga. Avec une bonne connaissance des forces en opposition, le jeu reste très accessible et ne présente aucune difficulté notable, à l’exception du combat contre Takezo l’inégalé.

On peut aussi regretter l’usage tardif des armes à feu, censé être l’une des grandes nouveautés du titre. Il faut attendre la dernière partie pour en apprécier la portée ; au sens propre, comme au figuré. Quant au lien avec la louve, l’idée est très intéressante, mais négligée. Les missions qui la concernent se résument à libérer ses congénères de vils braconniers. Le joueur débloque ainsi des compétences relationnelles et accroît les chances d’apparition du canidé au gré d’une confrontation ou d’un duel. Cet élément aurait pu contribuer à développer l’aura légendaire de l’onryō. Dommage.

Un contenu (par trop) similaire à Ghost of Tsushima

En ce qui concerne la durée de vie, Ghost of Yotei propose une aventure en trois actes qui s’étend sur une trentaine d’heures. Il s’agit d’un contenu semblable à celui de son aîné. Lorsqu’on ajoute les quêtes secondaires et les éléments d’exploration à découvrir aux quatre coins des régions, il est possible de doubler cette estimation. Cependant, plusieurs aspects annexes présentent une redondance évidente. On retrouve, entre autres, les sources d’eau chaude pour augmenter son énergie vitale ou les bambous d’entraînement pour gagner davantage d’esprit.

Comme évoqué précédemment, le titre demeure assez simple. À condition de maîtriser son gameplay, la progression ne souffre d’aucun heurt particulier, a fortiori pour l’histoire principale. Le joueur peut toutefois corser le challenge à son initiative avec un mode de difficulté avancé, voire à choisir de manière restreinte ses armes pour occire les ennemis. De même, avec un minimum d’attention, la quête des trophées reste balisée pour les glaner en parallèle du périple d’Atsu. Le sentiment d’accomplissement à les décrocher n’est pas aussi prégnant que pour d’autres titres.

En conclusion…

Au final, Ghost of Yotei est un jeu qui laisse perplexe. Tout au long de l’aventure, on enchaîne les impressions contradictoires. Au regard de la production vidéoludique actuelle, le titre de Sucker Punch peut être considéré comme un bon jeu. On apprécie sa technique avec des environnements d’exception à même de faire revivre le Japon féodal du XVIIe siècle. Les effets météorologiques, la densité de la flore et la présence d’espèces animales locales contribuent à développer le réalisme de ce monde ouvert. Sur ce seul postulat, l’aventure vaut le détour. Seulement, Ghost of Tsushima avait des ambitions plus élevées. Ici, on régresse.

Certes, il n’est pas nécessaire de repenser une formule qui fonctionne pour appréhender une suite. Néanmoins, Ghost of Yotei se montre paresseux. On songe à un gameplay simplifié ; réactif, mais dont la facilité manifeste rend l’issu des combats trop prévisibles avec un minimum d’acuité et de réflexes. On regrette aussi une histoire basique au possible qui ne recèle aucune surprise ni singularité. Cela sans compter sur un personnage principal à la caractérisation décevante. Il ne suffit pas de dépeindre une femme forte pour faire la différence, mais de lui apporter de la nuance et des doutes, autres que ses compétences au sabre. Il en ressort une distraction de l’instant, un périple appréciable, mais qui ne marquera pas les mémoires, comme avait pu le faire Ghost of Tsushima en son temps.

Note : 13/20

Par Dante

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