
Titre Original : The Wizard of the Kremlin
De : Olivier Assayas
Avec Jude Law, Paul Dano, Alicia Vikander, Tom Sturridge
Année : 2026
Pays : France
Genre : Thriller
Résumé :
Russie, dans les années 1990. L’URSS s’effondre. Dans le tumulte d’un pays en reconstruction, un jeune homme à l’intelligence redoutable, Vadim Baranov, trace sa voie. D’abord artiste puis producteur de télé-réalité, il devient le conseiller officieux d’un ancien agent du KGB promis à un pouvoir absolu, le futur « Tsar » Vladimir Poutine.
Plongé au cœur du système, Baranov devient un rouage central de la nouvelle Russie, façonnant les discours, les images, les perceptions. Mais une présence échappe à son contrôle : Ksenia, femme libre et insaisissable, incarne une échappée possible, loin des logiques d’influence et de domination.
Quinze ans plus tard, après s’être retiré dans le silence, Baranov accepte de parler. Ce qu’il révèle alors brouille les frontières entre réalité et fiction, conviction et stratégie. Le Mage du Kremlin est une plongée dans les arcanes du pouvoir, un récit où chaque mot dissimule une faille.
Avis :
Parmi les réalisateurs français, Olivier Assayas est un metteur en scène pour le moins surprenant. Olivier Assayas, c’est une quarantaine d’années de carrière pour un peu plus de vingt films, téléfilms et séries, et lorsqu’on s’arrête sur ses projets, il n’y en a pas un seul qui se ressemble. S’aventurant dans bien des genres, réalisant aussi bien en France qu’à l’international, le cinéaste s’est bâti une très belle réputation. Et mieux que ça, dans une certaine mesure, on peut dire que la sortie d’un nouveau film d’Olivier Assayas, dans le paysage du cinéma français, est un événement.

Et parmi les événements cinéma de ce début 2026, il est difficile de passer à côté du « … mage du Kremlin« , le dix-huitième film d’Olivier Assayas, car ce dernier est pile dans l’actualité du moment. « Le mage du Kremlin« , ce n’est pas un biopic sur Poutine. Non. « Le mage du Kremlin » est un thriller politique très documenté qui nous plonge dans quarante ans d’histoire de la Russie moderne sur presque deux heures et demie de film, et vous savez quoi ? Ça faisait une éternité que je n’avais pas vu un film d’Olivier Assayas aussi passionnant !
« Le nouveau film d’Olivier Assayas est l’un des plus osés de sa carrière »
Fin des années 80, l’URSS s’effondre. La Russie est alors un nouveau pays où tout, ou presque, est possible. Parmi la jeune génération, Vadim Baranov est un jeune homme qui s’intéresse au théâtre et plus largement à toute l’effervescence artistique et culturelle du pays. Des petites pièces sans grande portée à la direction de la chaîne nationale, des rencontres hasardeuses aux plus hautes sphères de la Russie, qui vont voir élire Poutine à la tête du pays, Vadim Baranov va prendre de plus en plus d’importance et, dans l’ombre du pouvoir, regarder la Russie se transformer de nouveau.
Le nouveau film d’Olivier Assayas est l’un des plus osés de sa carrière, si ce n’est même son plus osé. Parmi tous les genres d’histoires que le cinéma peut me raconter, il y en a un que j’affectionne tout particulièrement : quand un film décide de mettre deux personnages autour d’une table, ou d’un feu de cheminée, et que l’un d’eux se livre à l’autre en racontant sa vie. « Le mage du Kremlin« , c’est exactement ça. Le film nous raconte la conversation entre un auteur et un homme qui a, dans l’ombre, conseillé Poutine et s’est posé comme l’une des figures majeures du pays.
Alors bien sûr, le film s’appuie en très grande partie sur des faits réels de l’histoire moderne de la Russie. De l’effondrement de l’URSS à Boris Eltsine, du choix de Poutine comme Premier ministre à son élection, puis des événements majeurs comme le naufrage du sous-marin Koursk, la chasse aux oligarques russes, les JO de Sotchi, l’annexion de la Crimée, le début du conflit en Ukraine, et même la guerre d’influence sur internet… Tout est parfaitement raconté à travers les yeux d’un personnage bien plus complexe qu’il n’en a l’air. Et c’est là que le film est très fort : au lieu de faire un cours d’histoire, il transforme tout ça en récit humain, en trajectoire intime, en confession presque troublante.
« c’est subtil, intelligent et vraiment prenant. »
Bien tenu, tendu et surtout passionnant dans son récit, « Le mage du Kremlin » offre deux heures et demie d’histoire assez terribles, mais jamais ennuyeuses. Ce qui est très bien aussi, c’est que le film ne tombe pas dans le manifeste ou le film à thèse lourdingue. Avec l’idée de créer ce personnage fictif de Vadim Baranov, même si Olivier Assayas s’appuie sur des faits authentiques, il peut se permettre d’aller plus loin dans les coulisses du pouvoir. Il peut regarder la société russe dans son ensemble, ses dérives, ses obsessions, ses contradictions.
Le film parle de l’envie permanente de contrôle, de tout diriger, de tout posséder, d’apparaître comme la plus grande image des nations. Il parle aussi de l’exil, des manipulations d’État, des egos, de la guerre d’influence, des regrets d’une vie et du service au pays. Ce qui est passionnant, c’est que Vadim n’est pas présenté comme un monstre absolu : c’est un type brillant, cultivé, sensible, qui fait ce qu’on lui demande, qui participe à ce système sans vraiment l’aimer, mais qui continue quand même. Et c’est justement ça qui rend le film troublant et fort. On comprend ses choix sans jamais vraiment les excuser. Bref, c’est subtil, intelligent et vraiment prenant.
Ce qui rend aussi le film impressionnant, c’est sa mise en scène et tout le travail de reconstitution qu’Olivier Assayas offre. C’est assez dingue : on pourrait presque croire à un docu-fiction tant le réalisateur mélange scènes fictives, vraies images d’archives et images d’archives reconstituées. Et puis il y a cette sensation de vérité permanente, comme si Olivier Assayas avait vraiment tourné en Russie, à Moscou, ce qui est impossible, et pourtant à l’image tout paraît crédible, fluide, naturel. On est totalement plongé dedans.
« Paul Dano, qui livre encore une fois une prestation folle »
Puis l’autre atout énorme du film, c’est son casting. Très étrangement, Jude Law, qui incarne Poutine, est presque un second rôle. L’acteur est excellent, et même s’il ne ressemble pas vraiment à Vladimir Poutine physiquement, à force de posture, de regard, de prestance et de jeu tout en retenue, il en impose complètement l’aura. À aucun moment, je n’ai vu Jude Law : j’ai vu Poutine.
Le personnage principal reste évidemment ce « mage du Kremlin », cet homme de l’ombre dont on suit toute l’histoire à travers ses souvenirs, et ce personnage est campé par le formidable Paul Dano, qui livre encore une fois une prestation folle, d’une maîtrise et d’un calme redoutables. Il est fascinant à regarder. Le personnage est passionnant par ses zones d’ombre, par ses contradictions et surtout par son évolution sur quarante ans. Paul Dano le rend humain, inquiétant, touchant parfois, glaçant à d’autres moments. Franchement, c’est un très grand rôle.
Derrière eux, le reste du casting est aussi très solide, mais ce « … mage du Kremlin« , c’est avant tout ce duo d’acteurs et de personnages qui fonctionne parfaitement à l’écran. Leur relation, faite de domination, de fascination, de méfiance et de dépendance, est l’un des moteurs les plus puissants du film.

Quand je fais l’addition de tout cela, le nouveau film d’Olivier Assayas se pose comme excellent d’un bout à l’autre. Passionnant, politique, historique tout en gardant une vraie part de fiction, moderne, tendu comme un thriller, porté par des acteurs exceptionnels… Cette séance de cinéma m’a vraiment scotché. Et plus loin que ça, comme je le disais, ça faisait une éternité que je n’avais pas vu un aussi bon film venant d’Olivier Assayas.
Note : 18/20
Par Cinéted
