janvier 24, 2026

Vers ma Fin – Sophie White

Autrice : Sophie White

Editeur : Fleuve Noir

Genre : Horreur

Résumé :

Sur une île au large de l’Irlande, Aoileann vit recluse avec sa grand-mère et sa mère, une présence inerte qu’elle appelle la  » chose du lit « . Jamais elle n’a quitté cet endroit hostile, où les murmures du vent semblent porteurs de mystères anciens.
Lorsque Rachel, une artiste venue du continent, débarque avec son nourrisson, Aoileann découvre une douceur et une chaleur qui lui ont toujours été refusées. Mais sa fascination grandissante pour cette femme et son enfant se transforme en une obsession dévorante, réveillant les fantômes du passé et libérant des ténèbres qu’elle ne peut plus contenir.

Avis :

Comment attirer le regard fugace des amateurs de lectures horrifiques dans les librairies ? Tout simplement en mettant un petit bandeau avec une phrase catchy d’un écrivain célèbre (souvent Stephen King, tant qu’à faire) ou alors de mentionner un prix dans un quelconque concours littéraire. Les éditeurs l’ont très bien compris, quitte à faire des phrases mensongères autour d’un auteur plus ou moins connu, ou encore de mettre en avant une récompense plus ou moins importante. Cependant, avec Vers ma Fin, les choses sont un peu différentes. Déjà parce que Sophie White, autrice irlandaise, n’en est pas à son coup d’essai (même si c’est son premier traduit en français, c’est son sixième ouvrage), mais aussi parce que le prix Shirley Jackson est une récompense importante dans le domaine de la littérature d’épouvante et d’horreur. De quoi lancer pleinement la nouvelle collection de chez Fleuve Noir.

Car oui, Styx n’est pas le nom d’un nouvel éditeur, mais celui d’une toute nouvelle collection chez Fleuve Noir, à savoir un lieu propice à l’horreur moderne sous toutes ses formes. Deux premiers romans sont déjà sortis en 2025, Vers ma Fin, qui nous préoccupe entre ces lignes, et La Mer se Rêve en Ciel de John Hornor Jacobs, qui se veut un hommage à Lovecraft. Pour en revenir la première œuvre citée, histoire d’allécher un peu plus les babines des dévoreurs de livres, on nous dit que si ce roman à gagner le prix Shirley Jackson en 2022, c’est grâce à son côté gothique moderne et viscéral. Forcément, de nos jours, revenir au gothique tient de la gageure, ce qui ne peut qu’attiser un peu plus la curiosité. Mais on le sait, il faut souvent se méfier des phrases toutes faites des éditeurs, et prendre parfois des pincettes pour aborder un roman d’horreur qui a pignon sur rue. Est-ce le cas ici ?

L’histoire se déroule sur une île isolée au large de l’Irlande. La narratrice n’est autre qu’Aoileann, une jeune femme qui arrive vers la vingtaine, vivant avec sa grand-mère, et sa mère qui est malade, alitée dans la chambre voisine, attachée à son lit. Aoileann déteste cette vie, cloîtrée dans une maison où les murs semblent murmurer des litanies infernales, et où elle doit s’occuper de sa mère qui, le soir venu, se libère de ses liens et gratte le parquet. En plus de cela, on va vite apprendre que les rapports entre Aoileann et sa grand-mère sont très conflictuelles, la jeune femme n’évoluant pas dans un lieu d’amour. Au contraire, les gens de l’île la considèrent comme maudite et personne ne l’approche, pas même sa grand-mère qui ne voit en elle qu’une fonction de femme de ménage et de soin.

Forcément, dès le départ, le ton est donné. Le point de la narratrice est sombre et fataliste quant à sa vie sur l’île, sa mère qu’elle appelle la chose dans le lit, ou encore ses rapports avec sa grand-mère ou son père qui vient une fois par mois. Sophie White dresse un portrait très nihiliste de cette île, des habitants, soumis à des croyances ancestrales, ou encore de la famille d’Aoileann qui semble vivre dans un cauchemar bien gardé. Cauchemar dont on aura les résolutions en toute fin de livre, tentant alors de nous faire comprendre pourquoi sa famille agit comme cela, et pourquoi les habitants crachent sur Aoileann dès qu’elle approche. L’atmosphère poisseuse et glauque de ce lieu est l’un des points forts de ce roman, qui ne laisse indifférent quant à son côté fataliste et injuste.

Le premier plot twist intervient quand Aoileann rencontre Rachel, une artiste qui vient d’arriver sur l’île pour une résidence. Rachel est pleine de vie, elle amène de la couleur dans la vie d’Aoileann, et elle est la seule à ne pas la considérer comme une pestiférée. Seul problème, Rachel a un bébé qui va attiser la jalousie de la narratrice, qui va alors s’imposer de plus en plus dans la vie de l’artiste, quitte à voir dans le bébé un concurrent dans cette course à l’amour. La rencontre est très maline, car elle amène vraiment une touche de couleur dans le roman qui, jusqu’à présent, était gris et terne. On a vraiment ce sentiment de joie qui émane d’Aoileann et qui apporte des nuances colorées. Mais il ne faut pas oublier que nous sommes dans un roman d’horreur, et de ce fait, des ténèbres vont ressurgir.

Le fait d’avoir le point de vue d’Aoileann est intéressant car on sent qu’elle a un grain, qu’elle n’est pas normale. Elle va devenir cruelle, malsaine, elle va s’inviter chez Rachel la nuit, elle va empoisonner petit à petit son bébé, il se passe vraiment des choses étranges dans la tête de l’héroïne, et avoir son point de vue peut nous mettre mal à l’aise. Le côté horrifique prend vraiment de l’ampleur au fil des pages, jusqu’à un final nihiliste au possible, surprenant à plus d’un titre. Cependant, l’histoire n’est pas exempte de défauts. Par exemple, l’autrice essaye de faire des allusions poétiques dans son écriture, et ça ne marche qu’à moitié. De plus, il est parfois difficile de rester accroché à cette jeune femme qui est malade, et que l’on va détester à plus d’une reprise. Mais cette approche demeure originale, et c’est déjà pas mal.

Au final, Vers ma Fin est un roman déstabilisant qui prône une horreur insidieuse et malsaine. Le fait que ce soit quelqu’un de dérangée qui nous raconte son histoire est assez intelligent, nous mettant alors mal à l’aise quant à ses décisions, ses émotions et ses points de vue. Sophie White propose alors un roman résolument moderne dans son écriture, mais qui prend place dans un lieu en dehors du temps, et qui peut se faire réticent à nous. Pour autant, on ne peut que saluer l’audace d’une telle narration, avec une réelle envie de proposer quelque chose de nouveau, et de finalement très sombre.

Note : 15/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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