
Titre Original : Tengoku to Jigoku
De : Akira Kurosawa
Avec Toshiro Mifune, Tatsuya Nakadai, Kyôko Kagawa, Tatsuya Mihashi
Année : 1963
Pays : Japon
Genre : Drame, Thriller
Résumé :
Industriel au sein d’une grande fabrique de chaussures, Kingo Gondo décide de rassembler tous ses biens afin de racheter les actions nécessaires pour devenir majoritaire. C’est à ce moment-là qu’il apprend que son fils Jun a été enlevé et qu’une rançon est exigée. Se produit alors un véritable coup de théâtre : ce n’est pas Jun mais Shin’ichi, le fils de son chauffeur, qui a été enlevé. Gondo est désormais face à un dilemme : doit-il dépenser toute sa fortune pour sauver l’enfant d’un autre ?
Avis :
Akira Kurosawa, c’est un metteur en scène qu’on ne présente plus tant son nom insuffle déjà une certaine idée du cinéma. Un cinéma d’époque. Un cinéma en costumes. Un cinéma de samouraïs. Et c’est d’ailleurs cette idée du cinéma qui le pousse, à l’aube des années 60, à faire autre chose. Akira Kurosawa veut s’éloigner de ce pour quoi il est connu. Il veut prendre des risques, et c’est comme ça qu’après « Les bas-fonds« , le réalisateur revient vers un cinéma plus contemporain.

Pour être franc, je n’ai pas encore vu grand-chose d’Akira Kurosawa. « Entre le ciel et l’enfer« , c’est le quatrième film que je vois du metteur en scène après « Ran« , « Sanjuro » et « Rêves« . Et si jusqu’à maintenant, c’est « Ran » qui se posait comme l’élu de mon cœur, cette nouvelle plongée dans le cinéma d’Akira Kurosawa vient de bousculer le peu de cartes que j’ai pour l’instant, car « Entre le ciel et l’enfer » vient de me mettre une petite claque.
« un chef-d’œuvre passionnant qui tient en suspens et en émotion »
Pourquoi ça ? Outre le fait que le film soit impeccable dans sa maîtrise, son ambiance et ses acteurs, ce qui m’a pris et bousculé, c’est le dilemme moral que raconte le réalisateur. Que faire dans une situation pareille ? Faut-il sacrifier sa fortune, et plus loin, presque sa vie, pour un enfant qui n’est pas le nôtre ? Magnifique réflexion sur la responsabilité personnelle, la lutte des classes, l’envie, la haine et la culpabilité, même si le film a ses défauts, il se pose avant tout comme un chef-d’œuvre passionnant qui tient en suspens et en émotion d’un bout à l’autre de son histoire. Incroyable !
Kingo Gondo est un riche industriel qui tient les chaussures nationales. Un soir comme un autre, alors que son fils joue avec le fils de son chauffeur, il reçoit un appel. À l’autre bout du fil, un homme lui apprend qu’il vient de kidnapper son fils. Pire encore, l’homme en question lui demande toute sa fortune, sinon il tuera son fils. Très vite, Monsieur Gondo découvre que ce n’est pas son fils qui a été kidnappé, mais celui de son chauffeur… Dès lors se pose un dilemme : sacrifier sa fortune pour un enfant qui n’est pas le sien.
Waouh ! Quand même ! « Entre le ciel et l’enfer« , c’est un chef-d’œuvre qui, je pense, ne va pas avoir fini de me hanter tant Akira Kurosawa vient de me bousculer avec cette histoire. Construit en deux grandes parties, « Entre le ciel et l’enfer » est un film impeccable d’un bout à l’autre. La première partie est d’une maîtrise absolue. Huis clos qui se passe entièrement dans un salon, le film est rythmé au gré des coups de téléphone du ravisseur. Des coups de téléphone qui interviennent de manière incroyable, poussant toujours plus loin le dilemme du personnage. Car s’il refuse de payer au départ, on le sent vaciller petit à petit et, pire, au gré de montées de tension terribles, on assiste à un véritable sacrifice.
« c’est incroyable d’histoire, de sujets et de maîtrise »
En plus de parler des responsabilités et des devoirs de chacun, le film va plus loin encore, mettant face à face l’opinion publique et l’opportunisme au sein d’une entreprise. Parfaitement écrit, le film dépasse largement le simple enlèvement, abordant au fil de sa trame une véritable lutte des classes. Une lutte qui sera encore plus accentuée avec la deuxième partie, encore plus terrible que la première. Si le début du film nous tient pendant plus d’une heure enfermés dans un salon, dans une maison qui surplombe le bas peuple, la deuxième partie fait basculer l’intrigue dans un film d’enquête, à la recherche du ravisseur et de ses complices.
À partir de là, Akira Kurosawa pose sa caméra en ville et c’est petit à petit, à force d’indices savoureusement dénichés, qu’il nous raconte la suite. Des hauteurs, on plonge dans les bas-fonds, et il n’y aura pas que les mauvais quartiers de la ville qui seront explorés. Non, « Entre le ciel et l’enfer » explore les laissés-pour-compte, notamment dans une scène incroyable, qui tient presque du film de zombies, lorsque l’intrigue s’aventure dans un coin mal famé où traînent tous les drogués de la ville.
Puis derrière ça, le film aborde l’envie, la haine, les différences de classes, les différences sociales, la jalousie, voire la haine qu’inspire le riche face à la pauvreté et l’enfer d’une vie qui rime avec survie. Bref, là encore, c’est incroyable d’histoire, de sujets et de maîtrise. À la rigueur, la seule ombre qui vient se poser dans ce tableau, c’est la filature par la police, qui pour le coup ne tient pas la route tant elle manque de discrétion. On peut même dire qu’elle amuse tant c’est gros. Mais comme je le disais, ce n’est qu’un menu détail face au reste du film, qui emporte tout sur son passage et s’impose bien comme un chef-d’œuvre fou. La dernière scène est bouleversante dans absolument tout ce qu’elle raconte, concluant le film de manière immense.

Entre son histoire passionnante, entre ses dilemmes terribles et puissants, puis avec ses acteurs au-delà du sublime, Toshiro Mifune, Tatsuya Nakadai et Tsutomu Yamazaki en tête, et cette mise en scène ultra maîtrisée qui tient les deux heures et demie que dure le film sans aucun temps mort, « Entre le ciel et l’enfer » se pose comme une claque puissante, passionnante et bouleversante. C’est du grand, du très grand cinéma, et découvrir ce film sur grand écran, ce fut un moment purement magique !
Note : 20/20
Par Cinéted
