octobre 6, 2022

No Escape

De : John Erick Dowdle

Avec Owen Wilson, Lake Bell, Pierce Brosnan, Sterling Jerins

Année: 2015

Pays: Etats-Unis, Thaïlande

Genre: Action

Résumé:

Jack, un homme d’affaires américain, s’expatrie en Asie du sud-est avec sa famille pour mener une vie de rêve dans un décor paradisiaque. Fraîchement débarqués, leur projet tourne court. Un coup d’état éclate dans le pays et la tête des expatriés se retrouve mise à prix. Aidés par un mercenaire britannique, Jack et les siens n’ont qu’une solution: fuir.

Avis:

John Erick Dowdle n’est pas très connu de par chez nous et pourtant, quasiment tous ses films sont sortis, soit au cinéma, soit directement en DVD/bluray/VOD. Il commence sa carrière par des films d’horreur, dont il semble se faire une spécialité. Si The Poughkeepsie Tapes reste un inédit chez nous, on va faire sa connaissance avec son remake de [Rec], En Quarantaine, porté par Jennifer Carpenter. Sans être bon, le film évite de justesse le ridicule et s’avère être un divertissement lambda. Il poursuit donc avec Devil, un huis-clos horrifique dans un ascenseur produit par M. Night Shyamalan, alors déjà en pleine disgrâce. Puis il fournit Catacombes, un found-footage ignoble se déroulant à Paris. Dès lors, on pense que le cinéaste ne fournira que de petits films horrifiques au budget famélique, mais c’était sans compter sur No Escape. Film d’action teinté de thriller, végétant dans son cerveau depuis 2006, le réalisateur va livrer son vrai premier bon film, ne délaissant pas vraiment l’horreur, mais l’associant à un fait divers qui pourrait être réel. D’ailleurs, il s’est inspiré de l’un de ses voyages pour écrire avec son frère le scénario du film. La question que l’on peut alors se poser avec ce métrage, c’est pourquoi c’est bien, alors que le réalisateur ne nous avait habitués qu’à des films, au mieux, moyens ?

Au niveau du scénario, on navigue dans quelque chose de relativement connu. Une famille d’expatriés arrive dans un pays d’Asie à cause du travail du père de famille, qui bosse pour une société de service des eaux. Alors que tout semble aller pour le mieux, malgré une acclimatation difficile, un coup d’état éclate et les américains sont alors pris pour cible. La famille va devoir fuir un pays devenu dangereux, où la révolte est bien armée et semble bien décidée à en finir avec les américains. Grossièrement, le film s’axe sur l’action, sur la fuite de cette famille qui tente à tout prix de protéger ses deux petites filles. Mais si le divertissement est dynamique, ce n’est pas ce qui rend le film aussi réussi. D’ailleurs, on a déjà vu des films d’action hyper nerveux susciter de l’ennui à cause d’un scénario pauvre ou brouillon. Ici, ce ne sera pas le cas puisque le réalisateur va prendre son temps pour présenter cette famille. Une famille commune, aimante, avec ses problèmes, ses bons moments et ses habitudes. En faisant ainsi, le cinéaste nous montre que cette guerre peut toucher n’importe qui et que cela pourrait être nous. Il va donc être difficile de ne pas ressentir de l’empathie pour cette famille normale. Et normal est un mot important puisque cela permet d’éviter des lourdeurs, des disputes incessantes cassant le rythme ou encore des moments d’incohérence. Ici, on s’aime, donc on s’entraide et on s’écoute pour plus d’efficacité mais aussi d’émotions.

Une émotion qui va aller crescendo au fur et à mesure du film, notamment dans la sauvegarde de cette famille et surtout des deux filles. Très rapidement, John Erick Dowdle nous place dans une situation de stress intense avec l’attaque de l’hôtel où aucun prisonnier n’est fait. Dès lors, la récupération de la famille et sa fuite vers les toits va être un moment très tendu qui démontre toute la violence de la rébellion. Le réalisateur a su ménager son suspens à ce moment-là, mettant en danger toute la famille et optant pour un plan très dangereux, celui de sauter d’un toit à un autre. C’est là que l’on voit la connaissance du cinéaste dans le domaine de l’horreur, distillant à fortes doses des moments stressants qui fonctionnent parfaitement. Et la famille ne va pas être au bout de ses peines, puisque on aura des fusillades, des tanks, des coups, une tentative de viol et même un final assez difficile à regarder où le chef des rebelles souhaite que l’une des filles tue son père. Tout cela va être agrémenté d’une mise en scène assez maline, à la fois simpliste et nerveuse, collant au plus près des personnages. Il y a aussi un gros travail sur les lumières, saturant de rouge les moments dangereux, appuyés par une pluie intense et donc une humidité poisseuse et pénible. Il y a toujours un sentiment d’urgence qui se dégage du film et c’est très bien foutu.

Alors oui, on n’évitera par certains écueils comme le héros sauveur qui arrive au bon moment dans un endroit impossible, ou encore le fait que la famille s’en sorte toujours in extremis avec les moyens du bord, mais cela fait finalement partie du cahier des charges d’un tel film. D’autant plus que derrière l’action frénétique du film se cache aussi une bonne petite critique du système financier américain ou européen. La guerre éclate tout simplement parce qu’une société américaine a racheté le système des eaux de ce pays, et possède désormais une certaine main mise sur le pouvoir en place. A travers cette rébellion violente se cache en fait un refus de courber l’échine face à un envahisseur qui veut appauvrir le peuple pour enrichir le sien. Un fait réel qui trouve écho dans d’autres films comme le Argo de Ben Affleck par exemple. C’est assez intéressant de voir que finalement, John Erick Dowdle n’a pas voulu faire un film d’action lambda et a essayé de faire quelque chose d’un peu plus fin, d’un peu plus intelligent.

Et le film est bien évidemment porté par d’excellents acteurs, à commencer par un Owen Wilson à contre-emploi. Il joue un père de famille aimant, plutôt drôle, très attachant et qui va tout faire pour protéger les siens. Il doit se faire violence, accepter de tuer pour survivre et il se découvre certains talents pour la survie. Alors habitué à la comédie, cela faisait bien quinze ans qu’il n’avait pas signé pour de l’action pure. A ses côtés, Lake Bell fait parfaitement l’affaire, l’actrice réussissant à transmettre plusieurs émotions dont la peur et l’instinct maternel qui aide à la survie. Mais celui qui tire le plus son épingle du jeu, même si on le voit très peu, c’est Pierce Brosnan. Lui aussi à contre-emploi dans un rôle de mercenaire au grand cœur, l’acteur est resplendissant, lui aussi drôle, mais très charismatique. Il n’y a pas à dire, l’acteur se bonifie avec le temps et gagne en classe. Pour les « méchants », on reste dans quelque chose de très classique, avec des gueules burinées et des types sans foi ni loi qui zigouille à tout va presque par plaisir.

Au final, No Escape est bien le premier film vraiment réussi de John Erick Dowdle. Habitué à l’horreur, il va se servir de son expérience pour distiller de la tension durant tout le film, accentuant un sentiment d’urgence et de peur en peaufinant le portrait d’une famille normale, soudée et aimante. Si on pourra trouver des défauts au film, comme une propension aux ralentis douteux ou encore à une chance crasse de la part des protagonistes principaux, il n’en demeure pas moins que le film est une réussite, nerveuse, tendue et ayant même un petit sujet de fond.

Note : 16/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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