
De : Damien Leone
Avec Lauren LaVera, David Howard Thornton, Jason Patric, Daniel Roebuck
Année : 2024
Pays : Etats-Unis
Genre : Horreur
Résumé :
Après avoir survécu au massacre d’Halloween perpétré par Art Le Clown, Sienna et son frère tentent de reconstruire leur vie. Alors que les fêtes de fin d’année approchent, ils s’efforcent de laisser derrière eux les horreurs passées. Mais au moment où ils se croyaient enfin à l’abri, Art refait surface, bien décidé à transformer Noël en un véritable cauchemar.
Avis :
Il ne faut pas grand-chose pour faire le buzz dans le domaine du septième art. Soit il y a un scandale qui éclate, et ça met en lumière un film, soit il faut faire dans le sensationnel en montrant des gens effrayés, voire tombant dans les pommes, au cinéma, pour que cela attire le chaland. C’est exactement ce qu’il s’est passé avec la franchise Terrifier. Si le premier film a eu un succès plus que limité, restant longtemps inédit chez nous, sa suite va faire un buzz retentissant. En effet, après avoir dit que des gens vomissaient ou s’évanouissaient dans la salle, cela a fait venir plein de curieux, et le second volet de Terrifier est devenu viral et une manne financière non négligeable pour son réalisateur. A un tel point que de gros studios sont venus le voir pour produire le troisième volet.

Chose que Damien Leone a refusé, voulant garder des effets gores extrêmes. Et effectivement, avec ce troisième volet, il ne va pas y aller de main morte, ayant encore plus de budget que pour les deux précédents volets, et allant plus loin encore dans le mauvais goût et l’humour noir. Ici, le scénariste/réalisateur prend la décision de placer son « intrigue » durant les fêtes de Noël. Exit donc Halloween, et place à des activités plus festives. Le film débute quelque temps après le deuxième opus, et un flic découvre le cadavre d’Art sans sa tête. Cela n’empêche pas le clown de zigouiller le flic, de prendre sa tête en remplacement pour ensuite aller dans un asile et se recomposer avec l’aide de sa première victime, défigurée et complètement zinzin. Le ton est donné, on va être dans le crade extrême sans aucun filtre.
« ce troisième film qui ne raconte rien de neuf »
Pour autant, par la suite, le film va s’éterniser un peu. Damien Leone semble vouloir donner de l’épaisseur à son intrigue et nous replonge auprès de la final girl du film précédent, qui se rend alors chez sa sœur pour les fêtes de Noël. On se replonge dans quelques flashbacks sirupeux, on apprend que le frère, lui aussi survivant, est interne dans un lycée, et qu’Art le clown rentre dans un état végétatif, jusqu’à ce que deux types le réveillent par mégarde. Le grand n’importe quoi se poursuit sans que l’on ait quelques anicroches autour du lore d’Art. Pourquoi revient-il à la vie ? Quel est son pouvoir ? Pourquoi essaye-t-il de buter cette pauvre fille ? On reste dans un flou artistique, et on va vite se rendre compte que tout le contexte n’est présent que pour donner de la viande fraîche à son tueur psychopathe.
Et c’est là le plus gros défaut de ce troisième film qui ne raconte rien de neuf, n’épaissit pas son personnage, et flirte souvent avec la sorcellerie sans jamais y aller vraiment. Même la séquence finale, qui laisse plus de place à la femme défigurée, jouant presque un rôle de sorcière, nous laisse le cul entre deux chaises, se terminant volontairement sur un happening qui appelle à une suite. Pour faire bref, d’un point de vue scénaristique, c’est la galère. Et il faut aussi compter sur des ellipses temporelles dégueulasses, où l’on va découvrir des morts importants, sans pour autant avoir eu les scènes, ou au moins les explications. Le final arrive comme un cheveu sur la soupe, dézinguant à tout-va des personnages clés mais sans une once de présentation ou de mise en scène. On a vraiment la sensation qu’on se fout de notre gueule.
« voir en ce long-métrage une volonté de choquer pour choquer
Encore plus que pour les deux premiers films, il est difficile ici de ne pas voir en ce long-métrage une volonté de choquer pour choquer, d’aller dans le trash pour susciter le buzz, et non pas pour raconter quoi que ce soit, et encore moins pour critiquer quoi que ce soit. Terrifier 3 demeure une coquille vide qui réalise l’exploit d’être encore plus con que les deux premiers. La scène du bar, par exemple, est une aberration, et ne sert finalement qu’à expliquer comment Art arrive à avoir son costume de père Noël. Mais le pire dans tout ça, ce sont les scènes gratuites qui n’ont aucune conséquence sur le déroulement de l’histoire. L’explosion dans le centre commercial, qui va coûter la vie à des enfants, ne sert à rien sinon choquer, et cela n’aura aucun impact sur les pérégrinations du clown.
Alors oui, d’accord, le film est gore. Extrêmement gore. C’est dégueulasse, et Damien Leone a plus d’idées de sévices corporels que de mise en scène. Les effets artisanaux sont bien fichus, et c’est parfois à la limite du soutenable. On pense à ce pauvre couple qui n’a rien demandé qui va se faire découper en morceau à la tronçonneuse dans une douche. On peut aussi évoquer ce pauvre type déguisé en père Noël qui va se faire fracasser à coups de marteau. Non seulement c’est bien fichu, mais c’est aussi très sadique, et c’est de là que vient le succès de la franchise, une sorte de défouloir malsain. Mais si c’était sur des personnes insupportables, sur des gens mauvais, cela pourrait passer. Or, c’est sur des innocents, parfois des enfants, et c’est tout bonnement gratuit. Oui, la mort peut frapper n’importe qui, mais ça reste très limite tout ça…

Au final, Terrifier 3 est une purge infâme et sans doute le moins bon de la trilogie. L’effet de surprise n’est plus là, le lore exploré nous prend pour des idiots et s’avère plus du grand n’importe quoi qu’autre chose, et bien entendu, le scénario ne raconte strictement rien. En l’état, ce troisième opus n’est qu’une succession de saynètes gores extrêmes qui manquent cruellement d’âme et d’une volonté de faire quelque chose avec son nouveau boogeyman mutique mais violent. Bref, Damien Leone a réussi à faire le buzz, à faire parler de lui, et c’est visiblement tout ce qui compte dans ce monde…
Note : 06/20
Par AqME
