
Avis :
Il est de notoriété commune que de nombreux musiciens participent à différents projets et différents groupes afin d’étendre leur palette technique, et de jouer sur plusieurs styles. Ce qui est plus étonnant, c’est lorsqu’un type tout seul s’amuse à faire plusieurs « groupes » en arborant des sous-genres assez similaires. Prenons l’écossais Andy Marshall. En 2013, il crée Saor, un groupe de Post-Black métal avec des éléments Folk, qu’il gère tout seul. Le succès est plutôt au rendez-vous, et tout semble aller pour le mieux pour le multi-instrumentiste. Mais en 2015, il décide alors de faire un autre projet, Fuath, qui restera dans le Black Métal, mais avec des éléments atmosphériques. Ici, point de flûte et autres instruments folkloriques, mais une ambiance pesante et froide, idéale pour les longues nuits d’hiver. Sortant un album tous les cinq ans, il était plus que temps d’écouter le troisième effort de Fuath.
Sobrement intitulé III (en même temps, les deux premiers étaient I et II), ce nouvel album pour Andy Marshall reste dans la veine de ce qu’il fait avec toutes ses formations. C’est-à-dire un album condensé, assez long, mais comprenant peu de pistes. Ici, on a quasiment quarante-trois minutes d’écoute pour seulement quatre chansons. Il est évident que chaque morceau est une aventure, avançant un sentiment assez différent à chaque fois, et prenant aux tripes. Certes, c’est un peu moins fort que Amidst the Ruins, le Saor sorti l’année dernière, mais on reste dans un Atmospheric Black de haute volée, qui nous fait passer par tout un tas d’émotions. Et cela commence avec The Cailleach, long morceau de près de treize minutes. Le début lorgne vers un Black rigide et stéréotypé, mais les choses vont vite évoluer pour nous faire partir vers des sentiers inconnus.
Dès que le chant commence, on a droit à des riffs plus doux, plus langoureux, qui épousent parfaitement le côté Post-Black si cher à ce bon vieux Andy Marshall. Le résultat donne quelque chose de très prégnant, de profond, même si on reste dans quelque chose d’assez classique pour le genre. Il faut aussi noter que le musicien prend son temps pour poser ses ambiances et ses arpèges. Certains passages sont très longs et répétitifs, dans l’intention d’appesantir une atmosphère déjà bien lourde. Cela peut dérouter, allant presque lorgner du côté du Drone, mais on comprend la démarche qui se veut risquée. Et il faut ajouter à cela un côté épique qui colle parfaitement à l’ambiance recherchée. Bref, comme premier morceau, c’est une belle réussite. Embers of the Fading Age va être un morceau plus direct, plus franc, même s’il dure quasiment huit minutes.

Avec ce titre, le début est tonitruant, avant de se calmer un petit peu dans ses partitions instrumentales. Le résultat est grisant, jouant constamment avec les textures, et une sensation de mélancolie qui nous envahit petit à petit. Andy Marshall est toujours excellent dans ces moments-là, où il faut créer de l’émotion dans la violence et dans une rythmique ultra rapide. De plus, dans ce titre, on a vraiment des moments qui s’éloignent du Black, pour aller vers quelque chose de plus alternatif, et c’est très intéressant. En abordant Possessed by Starlight, on entendra quelques subtilités Death dans les riffs et le rythme. Bien évidemment, le morceau durant plus de huit minutes, on va passer par tout un tas de nuances différentes, et le titre sera plus complexe que ça. On retrouvera, par exemple, ce fameux riff un peu aigu qui vient parsemer chaque morceau de sa mélancolie.
Le plus intéressant dans ce morceau, c’est qu’il garde un aspect épique, tout en changeant parfois ses axes musicaux. Andy Marshall ne laisse rien au hasard et peaufine son art pour mieux nous surprendre, au sein d’un genre pourtant très codifié. Enfin, The Sluagh vient clôturer l’ensemble avec ses longues treize minutes d’écoute. Rien ne viendra vraiment nous sortir d’une certaine zone de confort, et pourtant, on va encore se prendre une jolie tarte dans les tympans. Si le début est virulent et plonge pleinement dans le Black avec son blast à la batterie, le morceau va évoluer au fur et à mesure du temps qui passe, et nous, on va découvrir de nouvelles choses à chaque nouvelle écoute. Il se dégage une atmosphère très particulière de ce titre, et on y prend beaucoup de plaisir.
Au final, III, le dernier album de Fuath, est un très bon cru de la part d’Andy Marshall. Si on n’est pas à la hauteur du dernier album de Saor, on reste sur de l’Atmospheric Black Métal de qualité, dense et complexe, qui nous pousse au voyage dans les contrées enneigées de l’Ecosse. Si on ne sort pas vraiment d’une certaine zone de confort, on est quand même dans le haut du panier du genre, et ce serait dommage de s’en priver.
- The Cailleach
- Embers of the Fading Age
- Possessed by Starlight
- The Sluagh
Note : 16/20
Par AqME
