
Auteur : Stephen King
Editeur : Albin Michel
Genre : Horreur
Résumé :
La route 50 coupe droit à travers le désert du Nevada, sous un soleil écrasant. On n’y entend que le jappement lointain des coyotes. C’est là qu’un flic étrange, un colosse aux méthodes très particulières, arrête des voyageurs sous des prétextes vagues, puis les contraint de le suivre à la ville voisine : Désolation.
Et le cauchemar commence…
Avis :
Entre 1994 et 1995, Stephen King va commencer l’écriture de Désolation, un roman qui prend place dans une petite bourgade déserte, en plein Nevada, où un flic malade et possédé va mener la vie dure à une poignée de survivants qu’il a capturé le long de la route 50. Alors qu’il est au milieu de son récit, il lui vient l’idée, et l’envie, d’écrire un western, et de le voir sur grand écran. Il prend alors tous les personnages de Désolation, les transvase dans un autre lieu, à une autre époque, puis écrit une première version de ce qui deviendra Les Régulateurs. Il propose le texte à Sam Peckinpah qui se montre très intéressé, mais il faut faire quelques modifications dans le script. Alors que Stephen King s’y attèle, le réalisateur décède, et Les Régulateurs deviendra alors un roman, qui sortira en même temps que Désolation.
Avec ce dernier roman, Stephen King va rester fidèle à lui-même, et ne guère surprendre. Pour autant, faut-il être surpris pour passer un bon moment de lecture ? La réponse est bien évidemment non, et c’est exactement ce qui se passe avec Désolation. Ce qui est assez marrant, c’est que le roman est découpé en cinq grands actes, qui sont découpés en cinq chapitres, eux-mêmes découpés en cinq parties. Dans le premier chapitre, on va voir comment Collie Entragian, le flic possédé, va arrêter et même tuer certaines personnes le long de cette route 50, en plein désert. Le démarrage est abrupt, on n’a pas le temps de s’ennuyer, et les présentations avec certains personnages sont assez sommaires. On y croise un couple ainsi qu’un vieil écrivain qui tente de trouver l’inspiration en faisant un voyage en Harley, tentant de renouer avec son succès passé.
En parallèle de cela, on découvre une caravane à l’abandon, avec les quatre pneus crevés, ainsi qu’un type qui voyage en camion, étant l’homme de main de l’écrivain, le suivant de loin, et prenant en stop une jeune femme qui ne sait pas trop où elle en est de sa vie. Tout ce petit monde va alors se retrouve dans Désolation, avec une grande partie en prison, où l’on trouve une partie de la famille de la caravane, ainsi qu’un habitant de Désolation, un vétérinaire alcoolique. A partir du deuxième chapitre, le roman va devenir un récit de survie, où tout ce petit monde va tenter de s’en sortir, en suivant les pas de David, un jeune garçon qui semble atteint par la grâce, et le seul à pouvoir lutter contre Tak, l’entité qui prend possession des corps. Bien évidemment, l’ensemble est plus touffu que ça.
Stephen King tisse une véritable mythologie autour de Tak. Ses origines seront dévoilées au fur et à mesure de l’aventure, et même si ses objectifs semblent un peu flous, il présente une menace très intéressante à suivre, notamment dans un lieu où les dangers sont omniprésents, notamment avec tous ces arachnides venimeux. La narration est ultra fluide, on retrouve tous les éléments un peu trash de l’auteur, qui ne montre aucune pitié envers ses personnages, créant alors une angoisse constante, et parfois de bonne surprise, avec des rôles cachés. Le seul gros défaut que l’on peut trouver au sein de cette histoire, c’est la fin, qui est bien trop longue et tire pour ne pas raconter grand-chose de plus. On retrouve bien un côté lovecraftien sur le monstre final, mais ça reste un peu trop réchauffé et attendu (et n’est pas Lovecraft qui veut).
Néanmoins, on retrouve les marottes habituelles de l’écrivain. Ici, il est encore une fois question de croyance et de religion, de foi et de révélation plus ou moins divine. Le petit garçon de onze ans devient un sauveur grâce à un pouvoir quasi divin, mais l’auteur a le mérite de poser de bonnes questions. Est-ce bien Dieu qui parle au gamin ? Et si c’est Dieu, pourquoi est-il si cruel ? Parmi les habitudes de l’écrivain, on retrouve aussi le personnage de l’auteur déchu, qui va trouver une nouvelle vie dans ce déchainement de violence. Un personnage au départ aigri, et qui va devoir se faire violence pour surpasser ses démons. Et difficile aussi de passer à côté d’un antagoniste qui symbolise toutes les peurs de l’humanité, comme une violence décomplexée, et un plaisir dans la douleur des autres. Bref, on n’est pas surpris.
Au final, Désolation de Stephen King est un bon roman, mais c’est loin d’être son meilleur. Trop long dans ce qu’il raconte, trainant en longueur sur la fin, on a connu l’auteur plus inspiré dans son style. Surtout qu’ici, il reste dans sa zone de confort, avec des thématiques récurrentes. Pour autant, on prend énormément de plaisir à la lecture. C’est fluide, gore, avec une absence de pitié envers ses protagonistes, ce qui fait qu’il y a tout de même une certaine tension au fil des pages. Bref, si ce n’est pas le meilleur de son auteur, Désolation reste tout de même un bon roman d’horreur, bien au-dessus de son adaptation calamiteuse en téléfilm par Mick Garris.
Note : 15/20
Par AqME
