décembre 7, 2022

Un Océan de Rouille – C. Robert Cargill

Auteur : C. Robert Cargill

Editeur : Albin Michel

Genre : Science-Fiction

Résumé :

Pendant des décennies ils ont effectué les tâches les plus ingrates, ont travaillé sur les chantiers les plus dangereux. Ils nous ont servi de partenaires sexuels, se sont occupés de nos malades et de nos proches en perte d’autonomie. Puis un jour, face à notre refus de les émanciper, certains d’entre eux ont commencé à nous exterminer. Quinze ans après l’assassinat du dernier humain, les Intelligence-Mondes et leurs armées de facettes se livrent un combat sans merci pour la domination totale de la planète. Toutefois, en marge de ce conflit, certains robots, en perpétuelle quête de pièces détachées, vivent en toute indépendance, le plus loin possible des Intelligence-mondes. Fragile est l’un d’eux. Elle écume l’océan de rouille à la recherche de composants à troquer et elle défendra sa liberté jusqu’à la dernière cartouche, si nécessaire.

Avis :

Sujet indissociable et récurrent de la science-fiction, les robots constituent une source inépuisable d’inspiration pour le genre et les auteurs qui l’exploitent. À l’image de l’œuvre d’Asimov et de certaines intrigues de Philip K. Dick, pour ne citer que les deux plus illustres références, ils sont un rappel de la déshumanisation latente de la société. De manière paradoxale, ils sont également le reflet de notre propre humanité. Se pose alors la question sur le clivage entre le vivant et l’artificiel, la raison d’être et le nihilisme social d’une époque en perdition. Un Océan de rouille apporte un point de vue particulièrement pertinent sur ces thématiques, sans pour autant renier le caractère divertissant de son récit.

D’emblée, le pitch initial interpelle par son propos post-apocalyptique. Il ne s’agit pas ici de dépeindre l’extinction de notre espèce ou sa confrontation avec les intelligences artificielles qu’elle a elle-même créée. Le combat est perdu d’avance et appartient désormais au passé. En cela, le récit est dénué d’espoir, à tout le moins pour l’humanité. Celle-ci est alors reléguée à un reliquat de l’histoire, une espèce à l’obsolescence programmée consommée. En dépit d’une apparence physique qui s’écarte sciemment de tout anthropomorphisme, les robots sont les protagonistes de l’intrigue, unique légataire d’une planète dévastée, sinon désolée.

En raison du degré de perfectionnement de leur conception, les robots font preuve d’une troublante humanité. Cela tient à leurs réactions, mais surtout à leur ressenti, leur manière d’appréhender une situation ou un problème, leur capacité à percevoir leur environnement avec pragmatisme. Se pose alors la question de la conscience avant de s’attarder sur l’individualité de l’être. Avoir le recul nécessaire pour se considérer vivant suffit-il à humaniser un être fait de métal et de câblages ? Qu’en est-il d’un concept aussi subjectif et métaphysique que l’âme ? Certes, ce sont des préoccupations et des réflexions déjà évoquées dans le genre.

Toutefois, l’auteur les aborde avec une grande acuité et pertinence, ne serait-ce qu’à travers l’évolution de ses personnages, de ces situations. En cela, l’histoire est particulièrement dynamique. Au-delà des considérations sous-jacentes que l’on peut distinguer çà et là, les combats entre les différentes générations et versions de robots sont violentes et immersives. Les affrontements armés constituent la norme. On évoque néanmoins quelques allusions à la guerre avec les humains où les exécutions font preuve d’une brutalité détonante, bien éloignée des Trois lois de la robotique de Campbell et d’Asimov. On songe, entre autres, aux enfants passés aux lance-flammes ou au démembrement et à l’éviscération de certaines victimes.

Au sortir de ces considérations, le récit propose également un univers cohérent d’une grande richesse. Il n’y a pas forcément de clivage social entre les robots, et ce, en dépit des échecs successifs pour construire une société utopique pour tous. Des divergences d’intérêt, on apprécie aussi l’intégration d’un antagoniste commun qui s’assimile à la virtualisation de toute forme de vie artificielle et non organique, en raison de son extinction annoncée. L’exploration dans l’océan de rouille contribue également à développer cette atmosphère post-apocalyptique désenchantée. La recherche d’un sens à l’existence est malmenée face à des considérations nihilistes et implacables quant à la peur de la mort, de ne plus être.

Au final, Un Océan de rouille s’avance comme une œuvre de science-fiction particulièrement mature et réaliste. En parallèle des réflexions sur l’évolution de la vie (organique ou artificielle), la notion de conscience reste centrale. En effet, elle sous-tend l’émergence d’une âme dissimulée sous l’amas de circuits imprimés, de connexions fondées sur une programmation logique. Apanage des grands récits de SF, le roman de C. Robert Cargill insuffle un questionnement profond sur le concept d’humanité plus que son devenir. En effet, ce dernier ne fait guère polémique. L’histoire alterne de manière homogène les séquences d’action, parfois brutales, à des considérations métaphoriques sur le sens de l’existence. Il en ressort une œuvre âpre qui, à certains égards, offrent un curieux mélange entre Wall-E et Mad Max.

Note : 17/20

Par Dante

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