janvier 5, 2026

Abysmal Grief – Taetra Philosophia

Avis :

Formé en 1996 à Gênes, Abysmal Grief est un groupe qui officie dans un Doom assez particulier, puisqu’il brouille les pistes via des pochettes sombres et équivoques. Oui, si le groupe vous est inconnu, à la vision de l’artwork, vous pouvez être persuadé qu’il s’agit de Black Métal, et non pas de Doom. Mais c’est fait exprès, et le groupe joue de cette image, car il parle d’horreur dans ses paroles, et certaines pochettes des albums précédents font écho aux films de la Hammer. Bref, les italiens ont un univers bien à eux, qui se retrouve dans les univers explorés, et dans cette volonté de proposer une musique délétère, angoissante, et qui, ici, s’amuse avec l’image de la religion. Taetra Philosophia est le septième effort studio de la formation, et il ne déroge pas à la règle, malgré quelques scories regrettables.

Cet album est le plus court du groupe. Il dure un peu plus de quarante-trois minutes, et gravite autour de sept titres. Parmi ces pistes, il y a deux morceaux instrumentaux qui font office d’interlude et de conclusion. Il s’agit de pistes qui se veulent lugubres, oscillant entre des liturgies religieuses au clavecin et des musiques d’ambiance qui font écho aux vieux films d’horreur gothiques. Puis il y a cinq autres titres, qui sont relativement longs, durant entre six et neuf minutes. Nous faisons donc face à un album assez massif, qui s’abroge de toute volonté de faire un hit radiophonique, et qui reste fidèle aux racines du Doom. Cependant, on va noter quelques similarités entre les titres, puisque les structures seront les mêmes, avec une longue introduction, la partie chantée, puis une longue conclusion. Et changer quelques arrangements ne fait pas forcément la différence.

Prenons par exemple Deux Cornatus, le premier titre de l’album. Ici, on dépasse les sept minutes, et le début fait très chrétien. On a de l’orgue, des chœurs religieux qui semblent sortir de n’importe quelle église, jusqu’à une sorte de baisse de régime, où les guitares électriques vont prendre le relai. Ici, les dissonances ajouteront une part de mystère à l’ensemble, avec notamment du violon qui viendra apporter une touche fantasmagorique. Ce démarrage dure environ trois minutes, jusqu’à ce que le chanteur livre son chant particulier, qui correspond parfaitement à l’ambiance recherchée. Très clairement, la ligne directrice est respectée jusqu’au moindre détail. L’atmosphère est délétère au possible, et c’est vraiment bien fichu. Puis les deux dernières minutes laisseront du champ à la guitare, qui pourra faire un long solo jusqu’à la fin. Encore une fois, c’est très bien pensé, et ce premier titre fait amplement le taf.

Cependant, dès le deuxième titre, Taetra Philosophia, on va se rendre compte que la structure même du morceau est strictement le même. Si la piste dure plus longtemps (on dépasse les sept minutes), on est sur un schéma narratif identique. On a une longue introduction à l’orgue, avec un peu plus de guitare, et même si le chant arrive plus vite, on a vite un sentiment de redondance qui se fait sentir. Il y a très peu de variations, et même si l’ambiance est toujours aussi particulière, tout cela manque de changement. Alors oui, le solo de fin est très bien fait, et techniquement, c’est irréprochable, mais on a la sensation que le groupe se repose un peu sur ses acquis. Même Ambulacrum Luctus reprend cette structure, avec des élans Doomy, bien évidemment, mais il ne suffit de changer les gimmicks d’ambiance pour faire un titre différent.

Heureusement, Lumen ad Urnam va permettre de faire une petite pause et de découvrir une ambiance encore plus délétère. Le groupe peaufine son univers d’épouvante et un peu malsain pour nous plonger dans un délire gothique lent et langoureux. Cela permet alors à Corpus Mortuum de faire encore plus Doom. Les riffs sont lourds, puissants, crasseux, et le rythme est très lent. Néanmoins, d’un point de vue structurel, c’est encore et toujours la même tambouille. Speculum Fractum va alors tenter de nous surprendre avec un pitch parlé au départ, un peu comme une messe, avant de lancer un violon dissonant et un gros riff pour mieux nous surprendre. Durant plus de neuf minutes, on aura droit à un break quasi religieux au clavecin, qui permettra au titre d’être un peu plus consistant que le reste. Enfin, Lamentum est une outro instrumentale qui clôture l’ensemble de manière éthérée.

Au final, Taetra Philosophia, le dernier album de Abysmal Grief, est un bon album, mais il se repose un peu trop sur la même manière de faire. Les cinq morceaux longs sont faits à l’identique, avec seulement quelques changements de sonorité, et c’est un peu dommage. On aurait aimé un peu plus de prise de risque, que ce soit dans l’atmosphère ou dans le chant. En l’état, c’est un bon album, mais il lui manque clairement un petit truc en plus pour être vraiment excellent.

  • Deus Cornatus
  • Taetra Philosophia
  • Ambulacrum Luctus
  • Lumen ad Urnam
  • Corpus Mortuum
  • Speculum Fractum
  • Lamentum

Note : 14/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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