juillet 15, 2024

Pallbearer – Forgotten Days

Avis :

Sonorités lancinantes, rythmiques lentes, riffs lourds et puissants, paroles plutôt dépressives, le Doom Métal est un sous-genre très particulier, mais qui possède des groupes cultes qui n’ont plus rien à prouver à qui que ce soit. Cependant, il est aussi un style de niche, avec un public ciblé, et donc réduit. Ainsi, les groupes doivent souvent se contenter d’un succès timide, surtout quand ils commencent là-dedans. C’est un peu le cas de Pallbearer, groupe américain de Doom fondé en 2008 et dont Forgotten Days, qui nous préoccupe entre ces lignes, est le quatrième album. Doté d’une pochette assez hideuse, sur laquelle ni le nom du groupe, ni le titre de l’album n’apparaissent, ce quatrième effort, paru chez Nuclear Blast (tout de même) est pourtant une excellente surprise, arpentant le chemin d’un Doom doux et mélodique, tant en usant d’un savoir-faire mélancolique solide.

La grande force de cet album (et du groupe par la même occasion), c’est sa capacité à allier deux choses qui pourraient presque antinomique, à savoir des riffs très lourds avec un chant mélodieux et clair. Lorsque Forgotten Days débute, on s’attend à avoir un type qui va growler, ou alors avec une voix profonde et gutturale. Mais il n’en sera rien, puisque Brett Campbell possède une voix assez douce, qui contrebalance les accords brutaux. Cela donne un mélange à la fois étrange et insidieux, renforçant ce sentiment mélancolique, et presque dépressif, qui baigne tout l’album. Pour autant, cela ne va pas nous rendre triste, au contraire, on va ressentir une sorte de compassion et de bien-être à l’écoute de ces huit titres qui confèrent une belle aura à l’ensemble. Riverbed, d’ailleurs, malgré un début en saturation, arrive à rendre le tout plutôt aérien, avec une belle mélodie en arrière-plan.

Il y a vraiment cette envie de mélanger les genres, de produire à la fois quelque chose de lourd et puissant, tout en arrivant à rendre certains passages aériens et plus touchants. Bien évidemment, cela demande des titres assez longs, mais c’est globalement une belle réussite, avec un équilibre toujours juste. Stasis sera un peu plus court que les autres titres, mais ce ne sera pas malheureusement. Le groupe en profite pour jouer avec ses guitares, proposant alors une belle technique, et des mélodies envoûtantes. Il y a toujours cette ambivalence entre la douceur de la voix et les riffs puissants, mais ça fonctionne à plein régime, et ce titre en particulier propose quelque chose de plus vif et de plus viscéral. Cela permet d’aborder Silver Wings avec un certain recul, car c’est la pièce maîtresse de l’album, avec ses douze minutes.

Ici, le Doom est à son paroxysme. On retrouve tous les éléments du genre, poussés jusqu’à leur retranchement, pour fournir un morceau incroyable, à la fois puissant, touchant, travaillé, complexe, mais qui détient un nombre monumental de sous-couches. Avec un tel titre, il est très étonnant que Pallbearer ne soit pas plus connu dans le monde du Métal, tant c’est techniquement irréprochable, en plus de jouer avec nos sentiments. Bref, c’est absolument merveilleux. Après cela, les morceaux vont paraître un peu fades, mais ils resteront de sacrés morceaux. The Quicksand of Existing est plus pêchu, plus véloce, mais il va souffrir d’une voix qui s’accorde assez mal avec l’exercice. Rien de bien méchant, mais on sent que le groupe sort un peu de sa zone de confort et ne maîtrise pas complètement ce changement. Néanmoins, au niveau des riffs, ça reste puissant et bien lourd.

Après un morceau plutôt court (moins de quatre minutes), le groupe revient à ses amours des morceaux longs et puissants. Vengeance & Ruination arbore un début tonitruant et lourd, avant de lâcher la bride et nous emporter dans un torrent boueux, lent et implacable. Certes, on ressent moins le côté mélancolique, mais la colère emporte tout le reste, et on a vite envie de se déboîter la nuque de façon méthodique. Rite of Passage se fera plus doux et éthéré, et il pourrait presque se voir comme un interlude long et puissant. Car derrière, Caledonia viendra conclure l’album de la plus belle des façons, faisant une synthèse de tout ce qui fait le groupe. A la fois doux et percutant, touchant et mélancolique, lent et lourd. Pallbearer termine en beauté et nous emporte dans son univers si particulier, à la fois tendre et sans concession.

Au final, Forgotten Days, le quatrième album de Pallbearer, est une réussite sur quasiment tous les plans. Plongeant à corps perdu dans le Doom, offrant aux auditeurs des riffs lourds qui sont contrebalancés par une voix mélancolique et des textes puissants, les américains ne font pas les choses à moitié et délivrent une galette que l’on se prend volontiers en pleine tronche. Le genre de surprise qui fait du bien et qui donne une furieuse envie de découvrir leurs autres albums.

  • Forgotten Days
  • Riverbed
  • Stasis
  • Silver Wings
  • The Quicksand of Existing
  • Vengeance & Ruination
  • Rite of Passage
  • Caledonia

Note : 17/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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