juillet 15, 2024

Le Bureau des Affaires Occultes – Le Chant Maléfique – Eric Fouassier

Auteur : Eric Fouassier

Editeur : Albin Michel

Genre : Thriller

Résumé :

La nouvelle enquête de l’inspecteur Valentin Verne, Mai 1832.
Deux cadavres sont retrouvés. Ont-ils été assassinés par les espions de Louis-Philippe parce qu’ils étaient partisans de la duchesse de Berry, qui fomente une insurrection pour le chasser du pouvoir ? Ou ont-ils été victimes d’une terrifiante malédiction en provenance des Indes lointaines, dont les exécuteurs seraient les Thugs, une secte de meurtriers adorateurs d’une mystérieuse déesse ?
C’est ce que Valentin Verne doit découvrir.
Perdu au cœur d’intrigues politiques qui le dépassent, il va se retrouver confronté à de nombreux ennemis, visibles ou invisibles, qui n’ont rien à envier aux plus dangereux truands de la capitale.

Avis :

Genre littéraire particulièrement exigeant à l’écriture, le polar historique nécessite une base documentaire solide, sinon exhaustive pour retranscrire une époque précise. Avec trois premiers tomes convaincants, Le Bureau des affaires occultes propose une incursion probante au cœur du XIXe siècle ; plus particulièrement au cours des années 1830 où les Trois Glorieuses et la monarchie de Juillet malmènent le pouvoir en place. Dans ce contexte, Éric Fouassier a dépeint des enquêtes à la lisière de l’inexplicable et du surnaturel, le tout dans un Paris où la haute société côtoie l’indigence ostensible des bas-fonds. En l’espace de trois opus, l’auteur mêle une reconstitution méticuleuse, des investigations intrigantes et une caractérisation tout aussi soignée.

Si l’amorce d’une saga permet d’imposer un univers, un panel de protagonistes et un style d’écriture à part entière, il peut être difficile de se renouveler au fil des tomes. Malgré toute la singularité qui émane d’une œuvre à ses prémices, son originalité est susceptible de se déliter. En cause, une structure narrative similaire, une évolution modérée des personnages ou encore un cadre qui ne souffre d’aucune variation. Alors que les premiers ouvrages du Bureau des affaires occultes s’immisçaient dans les strates sociales de la société parisienne, Le Chant maléfique choisit de s’en éloigner au sens propre, comme au figuré. Enfin, dans une certaine mesure.

L’auteur décide en effet de mener de front deux enquêtes distinctes. L’une se déroule toujours dans la capitale, sous l’œil affûté d’Aglaé, tandis que l’autre se passe en Vendée. Les enjeux, le contexte et les intervenants sont dissemblables. Pour la première, on s’oriente vers des investigations policières somme toute classiques où il est nécessaire de démêler l’écheveau d’une accusation à tort. Bien que cette partie demeure maîtrisée, elle est assez attendue dans ses fondamentaux et sa progression. Cela tient aux interrogatoires de circonstances, ainsi qu’à des aboutissants autant prévisibles qu’alambiqués. Si la trame se laisse suivre sans déplaisir, elle s’éloigne de l’activité même du bureau des affaires occultes.

En ce qui concerne l’incursion de Valentin Verne en Vendée, elle s’avère plus intrigante, dans le sens où elle fait écho à quelques éléments surnaturels. Dans les prémices de l’histoire, ceux-ci se retrouvent surtout dans l’atmosphère qui émane des propriétés isolées ou de l’environnement propice à l’évocation de légendes locales ou exotiques. Au gré de ces excursions, il est aisé de songer aux landes du Dartmoor du Chien des Baskerville. L’ambiance est prégnante et s’auréole d’un passif assez lourd quant à certains intervenants. Toutefois, cet aspect cède vite la place à des atours politiques où le policier de Louis-Philippe endosse le costume d’espion.

Rapidement, les meurtres qui amènent Valentin en ces terres reculées s’effacent au profit de jeux de faux-semblants et de conciliabules orientés sur un coup d’État. Les dialogues vont se multiplier et prendre un tournant politique qui s’écarte des investigations attendues pour privilégier l’infiltration dans le camp des royalistes. L’approche n’est pas pour déplaire, mais elle peut décontenancer un lectorat coutumier du polar historique. En effet, ce dernier demeure secondaire, sinon un prétexte pour justifier les actions et manipulations des partis. Sans pour autant être rébarbatif ou poussif, le ton est donc foncièrement différent de ce que l’on a pu apprécier auparavant.

Au final, Le Chant maléfique constitue un quatrième volet assez surprenant du Bureau des affaires occultes. L’auteur s’éloigne sensiblement d’une connotation mystérieuse inhérente à son travail sur les précédents opus. Certes, il y a bien une atmosphère palpable propre aux paysages et folklore vendéens. Toutefois, on s’en écarte assez vite pour se focaliser sur des enjeux politiques à même de renverser le pouvoir à la tête de l’état français. En guise d’intermèdes, on assiste aux premières investigations « solitaires » d’Aglaé qui, sans être ratées, sont dénuées de surprises notables dans leurs tenants et aboutissants. Un roman historique qui occulte le traitement classique du polar pour privilégier les jeux d’espionnage.

Note : 14/20

Par Dante

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