juin 24, 2024

Sacrifice

Auteurs : Rick Remender et Max Fiumara

Editeur : Urban Comics

Genre : Fantasy

Résumé :

Il est possible de vivre dans un monde en harmonie, mais il faut payer le prix. Le prix est élevé, mais simple. Chaque foyer doit offrir un de ses enfants en sacrifice. Alors que l’échéance arrive, un fils qui n’a jamais été aimé par sa famille doit partir honorer cette dette, mais il ignore qu’il sera peut-être l’une des clefs qui pourra enfin briser ce cycle de souffrance…

Avis :

Dans le domaine de la bande-dessinée, on a souvent tendance à mettre de côté les scénaristes au profit des dessinateurs. Cela peut se comprendre avec la multiplication des salons de bande-dessinée où la recherche d’une dédicace se fait surtout auprès des illustrateurs qui font faire un joli dessin. Pourtant, sans scénariste, il est compliqué d’écrire une histoire, et dans le comics, c’est un peu l’inverse qui se produit, avec notamment des écrivains de talent qui sont souvent mis en avant (du moins plus que les dessinateurs). Aujourd’hui, on s’arrête sur Rick Remender, un scénariste de dingue, qui a officié chez Marvel, pour Spider-Man ou X-Men, mais qui a aussi une belle carrière dans l’indépendant, avec l’excellent Black Science, Deadly Class ou encore Seven to Eternity. Sacrifice est sa dernière œuvre, et c’est une vraie nouveauté qui ne s’appuie sur rien qui existe déjà, ce qui se fait rare.

Œuvre de Fantasy, récit initiatique dans un monde totalement nouveau, fable cruelle qui renoue avec les frères Grimm tout en y apportant une dose de « technologie » en plus, Sacrifice est un gros morceau qui promet pour la suite. Ici, on rentre très vite dans le vif du sujet, avec une famille qui doit donner l’un de ses fils en sacrifice pour contenter des dieux qui maintiennent une sorte de paix dans le monde. On va suivre alors le long chemin de croix de cet enfant (qui est issu d’un peuple pigeon car certains personnages sont anthropomorphes) qui va rencontrer d’autres peuples, avec d’autres croyances, et il va se lier d’amitié avec une jeune fille « orque » qui pense que le sacrifice est de vivre en vase clos dans un paradis artificiel. En parallèle, on va rencontrer les dieux, avec leurs amitiés et leurs inimités.

Ce premier tome se divise alors en deux parties parallèles, qui vont permettre de comprendre le fonctionnement du bas, ainsi que celui des dieux, qui existent vraiment et décident de faire la pluie et le beau temps. Cela permet de brasser de nombreux thèmes qui sont totalement différents en fonction des dominés et des dominants. Ainsi, pour commencer, on va découvrir différents peuples qui vivent la moisson de façon différente, avec certains qui décident de faire la fête, voyant le sacrifice comme une aubaine, et d’autres qui vont avoir du mal à avaler la pilule en donnant leur enfant à l’inconnu. On voit donc voir que les religions sont perçues de façons différentes, et même au sein même d’un peuple, en fonction de sa position, si l’on a sacrifié l’un de ses enfants ou non. La cruauté sera aussi au milieu de tous les thèmes.

La cruauté de devoir faire confiance en des dieux. La cruauté de donner en sacrifice son enfant. La cruauté des dieux de n’en avoir rien à foutre. Rick Remender renoue avec les contes d’autrefois, n’enjolivant jamais son histoire pour conter quelque chose de cruel, de sans pitié, et qui va démonter le panthéon. Car oui, quand on se pose du côté des dieux, il va être compliqué de ne pas les détester. On découvre Rokos, le dieu du soleil, et c’est un être perclus d’orgueil, sûr de lui, et se fichant pas mal du sort des petites gens. On verra d’autres dieux qui sont tout autant pédant, alors même que des rivalités naissent au sein de cette fête qui assure le renouveau. Il y a bien entendu un lien entre la moisson, les sacrifiés, et cette fête qui regroupe tous les dieux, mettant alors un sens à toute l’histoire.

Toujours au niveau du scénario, Rick Remender a un talent assez fort pour nous surprendre au fil des planches. Il raconte son histoire d’une telle manière que personne n’est à l’abri, pas même la fille de Rokos, Soluna, qui veut défier son père et lui montrer que cette moisson est une hérésie. Les personnages sont tous construits, importants, et pourtant, ils ne sont jamais à l’abri d’une mort soudaine ou d’un piège cruel. Le final, d’ailleurs, nous laisse sur un vilain happening, rendant la suite indispensable. Une suite qui pourra alors creuser plus profondément les thèmes sur les rapports de force, sur les croyances et les traditions, mais aussi et surtout sur le fait de remettre en question l’ordre établi pour créer quelque chose de nouveau. Et en règle générale, quand on ne peut pas attendre la suite, quand on suscite un tel engouement, c’est plutôt bon signe.

A tout cela, à cette richesse d’écriture, il faut rajouter un dessin qui colle parfaitement à l’ambiance signé Max Fiumara. Le dessinateur argentin propose un trait intéressant, qui est assez torturé, assez sombre, et qui va bien avec ce conflit qui existe entre les hommes et les dieux. Mais il parvient aussi à rendre la folie palpable, notamment lorsque les sacrifiés se retrouvent dans leur domaine, et qu’une horde de petits personnages colorés leur proposent de se faire une beauté. On ne peut faire confiance à ces protagonistes, car le dessin de Fiumara rejoint un peu celui de La Nef des Fous de Turf et l’ambiance glaçante de La Graine de Folie de Civiello, avec un côté très malsain. C’est vraiment très intéressant comme graphisme, et il y a vraiment de la cohérence entre les dessins et l’histoire.

Au final, Sacrifice annonce du lourd et propose une vraie vision novatrice, tout en nous interrogeant sur des points qui sont très intéressants et intelligents. Baignant dans un univers de Dark Fantasy, mélangeant humains et personnages anthropomorphes, dieux et demi-dieux et violence crue, même envers des enfants, on peut dire que Sacrifice frappe fort et donne irrémédiablement envie de lire la suite, vite, très vite.

Note : 17/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

Voir tous les articles de AqME →

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.