mars 3, 2024

Ed Gein – Autopsie d’un Tueur en Série

Auteurs : Harold Schechter et Eric Powell

Editeur : Delcourt

Genre : Biopic, Thriller

Résumé :

Ce récit révèle la véritable histoire d’un malade mental sous l’emprise d’une mère bigote et abusive. Cette biographie factuelle d’Ed Gein se focalise sur son enfance et sa vie de famille malheureuses, et sur la façon dont elles ont façonné sa psyché. Il explore aussi le choc collectif qui entoura l’affaire et la prise de conscience que les tueurs peuvent être des citoyens ordinaires.

Avis :

Si l’on évoque volontiers Albert Fish, Charles Manson, Jeffrey Dahmer ou encore John Wayne Gacy, Ed Gein demeure une figure emblématique, sinon cathartique, du serial killer américain. Certes, il ne constitue pas un précédent dans les crimes en série. À n’en pas douter, il est toutefois un personnage qui a effrayé et défrayé la chronique dans les années 1950. D’un fait divers aux apparences sordides, il devient un véritable « phénomène » qui touche l’Amérique puritaine et, plus tard, la société occidentale à l’échelle internationale. L’histoire et l’individu sont devenus une source d’inspiration pour des œuvres désormais cultes.

Cela vaut pour Massacre à la tronçonneuse, Maniac, Le Silence des agneaux ou encore Psychose. Soit dit en passant, ce dernier métrage constitue l’ouverture d’Ed Gein – Autopsie d’un tueur en série. Ici, il ne s’agit pas de faire preuve de sensationnalisme, mais plutôt d’évoquer l’impact de l’affaire sur la société à l’époque des faits. On songe au succès du roman de Robert Bloch ou à l’approche promotionnelle d’Alfred Hitchcock pour défendre son film. Le traitement a beau montrer une notoriété presque fantasmatique, elle s’oriente bien vite vers un discours intimiste et pragmatique où les auteurs se focalisent sur la genèse, le parcours du principal intéressé.

Comme le présent titre le laisse entendre, on assiste à une découpe minutieuse des différentes strates psychologiques d’Ed Gein. Au fil des années et des évènements clefs de sa vie, ce comics (ou plutôt ce roman graphique) tient à un développement psychologique méticuleux qui puise sa source dès l’enfance du tueur en série. D’emblée, on distingue une occurrence entre l’environnement familial et sociétal comme incubateur de sa folie. Il ne s’agit pas de justifier des actes innommables, mais d’appréhender des pistes de compréhension quant à son comportement, ses déviances.

En cela, le présent ouvrage affiche une progression insidieuse et subtile pour avancer les points de bascule qui traduisent la névrose d’Ed Gein. Là encore, on ne se contente pas de réitérer des rumeurs ou des éléments connus de tous, eu égard aux exactions qui relèvent surtout de la légende urbaine ou d’une déformation de la réalité. On assiste plutôt à une retranscription rigoureuse des faits. Celle-ci ne se présente pas sous le prisme d’une enquête de fond. En effet, il s’agit d’une évocation d’une vie faite d’épreuves et, surtout, d’une soumission maternelle dont les valeurs religieuses finissent de pervertir opinions et perspectives d’avenir.

L’intrigue ne va pas sombrer dans une violence gratuite qui s’épanche sur la profanation de sépultures, les penchants nécrophiles ou les crimes du tueur. Toute la force de l’histoire tient à suggérer l’effroi au travers d’une réalité tangible et implacable. Il en découle un traitement narratif et cinématographique qui n’est pas sans rappeler les réalisations de David Fincher ou de Jonathan Demme. L’enchaînement des chapitres peut paraître elliptique, il n’en demeure pas moins un travail soigné qui développe une atmosphère oppressante, au nihilisme latent. Le tout est servi par un style graphique monochrome où le noir et blanc offre une vision sépulcrale des évènements. Certaines retranscriptions évoquent même des dessins réalisés au fusain.

Au final, Ed Gein – Autopsie d’un tueur en série constitue l’une des fictions les plus pertinentes et percutantes sur l’individu. Il ne s’agit pas de sombrer dans un traitement spectaculaire qui joue de surenchère dans son modus operandi, mais de mieux cerner le personnage et ce qui l’a amené à commettre de tels actes. Cela sans oublier son environnement de vie et le cadre d’une Amérique profonde percluse d’illusions et d’apparences. Une société à la fois fascinée et outrée par les itérations fictives qui en découlent. On songe au livre de Robert Bloch et à l’adaptation cinématographique d’Alfred Hitchcock. Il en ressort un roman graphique âpre, réaliste et dénué de toutes allusions fantasmées quant aux crimes du boucher du Wisconsin.

Note : 17/20

Par Dante

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