avril 17, 2024

Celui qui Hantait les Ténèbres

Auteur : Gou Tanabe

Editeur : Ki-Oon

Genre : Seinen

Résumé :

Un voyage au tréfonds de notre monde, là où se tapit l’innommable…

Dans la ville de Providence, le jeune écrivain Robert Blake semble fasciné par une étrange église abandonnée. Alors qu’il finit par s’aventurer dans ce lieu de culte perverti, il y découvre le Necronomicon, un ouvrage maudit de magie noire, et invoque sans le vouloir des forces maléfiques qui dépassent l’entendement…

Pendant la Première Guerre mondiale, un officier évadé se retrouve perdu en pleine mer. Épuisé, il s’évanouit dans sa barque et, à son réveil, s’aperçoit qu’il s’est échoué sur une île inquiétante, recouverte à perte de vue de carcasses de bêtes marines…

Avis :

Comme tout amateur d’horreur cosmique le sait, H.P. Lovecraft est mort dans la misère la plus totale, un an seulement après que son unique livre soit sorti, Le Cauchemar d’Innsmouth. Avant cela, chacun de ses écrits était publié dans des magazines, des pulps, et c’est à August Derleth que l’on doit la notoriété de l’écrivain aujourd’hui, puisqu’il s’est attelé à mettre en avant le mythe de Cthulhu. Aujourd’hui, Lovecraft est partout, même en manga à travers le travail impressionnant de Gou Tanabe. Le mangaka prête alors son trait réaliste au maître de Providence, et délivre des adaptations fidèles qui sont quasiment toutes réussies. Avec Celui qui Hantait les Ténèbres, le dessinateur nippon adapte deux nouvelles, celle qui porte le titre du manga, mais aussi Dagon, l’une des nouvelles les plus emblématiques de Lovecraft. Mais est-ce aussi réussi que les autres adaptations ?

D’entrée de jeu, le manga nous explique que le Necronomicon est une invention de Lovecraft. L’ouvrage se retrouve dans différents textes et autres romans, mais c’est à lui que l’on doit cette invention. De là à dire qu’il fut inspiré par Le Roi en Jaune de Chambers, il n’y a qu’un pas, puisqu’il s’agit là aussi d’un livre maudit totalement inventé. Après cette petite introduction, l’ouvrage commence par Dagon. Si la nouvelle est si connue, c’est parce qu’elle a été adaptée au cinéma par Stuart Gordon, et qu’elle met en avant un monstre aquatique particulièrement grotesque. Ici, on va suivre un jeune naufragé qui, à son réveil, se retrouve sur une plage de sable noir, entouré de cadavres d’animaux plus ou moins distincts. Il règne une odeur pestilentielle sur cet îlot, et en l’explorant, le jeune homme découvre un monolithe avec des inscriptions dessus.

On retrouve tout ce qui touche de près ou de loin à l’univers de Lovecraft. C’est-à-dire un lieu lugubre et malsain, une atmosphère sombre et lourde, ainsi qu’un homme un peu trop curieux qui va se perdre dans les limbes d’un lieu inconnu et mortel. Bien sûr, on aura droit au peuple antique qui a vénéré des grands anciens, et qui prend vie sous la forme d’un monolithe étrange rempli d’inscriptions ésotériques. Rien de bien neuf, mais c’est surtout la créature qui va venir nous perturber. Sorte de mélange grotesque entre une créature marine, un dinosaure et un monstre qui louche, Gou Tanabe prête plus à rire quant à l’apparition de la bestiole. Pour autant, cet aspect presque drôle cache une face sombre et dangereuse, qui va alors hanter longtemps le protagoniste, jusqu’à ce qu’il rentre chez lui. Bref, cette petite nouvelle permet de bien entamer notre lecture.

Par la suite, Gou Tanabe va scinder en trois parties Celui qui Hantait les Ténèbres. On va y suivre un jeune écrivain en manque d’inspiration qui s’installe dans un appartement rustique, loin de toutes distractions, mais dont la fenêtre domine toute la ville, ainsi qu’une église d’un noir ténébreux. Intrigué, il va alors vouloir la visiter et il va découvrir qu’elle fut le lieu de culte d’une secte depuis longtemps disparue. Cependant, la curiosité prenant le dessus, il va y pénétrer, découvrir une pierre magique lui faisant voir des mondes inconnus, puis il va réveiller un monstre qui sommeillait dans le clocher, et qui ne supporte pas la lumière. Bien entendu, le dernier acte concerne la libération de cette entité, et le cauchemar qui va hanter le personnage, se donnant alors la mort. Ce qui n’est pas un spoil, puisqu’on commence la nouvelle avec son suicide.

L’histoire est assez courte à lire. On va retrouver les thèmes de prédilection de l’écrivain, à savoir une secte séculaire qui a adulé un grand ancien, une curiosité mal placée et un cauchemar qui va prendre vie petit à petit, prenant de l’ampleur aussi bien dans la vie des gens que celle, plus intimiste, de l’homme qui a tout déclenché. On ressent le nihilisme de l’auteur, ainsi que ce sentiment inéluctable où rien ne peut venir empêcher le drame, voire la tragédie. Cependant, Celui qui Hantait les Ténèbres est moins puissant que Les Montagnes Hallucinées ou L’Appel de Cthulhu. La faute à un personnage principal pas forcément intéressant et à un monstre qui, graphiquement, est sublime, mais ne fait pas bien mal. On aurait aimé un côté un peu plus gore, un peu plus sulfureux, et Gou Tanabe semble un peu timide sur cette adaptation.

Au final, Celui qui Hantait les Ténèbres est, comme toujours dans cette édition, une jolie réussite, qui montre encore une fois le talent incroyable de Gou Tanabe. C’est beau, c’est sombre, c’est glauque, et ça rend un bel hommage à Lovecraft. Cependant, ce manga fait partie des moins intéressants de la collection, la faute à un personnage central pas forcément intéressant, et à une histoire qui va bien trop vite à sa conclusion, délaissant un peu la montée en tension de l’horreur. Pas de quoi se mettre en colère, mais on lui préfèrera les deux mangas cités précédemment.

Note : 15/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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