avril 17, 2024

Santana – Africa Speaks

Avis :

Parmi tous les guitaristes de légende qui peuplent encore ce monde, il y en a un qui a réussi à marquer sa différence de par ses origines, Carlos Santana. Aujourd’hui âgé de 76 ans (au moment d’écrire ces lignes), le guitariste connait une notoriété légendaire et tous ses projets sont suivis de près, que ce soit des singles, des albums concepts ou encore des featurings avec d’autres personnalités de la musique. Commençant sa carrière à la fin des années 60, il aura un succès virevoltant avec Abraxas et des tubes comme Black Magic Woman ou Oye Como Va, avant d’être un peu moins mis en avant. C’est en 1999 qu’il renoue avec un énorme succès via Supernatural, un album blindé de tubes, qu’il poursuivra ensuite avec Shaman. Sortant de façon régulière des albums, c’est en 2019 qu’il décide de faire un album concept avec la chanteuse espagnole Buika.

Africa Speaks est un effort particulier puisque le guitariste a voulu puiser son inspiration dans la musique africaine, à l’aide de percussions et de rythme du continent. Un choix intéressant, mais qui sera imparfait, la faute à un naturel latino qui revient au galop (en même temps, en s’acoquinant d’une chanteuse espagnole…) et surtout, des pistes à rallonge qui durent beaucoup trop longtemps pour ce qu’elles ont à raconter. Pour preuve, le titre le plus court dépasse largement les quatre minutes, et quasiment chaque morceau dépasse les cinq. Bien évidemment, même si on reste sur quelque chose d’imparfait, on retrouvera toujours la maestria du musicien qui, accompagné de son groupe, arrivera à nous faire danser et balancer quelques solos bien sentis, avec en fond de toile, un mélange de cultures qui caractérise si bien le guitariste mexicano-américain.

L’album débute alors avec Africa Speaks. On aura droit à des tam-tams, une bonne rythmique africaine à laquelle Santana va y ajouter des petites touches de guitare. Le résultat est plutôt probant, donnant envie d’aller vers la suite. Buika démontre une belle puissance vocale, et même si on est loin de certains chants africains (on colle plus dans le registre latino), on entend toutes les influences et c’est plutôt pas mal. Batonga poursuit cela, et les quelques breaks à la gratte vont leur petit effet. Cependant, le morceau est bien trop long, et le chant en anglais brise un peu le charme chamanique du titre. Oye Este mi Canto va quitter le registre africain pour pleinement embrasser les rythmes jazzy latino. Le chant espagnol, la rythmique assez langoureuse avec cette ligne de basse si sourde, tout concorde à verser dans le latino plutôt que l’africain.

Et c’est là que l’on entend toutes les limites de cet effort, aussi réussi soit-il. C’est-à-dire que la promesse d’avoir un album influencé totalement par la musique africaine est un mensonge, car rapidement, le naturel de Santana revient au galop. Yo Me Lo Merezco en est un exemple parmi tant d’autres, mais ici, on nage dans un Rock un peu psychédélique avec un fort penchant pour la musique hispanique. Cela ne veut pas dire que ce n’est pas réussi, mais simplement que le titre de l’album ment un peu sur la marchandise. Mais qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse, et c’est le cas ici. Blue Skies évoque un Jazz tout calme, avant de proposer une belle rupture au bout de quatre minutes, avec un joli aparté du musicien de légende. Puis Paraisos Quemados laisse entre une superbe ligne de basse pour un titre que ne renierait pas Keziah Jones.

Breaking Down the Door aura tous les atours du hit en puissance, et ce n’est pas un hasard si le morceau a été choisi pour en faire un clip. Très dansant, chaud et chaleureux, il s’agit peut-être du seul titre de l’album un peu mainstream, et qui correspond vraiment à ce que le tout-venant attend du musicien. Los Invisibles se démarque surtout de par sa petite mélopée qui fait presque comptine, mais aussi, et surtout, de par sa ligne de basse, et son refrain qui reste facilement en tête. Le problème, c’est que le morceau se fait très répétitif et beaucoup trop long pour ce qu’il a à raconter. Luna Hechicera fera étalage du talent de Santana à la guitare, mais restera un morceau assez transparent. Bembele renoue un peu avec les rythmes africains promis, mais là aussi, c’est trop long. Puis Candombe Cumbele clôture l’album de façon sympathique.

Au final, Africa Speaks, le vingt-cinquième album studio de Santana, est, dans les faits, un bon effort qui correspond à ce que l’on attend du musicien et de son groupe. Cependant, les rythmes africains ne sont pas forcément mis en avant, et surtout, comme par abus de générosité, on se retrouve face à un album bien trop long, qui aurait mérité à être raccourci pour plus d’efficacité. En l’état, il reste un très bon album, mais parfois difficile d’accès, et manquant d’un peu de légèreté, ou de structures moins complexes.

  • Africa Speaks
  • Batonga
  • Oye Este Mi Canto
  • Yo Me Lo Merezco
  • Blue Skies
  • Paraisos Quemados
  • Breaking Down the Door
  • Los Invisibles
  • Luna Hechicera
  • Bembele
  • Candombe Cumbele

Note : 14/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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