août 10, 2022

Angèle – Brol

Avis :

La musique populaire peut avoir sa part de mystère. Quand on aime un genre qui n’est pas commercial et qui ne passe pas à la radio, il est parfois difficile de comprendre comment tel ou tel artiste a du succès, et peut tenir sur la durée. C’est le cas d’Angèle, jeune chanteuse belge qui est arrivée sans crier gare à la fin des années 2010. Brol, qui signifie bordel en flamand, est son premier album, et il a déboulé chez nous en 2018. Double disque de platine avec plus de 500 000 ventes, des morceaux à la pelle à la radio et sur les émissions télé, Angèle truste depuis maintenant quatre ans la musique pop dans l’hexagone. Pour autant, qu’est-ce qui fait que ça marche ? Pourquoi elle et pas une autre ? Essayons de comprendre cela en plongeant dans ce premier effort.

Dès le démarrage, on sent que l’on a affaire à quelqu’un qui sait parfaitement manipuler son monde. Ou tout du monde, la masse, puisqu’avec La Thune, on reste dans de la variétoche de service, qui essaye de s’octroyer quelques subtilités sociétales. Pas étonnant, la principale source d’inspiration de la jeune femme est Stromae, qui nous assène sa dépression à chaque insupportable morceau électro faussement subversif. Bref, ce premier titre parle de l’argent, de la recherche perpétuelle de reconnaissance, le tout avec une instru joviale. Jouant constamment sur la dualité paroles graves/musique dansante, on retrouve tous les atours de ses inspirations et c’est en partie pour cela que ça marche. Car on peut y prendre les paroles, assez intéressantes et dans l’air du temps, mais aussi la mélodie, qui fera danser les insouciants. Mais d’un point de vue strictement musical, c’est le néant.

On assiste sans arrêt à de l’accompagnement électro, avec un beat qui bat la mesure pour faire danser le quidam. Il n’y a pas vraiment de variations dans les tempos, qui restent sans arrêt sur quelque chose de lent. La Loi de Murphy viendra un peu bousculer les codes, avec un titre taillé pour la scène (ou plutôt les boîtes de nuit), s’inspirant grandement des hits américains avec des chanteuses qui mises plus sur leur physique que sur leur talent. Pour autant, on peut ressortir une paire de titres qui essayent de sortir leur épingle du jeu, à la manière de Nombreux, qui fait très chanson française, ou encore Les Matins, dont le démarrage assez calme est différent du reste. Mais deux titres sur douze, ça fait assez peu, et on ressent vite une certaine lassitude au bout de plusieurs écoutes.

De ce fait, on va se rabattre sur les paroles, qui prennent une place importante dans la musique d’Angèle. Ici, on sera peut-être plus clément. En effet, la chanteuse brasse des thèmes intéressants et qui sont surtout dans l’air du temps. Certaines critiques prônent l’album comme une synthèse de la jeunesse d’aujourd’hui, notamment avec la prépondérance des réseaux sociaux. Entre La Thune, Balance ton Quoi, Victime des Réseaux, Je Veux tes Yeux, il y a une redondance sur ce thème. Un thème qu’elle n’hésite pas à critiquer, alors qu’elle fait elle-même partie du truc… De ce fait, est-ce vraiment sincère ce qu’elle dit/dénonce ? Le doute est permis.

En dehors de ça, on retrouve d’autres thèmes qui vont revenir, comme la solitude, la place de la femme dans la société ou encore l’amour, que ce soit d’une fille à un garçon, ou d’une fille à une autre fille. C’est à chaque amené avec une part de subtilité, mais on reste dans l’attente d’un texte plus acide, plus nerveux. Il ne suffit pas de dire « je ne passerai pas à la radio car mes mots sont pas très beaux » alors que si, tu vas y passer à la radio, et tu le sais très bien. Il y a une sorte de dichotomie sur l’ensemble qui manque de sincérité, et qui a presque du cynisme. Je me moque ouvertement de ce qui me nourris, on a un peu la sensation de ça…

Difficile aussi de passer outre les structures répétitives des chansons. Elles sont toutes bâties sur le même moule. C’est-à-dire une introduction musicale, un premier couplet, le refrain, un deuxième couplet, le refrain, un pont et plusieurs fois le refrain. Par exemple, Tout Oublier, en duo avec son frère Roméo Elvis, ne dure en vrai qu’une minute et quelques secondes. Le reste, c’est du remplissage et de la redondance pour dépasser légèrement les trois minutes, afin que le titre soit radiophonique. C’est très pauvre, et on retrouve cela sur quasiment tous les morceaux de l’album…

Et que dire de la voix de la chanteuse. Certes, elle fait assez fragile, et Angèle n’a pas la prétention de se vendre comme une chanteuse à voix, mais plutôt à texte. Ainsi, on va entendre quelques fausses notes par moment, notamment lorsqu’il faut aller assez bas dans les tonalités. Mais le plus gênant ne vient pas de là, mais plutôt de la présence, très discrète, d’autotune, permettant à la chanteuse de masquer ses faiblesses. Si sur un album, c’est suffisamment délicat pour ne pas prendre le pas sur ses vocalises, il en est tout autre en concert, où l’on entend la supercherie. Et cela empêche bien évidemment l’artiste de varier ses effets et son style, restant dans sa zone de confort…

Au final, Brol, le premier album d’Angèle, est une vaste fumisterie qui ne doit son succès qu’à une intelligence de production. Malgré les critiques de la chanteuse envers les réseaux sociaux, c’est ce qui la nourrit, car elle est belle et aime attiser la curiosité avec de fortes prises de position. En faisant cela, on parle sans cesse d’elle et on écoute son travail, en se disant que finalement, il y a du fond, un bon rythme, et c’est très dansant. Sauf que danser ne fait pas tout dans la musique, il faut aussi y voir les instrumentalisations et les talents techniques des musiciens, qui sont aux abonnés absents ici. Bref, un disque pop tout ce qu’il y a de plus simpliste, fait pour plaire à la masse, qui ne vit qu’à travers les réseaux sociaux et l’image que l’on renvoie. Triste.

  • La Thune
  • Balance ton Quoi
  • Jalousie
  • Tout Oublier feat Roméo Elvis
  • La Loi de Murphy
  • Nombreux
  • Victime des Réseaux
  • Les Matins
  • Je Veux tes Yeux
  • Ta Reine
  • Flemme
  • Flou

Note : 06/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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