avril 17, 2024

Les Chèvres ! – Ça Sent le Crottin?

De : Fred Cavayé

Avec Dany Boon, Jérôme Commandeur, Claire Chust, Alexandre Desrousseaux

Année : 2024

Pays : France

Genre : Comédie

Résumé :

Saviez-vous qu’au 17e siècle, les animaux pouvaient être jugés pour avoir commis un crime ?

Maître Pompignac, risée du barreau, pense avoir trouvé l’affaire de sa vie : défendre la jeune et innocente Josette, accusée à tort du meurtre d’un maréchal… Mais c’était sans compter sur son adversaire, le redoutable et réputé Maître Valvert, et surtout sur Josette, qui s’avère n’être autre… qu’une chèvre !

Avis :

Fred Cavayé est un réalisateur qui a frappé fort dès son premier film, l’excellent « Pour elle« . À la fin des années 2000 et au début des années 2010, Fred Cavayé nous a livré de bons petits thrillers d’action avec des films comme « Mea Culpa » ou « À bout pourtant« . Puis, comme beaucoup de cinéastes avant lui, il a voulu se diversifier, allant dans la comédie avec plus ou moins de succès avec « Radin !« , « Le jeu« , ou encore un segment dans le film « Les infidèles« . Enfin, plus récemment, c’est dans le drame historique que Fred Cavayé a débuté les années 2020 avec le joli et très classique « Adieu Monsieur Haffmann« .

Avant d’adapter « Les misérables« , qui sera la prochaine très grosse production française, le metteur en scène revient à la comédie avec « Les chèvres !« , un film qui s’inspire de faits réels. Des faits qui se déroulent entre le XVIIe et XVIIIe siècles, en France, où des animaux pouvaient être jugés au même titre que les hommes.

« Si « Les chèvres ! » a ce côté lourd, il ne se pose pas comme la catastrophe annoncée. »

Balancé avec une bande-annonce qui annonçait une comédie lourde, tenue par un duo d’acteurs qui peut offrir le meilleur comme le pire, ce septième film pour Fred Cavayé avait tout pour être une comédie craignos comme le cinéma français sait si bien nous en offrir, et même si « Les chèvres ! » a ce côté lourd, il ne se pose pas comme la catastrophe annoncée. Non, mieux encore, sans être incroyable non plus, on passe un bon moment devant ces « … chèvres ! » qui, à bien des lignes de scénario, résonne comme une caricature de notre époque, et ça, c’est intelligent.

Maître Pompignac est un jeune avocat de vingt-sept ans qui a toujours perdu ses procès. Endetté, il se voit accepter de défendre une jeune enfant de onze ans qui est accusée à tort d’un meurtre. La cliente paie en avance et pour Pompignac, il se voit enfin gagner un procès. Mais lors de cette rencontre, il y a eu un quiproquo, et ce que Maître Pompignac n’avait pas compris, c’est que Josette, l’enfant en question, n’est pas une petite fille, mais une chèvre…

Une affiche blanche, des comédiens qui sont habitués à ce genre de comédie, d’ordinaire, il y a des films dont je me protège, et « Les chèvres ! » devrait en faire partie. Mais d’autres fois, il suffit d’un petit élément, un petit détail qui change beaucoup de choses, et ici, c’est Fred Cavayé qui réalise, et hormis « Radin !« , j’ai toujours passé un bon moment devant ses films, et mieux que cela, Cavayé a même réussi une excellente comédie avec « Le jeu« . Je suis donc entré en salle partagé entre crainte et espoir, et c’est entre ces deux lignes que ce nouveau film de Fred Cavayé va se poser.

« Le long-métrage de Fred Cavayé est bien plus intéressant qu’il n’y paraît. »

Loin d’être aussi désastreux que j’ai pu le lire, « Les Chèvres ! » est une petite comédie qui a ses défauts, et ils sont loin d’être petits, mais c’est aussi une comédie qui a ses qualités, et ces dernières l’emportent assez facilement sur ce qui est lourdingue. En fait, la principale chose que j’ai envie de reprocher à ces « … chèvres !« , c’est son humour. Si parfois, ce dernier fonctionne très bien et propose des choses qui sont vraiment amusantes, d’autres fois, ce même humour en fait beaucoup trop, et il devient vite très lourd, notamment avec tout ce qui va être fait autour du personnage incarné par Jérôme Commandeur, avocat star du barreau. Le côté bling-bling en total décalage avec son époque est vite écrasant.

Alors bien sûr, c’est une caricature qui oppose l’esprit parisien à celui de la campagne où l’avocat vient se perdre, mais le fait d’entrer par exemple dans ce qui ressemble à un palais de justice et être accueilli comme une star sur du hip-hop, ça ne fonctionne pas et c’est lourd. Et des moments comme celui-là, on en retrouve quelques-uns, comme une fête ou une démonstration.

Mais heureusement, ces « … chèvres ! » ne se limite pas à cela, et offre mieux, ce qui arrivera à apaiser la lourdeur de l’ensemble. Ainsi, on trouvera dans ce scénario, une enquête, évidemment, pour faire innocenter cette chèvre présumée coupable de meurtre. Puis derrière ça, il va y avoir une autre lecture du film, et c’est ce qui va rendre le long-métrage de Fred Cavayé bien plus intéressant qu’il n’y paraît. Si l’idée de raconter un procès au XVIIe siècle est intéressant, surtout avec un procès où il est question de juger un animal, il va être encore plus intéressant de suivre la caricature de la justice qui est faite. Une justice du spectacle, où ici, ce ne sont pas les jurés qu’il faut arriver à convaincre ou à se mettre dans la poche, même bien le public.

« Le duo Dany Boon et Jérôme Commandeur ne s’en sort pas trop mal. »

À plus d’une démonstration dans le film, le public va suivre tel ou tel avocat. Un public manipulé qui réagit vivement en effet de foule, et ça, ça fait énormément écho à notre époque, ou bien souvent, c’est celui qui fait le plus de bruit qui a raison. Ici, les mensonges ou le travestissement de la vérité, peuvent renvoyer aux fake news des réseaux sociaux, et cette idée est vraiment très intéressante, d’autant plus lorsque les personnages évoluent au cours du récit, avec notamment le personnage de Pompignac qui au départ voudra seulement gagner son procès, avant d’aller à la recherche de la vérité. Une vérité qui va être difficilement audible, pour un public qui ne laisse pas la justice faire son travail, puisqu’il en a décidé autrement.

À ce jeu-là, même si parfois ils peuvent être lourds, manquant de subtilité et de nuances, le duo Dany Boon et Jérôme Commandeur ne s’en sort pas trop mal, surtout pour le premier qui dévoile une petite, toute petite, facette, que l’on ne lui connaissait pas. Avec eux, il faut aussi noter les bonnes compositions d’Alexandre Desrousseaux et Claire Chust. Quant à Grégory Gadebois en Cardinal Mazzarin, il est tordant.

Ainsi, lorsque l’on fait la somme de tout cela, cette nouvelle comédie signée Fred Cavayé se pose comme un petit divertissement gentillet, qui sait se faire plus intéressant qu’il n’en a l’air, et qui avec ça, offre quelques effets de styles dans son montage qui ont de la tronche. Certes, le film est parfois lourd et en décalage, mais heureusement, il réussit pas mal de choses qu’il entreprend. Notamment lorsque Fred Cavayé offre une belle reconstitution avec de beaux décors et de beaux costumes. Bref, ainsi donc, je ne regrette pas m’y être arrêté, même si ces « … chèvres !« , dans la filmographie de son réalisateur, restera comme un petit cru.

Note : 10,5/20

Par Cinéted

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.