mars 3, 2024

L’Appel de Cthulhu

Auteur : Gou Tanabe

Editeur : Ki-Oon

Genre : Seinen

Résumé :

Quand Francis Thurston hérite des possessions de son grand-oncle archéologue, il se retrouve lié à la tragique destinée du vieil homme… D’après ses papiers, le défunt scientifique enquêtait sur une religion étrange : le culte de Cthulhu. Une mystérieuse gravure représentant son dieu dépeint un monstre cauchemardesque ! Selon le journal laissé par le professeur, cette tablette est l’œuvre d’un artiste qui l’a créée en pleine nuit, alors qu’il était assailli de visions d’une cité fantastique habitée par une créature gigantesque.

Or, ce phénomène a eu lieu le lendemain d’un séisme d’une intensité inégalée, qui a affecté des hommes dans plusieurs contrées… Qu’est-ce qui a bien pu perturber ainsi l’équilibre du monde ? Intrigué par ces écrits, Francis reprend le flambeau et se lance sur la piste du culte, au cœur des ténèbres…

Avis :

Pour le commun des mortels, H.P. Lovecraft est très souvent associé à une seule œuvre, L’Appel de Cthulhu. Et il faut dire que c’est sa nouvelle la plus connue et la plus répandue, celle qui a alimenté de nombreux fantasmes et qui a été moults fois adaptées dans les jeux vidéo, les jeux de rôle ou encore d’autres médiums littéraires. Pourtant, ce n’est pas la première œuvre à laquelle va s’attaquer le mangaka Gou Tanabe. En effet, dans sa collection Les Chefs-d’œuvre de Lovecraft, le japonais va tout d’abord commencer avec Les Montagnes Hallucinées, qu’il divise en deux tomes. Le résultat sera une belle réussite, aussi bien sur le plan formel que sur le fond, trouvant toute l’essence de l’écrivain de Providence. Ainsi donc, par la suite, arrivent Dans l’Abîme du Temps puis La Couleur Tombée du Ciel, deux récits plus courts, mais tout autant intéressant.

Cinquième manga à sortir dans cette collection, L’Appel de Cthulhu se démarque par son épaisseur. En effet, ici, on a droit à un long récit relativement ambitieux qui n’a pas été coupé en deux parties. De ce fait, on va pouvoir lire d’une traite cette adaptation de la plus culte des histoires de Lovecraft. Et le résultat sera à la hauteur de nos attentes. Car si L’Appel de Cthulhu en version nouvelle est assez pénible à lire (c’est très verbeux et compliqué pour une fin abrupte et décevante), la version manga est d’une fluidité déconcertante. On va donc suivre un jeune homme qui découvre l’héritage que lui laisse son oncle récemment décédé. Il trouve alors des carnets de note autour d’un mythe, avec un monde qui part petit à petit en vrille, où des populaces locales récitent des litanies en l’honneur de Cthulhu.  

En s’appuyant sur ces éléments du passé, le récit se déroule comme un long flashback, où le jeune homme découvre une aventure aux frontières du réel et de la folie. On retrouvera des thèmes chers à Lovecraft, notamment lorsqu’il s’agit de dépeindre une humanité qui part à vau l’eau. Entre des aborigènes ultra violents, et des citadins qui tirent dans le tas avant de résoudre le moindre problème, on est sur une misanthropie exacerbée qui correspond parfaitement au personnage qu’était Lovecraft. On aura aussi cette faculté de l’être humain à être trop curieux, jusqu’à réveiller une entité antédiluvienne qui pourrait signer la fin de l’humanité toute entière. Bref, dans le fond, le matériau de base est ultra respecté, et on retrouve tous les ingrédients qui vont le charme des écrits de l’auteur de Providence. Mais la réelle plus-value se retrouve surtout dans les dessins et la narration.

En effet, Gou Tanabe s’appuie sur son trait réaliste pour instaurer une ambiance macabre, même dans les moments les plus anodins. L’atmosphère est constamment étrange, avec des peuplades qui deviennent complètement folles en hurlant des litanies en l’honneur de Cthulhu, certains chercheurs deviennent obnubilés par une statuette à l’effigie du grand ancien, et petit à petit, la folie monte crescendo, jusqu’à un final dantesque, où les derniers survivants vont affronter des sauvages, puis Cthulhu en personne. On retrouve de nombreuses références à certains artistes, comme le fameux labyrinthe de Escher, mais Gou Tanabe arrive à démarquer cette œuvre de ses autres adaptations en y incorporant du gore primitif. Ici, certaines têtes explosent, on retrouve des corps mutilés, ce qui participe à instaurer cette ambiance si lugubre et malsaine. Bref, tout concorde pour que cet Appel de Cthulhu soit l’une des meilleures adaptations de la collection.

Au final, L’Appel de Cthulhu, revu et corrigé par Gou Tanabe, est une belle réussite. Le mangaka a réussi à s’emparer de toute l’essence de la nouvelle pour la transcender et nous offrir un récit cohérent, dynamique et porté des dessins réalistes qui imposent une ambiance mystérieuse et macabre. Bref, si jamais vous êtes un peu allergique au style de Lovecraft, ce manga pourrait être une fabuleuse porte d’entrée, non seulement dans son univers et sa mythologie, mais aussi dans ses thèmes de prédilection.

Note : 17/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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