novembre 30, 2021

Gyo

Auteur : Junji Ito

Editeur : Delcourt/Tonkam

Genre : Horreur

Résumé :

Les poissons marchent… Au cours des vacances en amoureux qu’ils sont venus passer à Okinawa, Kaori et Tadashi font une étrange découverte : des poissons à pattes courant sur la plage ! Bientôt, c’est une nuée de ces monstrueuses créatures qui débarque sur la terre ferme alors qu’un requin aux dents démesurées commence à attaquer les baigneurs…

Avis :

Dans quasiment tous les médiums, on trouve des maîtres de l’horreur. On peut bien évidemment citer John Carpenter dans le septième art ou encore Stephen King en littérature, mais dans chaque bulle culturelle, on trouve une personne qui a marqué de son empreinte le genre horrifique. Pour le manga, c’est indéniablement Junji Ito qui a posé sa pierre à l’édifice. Commençant comme dentiste, il abandonne cette carrière après la publication de son premier manga, Tomié. Dès lors, il va se lancer dans Spirale, son œuvre phare encore aujourd’hui. Ce n’est qu’après ce succès que sort Gyo, qui va assoir la notoriété du dessinateur. Et c’est justement sur cette histoire de poissons à pattes que l’on va revenir, car si l’ensemble demeure intéressant et dérangeant, on est loin de l’horreur psychologique ou encore d’une histoire qui marque au fer rouge.

Tadashi et Kaori sont en vacances au bord de la mer. Mais très vite, une odeur nauséabonde envahit les rues d’Okinawa et des poissons sur pattes particulièrement agressifs sortent de l’eau. Dès lors, c’est tout le littoral qui va être attaquer par des créatures sous-marines désormais dotées de pattes et d’une odeur infecte. Alors que Kaori se sent de plus en plus mal, Tadashi mène l’enquête avec son oncle qui est scientifique. Mais petit à petit, l’invasion continue de prendre de l’ampleur. C’est avec ce simple constat que Junji Ito nous propose de plonger en plein cauchemar. Gyo est une histoire simple qui ne cherche jamais vraiment à se compliquer la tâche. Des poissons puants et agressifs, une contagion qui va atteindre les humains et du body horror bien dégueulasse, voilà le programme festif de ce manga.

Au niveau du scénario, on ne peut pas dire que Gyo brille par son intelligence. Arrivé après Spirale, on sent bien que le mangaka a envie de revenir à quelque chose de plus léger, de plus frontal. La psychologie n’a pas trop sa place dans ce récit. Ici, on aura droit à des attaques physiques, une invasion incontrôlable et quelques références cachées aux Dents de la Mer, avec ce requin qui attaque en pleine ville. Le dessinateur essaye de donner un peu de sens à l’apparition de ces poissons en revenant sur des manipulations datant de la Seconde Guerre Mondiale. Une arme chimique qui n’a jamais été au point et qui referait surface maintenant. C’est un peu léger, voire même tiré par les cheveux, surtout quand on regarde le déroulé de l’histoire, avec cet oncle un peu fou qui va s’amuser à manipuler humains poissons.

Néanmoins aussi frontale que soit l’histoire, on va avoir droit à des éléments effrayants qui fonctionnent parfaitement. Si l’aspect psychologique ne marche jamais vraiment, notamment à cause d’un couple insupportable avec une Kaori qui passe son temps à se plaindre, le côté gore est parfaitement maîtrisé. Les animaux infectés sont hideux et on sent les moments de tension lorsque le requin commence à envahir la ville. D’ailleurs, le passage où il investit la maison à la poursuite de Tadashi est relativement stressant et bien mis en scène. Junji Ito sait que le matériau qu’il a entre les mains n’est pas assez imposant pour trainer en longueur et propose donc des moments vivaces, où le choix des cases est essentiel pour bien suivre l’action. Mais il y a un autre point fondamental dans ce côté gore craspec, c’est cette odeur qui devient un vrai personnage.

Et c’est bien là-dessus que le manga gagne ses lettres de noblesse. Il se dégage une atmosphère morbide de l’œuvre et cela est dû à une odeur persistante qui est matérialisée par une sorte de brouillard. De ce fait, on a l’impression que le personnage de Tadashi navigue dans une ambiance mortifère persistante où l’odeur rend complètement fou. Bien entendu, les créatures monstrueuses, le côté un peu torture de l’ensemble, avec ces corps qui se retrouvent piégés dans une structure métallique achèvent une ambiance glauque à souhait et qui peut même paraître dérangeante.

Cependant, tout n’est pas forcément réussi dans Gyo. Le manga se lit très vite et on sent qu’il n’y a pas vraiment de profondeur dans l’ensemble. On évoque rapidement la Seconde Guerre Mondiale, quelques manipulations, mais ça ne va jamais plus loin, comme si Junji Ito ne voulait pas s’embarrasser d’un contexte trop envahissant. Et puis il y a cette fin, ouverte, qui peut laisser sur le carreau et qui manque de percussion. On aurait aimé un peu plus de nihilisme sur l’œuvre et on se retrouve presque avec un message d’espoir. Ce qui contrebalance le moment grand-guignol et l’affrontement un peu stupide entre le scientifique qui vole let le cirque qui balance des hommes-canon empoisonnés. Oui, le délire va si loin sur la fin et que parfois, on frôle le mauvais goût.

Au final, Gyo est une œuvre singulière. Il s’agit-là d’un manga horrifique volontairement frontal et qui n’a pas envie de lambiner pour donner un quelconque fond. On trouvera bien quelques allusions sur le fait que les scientifiques vont parfois trop loin, ou encore un contexte de conflit mondial qui a changé le monde de demain, mais tout cela reste très léger. Mais l’ambiance mortifère et glauque, le côté gore et craspec et les dessins toujours équivoques dont que Gyo reste une œuvre intéressante, sale et qui porte bien l’empreinte de son créateur.

Note : 14/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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