juin 24, 2024
BD

Tracnar & Faribol

Auteur : Benoît du Peloux

Editeur : Bamboo Editions

Genre : Aventure

Résumé :

Une aventure animalière pleine d’action et de magie !
Il était une fois un roi dépressif.
Il était une fois un roi dépressif qui s’était laissé séduire par une sorcière avide de pouvoir.
Il était une fois deux petits malfrats, Tracnar et Faribol, voleurs de bas étage, roublards et peu scrupuleux, qui étaient loin d’imaginer que leurs chemins allaient croiser celui de la princesse Félicity, la fille unique du roi.
Il était une fois une princesse dont l’âme était prisonnière de Perfidy, la sorcière.
Il était une fois un conte dont Charles Perrault ou les frères Grimm auraient aimé écrire l’histoire et que l’on va vous conter.

Avis :

Après des années d’études de sciences économiques, c’est dans les années 90 que Benoît du Peloux décide de changer de voie et de se lancer dans un métier artistique. Autodidacte, amoureux de la nature et des chevaux, il va alors prospecter avec ses dessins pour trouver un éditeur. Plein d’humour et de malice, ses premières œuvres seront des recueils de sketches avec pour titre Mes Plus Belles Chasses ou encore Humour à Courre. Cependant, et malgré des séries personnelles qui lorgnent vers la Fantasy (L’Elixir d’Eternité), c’est dans la BD de jeunesse que Benoît du Peloux va avoir le plus de succès, notamment avec Triple Galop édité chez Bamboo. Amoureux des contes classiques de Perrault et Grimm, en 2020, toujours chez Bamboo, il va alors écrire, dessiner et coloriser Tracnar & Faribol, une ode à ces conteurs où l’on peut aussi croiser du Molière, La Fontaine et autres Esope.

La série comporte, pour l’instant, deux tomes, qui sont indépendants l’un de l’autre. C’est-à-dire que chaque tome est une histoire complète, avec un début et une fin, et ils peuvent se lire indépendamment, même s’il est conseillé de commencer dans l’ordre pour mieux sentir les nuances des deux compères au sein du second volume. Ici donc, on est à la croisée des chemins entre une BD aux personnages anthropomorphes à la Blacksad, De Cape et de Crocs ou encore Jim Hawkins, et un conte très classique que ne renierait pas un petit Charles Perrault. Pour preuve, Tracnar est un loup loubard qui est attiré par l’argent, et Faribol est un renard rusé qui essaye de tirer parti de tout ce qui lui tombe sous la patte. Et durant deux aventures, ces deux compères vont coopérer pour réussir des missions dangereuses où chacun a à y gagner.  

Pour le premier tome, on va avoir une sorte de voix-off qui va nous raconter les états du roi du royaume d’Urican, qui a perdu sa femme et vit dans une dépression destructrice. Fort heureusement, il a encore sa fille pour laquelle il ferait n’importe quoi. Mais il tombe alors amoureux de la sorcière Perfidy qui vise secrètement le trône, et va kidnapper l’âme de la princesse grâce à une potion magique. Missionnant alors un mercenaire pour jeter la fiole au large, ce dernier tombe dans un piège mené par Tracnar. Faribol, errant à la recherche de nourriture, vole le cheval du mercenaire, et engloutit le contenant de la fiole, pensant qu’il s’agisse d’une liqueur. L’âme de la princesse va alors être bloquée dans le corps de Faribol, et elle va ordonner aux deux amis de se rendre au château pour retrouver son corps endormi. L’aventure débute alors.

On est bien dans les sentiers du conte classique. Un conte bourré d’humour et d’action, où les deux personnages principaux vont devoir apprendre à se connaître pour utiliser toutes leurs ressources. Ici, Faribol se veut plus malin, alors que Tracnar va plutôt user de son épée pour se frayer un chemin. Construit de façon simple et fluide, ce premier tome pose les bases du duo, tout en montrant qu’il ne faut faire confiance à personne, et surtout pas à quelqu’un d’avide de pouvoir et d’argent. Benoît du Peloux use de toute sa malice pour nous faire rire et sauver in extremis ses héros, dans un déroulement rocambolesque mais mené tambour battant. De plus, les dessins sont tout simplement sublimes, faits à la main, loin des tablettes graphiques (bien utiles, j’en conviens), donnant vraiment un aspect protéiforme et humain à l’ensemble. Et ces couleurs !

Pour le second tome, qui se nomme Stratus, Benoît du Peloux utilise un scénario qu’il avait déjà écrit dans son one shot L’Oiseau qui fait la pluie et le beau temps (MPF éditions 2007). Stratus est un oiseau qui change la météo en fonction de son chant. Malheureusement, cela fait belle lurette qu’il ne chante plus, et la pluie commence à faire de forts dégâts au royaume. De ce fait, le roi demande à ses conseillers de trouver une solution, qui semble provenir d’une graine qui se trouve sur une île dont quasiment personne n’est revenu. Y voyant un moyen de renverser le pouvoir, le tigre Atakétu mandate Tracnar pour récupérer l’unique graine qui se trouve dans le laboratoire d’un de ses conseillers. Sauf que sur le chemin, il rencontre Faribol, et après avoir foutu la graine au feu inopinément, ils sont obligés de se rendre sur cette île maudite.

Encore une fois, Benoît du Peloux relance sa jolie narration et va brasser d’autres thèmes afin de nous faire rire, mais aussi de nous faire vivre une belle aventure. Le début montre la préparation d’un coup d’état, et renoue avec l’aspect opportuniste du premier tome. On retrouve un type qui veut prendre la place du roi, attisant la foule et utilisant sa notoriété pour créer une sorte de peur. Chemin se faisant, nos deux compagnons vont vivre une aventure dangereuse, qui évoque aussi bien Peter Pan (l’attaque du gros crocodile) que la mythologie classique avec ces boucs qui deviennent des démons. L’entraide sera alors le maître mot, pour une quête qui, in fine, ne servira pas à grand-chose, si ce n’est à resserrer des liens déjà étroits. Car la solution provient d’une chose importante et essentielle, la liberté. Et encore une fois, le tout baigne dans des dessins splendides.

Au final, Tracnar & Faribol est une série qui est une belle réussite. Benoît du Peloux a les coudées franches pour faire ce qu’il aime le plus, et force est de constater que sa plume est un véritable atout, s’inspirant de classiques qu’il a dû lire et relire étant jeune, mais tout en y apportant un vent de fraîcheur, faisant alors résonner ces albums comme de superbes hommages. Bref, une série trop peu connue qui mérite un vrai coup de projecteur.

Note : 16/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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