juin 25, 2024

Némésis – Shaun Hutson

Auteur : Shaun Hutson

Editeur : Milady

Genre : Horreur

Résumé :

Sue et John Hacket ont vu l’horreur absolue quand ils ont retrouvé chez eux leur petite fille sauvagement assassinée. Pour ne pas sombrer dans la folie et tenter de sauver ce qui reste de leur mariage, ils déménagent et partent s’installer dans la petite ville de Hinkston. Or, autrefois paisible, cette bourgade est aujourd’hui déchirée par une série de meurtres aussi atroces qu’inexpliqués. C’est qu’elle abrite un terrible secret, vieux de cinquante ans, un secret aux conséquences si épouvantables qu’il était censé avoir été étouffé à jamais pendant la guerre. Mais ce ne fut pas le cas, et Sue Hacket, encore fragilisée par ce qu’elle a traversé, risque bien d’en faire l’horrible expérience…

Avis :

Si l’on excepte ceux que l’on considère comme les grands maîtres de l’horreur, à l’image de Stephen King ou Graham Masterton, d’autres auteurs moins connus ont pourtant fait les beaux jours des amateurs de sang dans des collections équivoques. Bien entendu, on peut parler de la collection terreur de Pocket/Fleuve Noir avec les couvertures noires et rouges, mais c’est oublier la collection Gore, qui allait encore plus loin dans l’horreur. Et parmi tous les écrivains qui se sont éclaté à écrire des sévices immondes dans cette collection, il y a Shaun Hutson. Considéré comme un homme peu affable qui s’est fait virer de tous les petits boulots qu’il a pu faire par le passé, l’auteur joue de cette notoriété pour faire vendre ses bouquins et appuyer un côté horrifique grand-guignol pleinement assumé. La preuve en est avec Némésis, écrit en 1989 et qui ne se fixe que peu de limites.

L’histoire commence à Londres auprès d’un couple qui souffre en silence. En effet, le père de Sue est en phase terminale d’un cancer, et elle s’occupe peu de John, qui s’en va le soir pour tromper sa femme avec une collègue de boulot plus jeune que lui. Histoire d’en rajouter une couche, alors que John est dans les draps de Nikki et que Sue est à l’hôpital, deux tarés rentrent dans leur maison et violent et tuent la babysitter et leur fille de quatre ans. Le couple est dévasté, Sue apprend aussi pour l’adultère de son mari et décide donc de partir à Hinkston, chez sa sœur. John est bien décidé à reconquérir le cœur de sa femme, et il va trouver un boulot à Hinkston, avec un logement de fonction. Mais dans cette bourgade, des meurtres s’accumulent et certains enfants semblent bien étranges et violents.

Comme on peut s’en douter, le récit s’articule autour du couple, qui tout d’abord va se séparer, pour ensuite se remettre ensemble, mais vivre un double malheur en plus. Car oui, Shaun Hutson n’épargne rien à ses personnages, et il leur fait vivre un enfer. Ici, le meurtre et le viol équivoque (et difficile à lire) d’une fillette, qui se couple d’un tueur en série et d’une série de manipulations génétiques autour d’un médecin fou. Némésis va jouer aussi sur la traque des deux tueurs, avec un père revanchard et des méchants complètement tarés. En un sens, le roman vient nous vendre ce que l’on attendait. C’est-à-dire de la violence, de l’horreur et des thèmes qui poussent un peu à réfléchir, comme la culpabilité, le pardon ou ce qu’apporte la vengeance. Ainsi, on pourrait croire le roman réussi, mais il y a un mais.

Le roman est un bon page turner. L’ensemble se lit vite et bien, et le style est assez fluide. D’ailleurs, on se demande comment l’auteur va pouvoir conclure son histoire en si peu de pages, et c’est là que le bât blesse. En effet, la fin est abrupte, voire inopinée, n’arrivant pas à travailler tous les axes proposés. Le seul tiroir qui possède une vraie conclusion, c’est celui autour des deux violeurs, qui démontre qu’une vengeance n’apporte rien de bon, malgré une certaine satisfaction dans les descriptions gores qui offrent une belle revanche sur les « vilains ». Pour les deux deux autres axes, celui du médecin fou et des enfants malades, on va rester sur notre faim. L’auteur termine l’histoire des manipulations de manière grotesque et laisse en suspens celle des enfants violents, n’arrivant pas à donner une réelle épaisseur aux conséquences.

Il manque un vrai travail d’ambiance et un retour sur les chapitres qui parlent de la Seconde Guerre mondiale. On pourra y voir un liant avec les expérimentations du docteur, mais ça reste léger, lorgnant vraiment vers le bis, voire le z. De plus, il y a aussi un problème avec les personnages et leurs réactions. A titre d’exemple, John et Sue ne sont pas vraiment attachants, surtout cette dernière qui devient complètement cinglée sur la seconde moitié, voulant à tout prix un enfant, même si cela comporte un danger pour sa santé physique. Il en va de même avec les personnages secondaires, qui sont peu exploités, à commencer par le docteur, que l’on décrit comme quelqu’un de sexy et envoûtant, mais c’est bien tout. L’auteur rentre aussi dans des clichés quand il faut expliquer les physiques de certains personnages, à l’instar du monstre qui sert de frère au docteur.

Enfin, dernière chose qu manque à ce roman, c’est du contexte. Si le démarrage, avec l’écho de la Seconde Guerre mondiale où l’Angleterre veut créer une race de super soldats, permet de justifier les manipulations à Hinkston, l’auteur ne parvient jamais à créer une ambiance mortifère autour d’un bled un peu paumé. Des gosses ont des pulsions cannibales, mais ce n’est visiblement un problème pour personne, les parents cachant cette vérité et n’accablant jamais leur progéniture. A quel moment les parents acceptent tous les vices de leurs gosses ? Shaun Hutson va trop loin dans le délire et ne parvient pas à créer quelque chose de tangible et de réel. Sans compter que cette histoire aurait pu partir plus loin, avec une belle ampleur, mais globalement, cet axe est laissé de côté, un peu comme si l’écrivain ne savait pas comment se dépatouiller de ce qu’il avait écrit.

Au final, Némésis est un roman qui souffle le chaud et le froid. Si on ne peut dénigrer le plaisir de lecture et des moments vraiment dégueulasses qui sont bien écrits, on reste un peu circonspect sur l’histoire en elle-même qui manque d’envergure et ne travaille pas assez son ambiance et l’univers autour de la petite ville inquiétante de Hinkston. On a un peu l’impression que Shaun Hutson s’est fait dépasser par son récit et qu’il ne savait plus comment finir son histoire. C’est dommage, car il y a tout de même de bonnes choses dans ce bouquin, sang pour sang horrifique.

Note : 13/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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