juin 25, 2024

1922

De : Zak Hilditch

Avec Thomas Jane, Molly Parker, Dylan Schmid, Neal McDonough

Année : 2017

Pays : Canada

Genre : Thriller

Résumé :

Une série de phénomènes persuadent un homme qu’il est hanté par son épouse dont il a commis le meurtre.

Avis :

Stephen King est certainement l’auteur qui est le plus adapté au cinéma, sur les plateformes de streaming ou encore pour le petit écran. On ne compte plus ses romans qui ont fait les beaux jours des salles obscures, même si, force est de constater que de nombreux réalisateurs s’y sont cassé les dents. On peut compter deux cinéastes qui ont su capter l’essence même du maître de l’horreur, Frank Darabont et Mike Flanagan. Bien évidemment, lorsqu’une nouvelle adaptation sort, on est toujours attiré par cette aura malaisante qui émane des récits de l’auteur, et cela malgré des réalisateurs plus ou moins hasardeux. L’un des derniers méfaits en date concerne la nouvelle 1922 paru dans le recueil Nuit Noire, Etoiles Mortes, qui a été mise en image par Zak Hilditch pour Netflix.

Production canadienne, Zak Hilditch est un jeune réalisateur australien qui a fait un premier film très intéressant avec Final Hours. Long-métrage abordant la fin du monde sous le prisme des dernières heures de l’humanité et la poursuite d’un homme vers des actes de charité, le réalisateur faisait montre d’un beau savoir-faire. Mais par la suite, il va se prendre un peu les pieds dans le tapis avec le très mauvais La Morsure du Crotale, film d’horreur mou du genou sans intérêt. Avec 1922, il s’attaque à un thriller horrifique qui ne correspond pas forcément à du King pur jus. En effet, on va suivre ici un homme rongé par la culpabilité d’avoir tué sa femme, et qu’il suspecte d’être revenue d’entre les morts pour le hanter. Une histoire macabre, certes, mais qui flirte plus avec l’épouvante gothique que l’horreur frontale.

« 1922 commence alors comme un drame assez classique. »

Dès le départ, le réalisateur nous plonge dans une ambiance intéressante, au début des années 20, où l’homme en question va rentrer dans une chambre d’hôtel pour écrire son histoire. A partir de là, le film va prendre son temps pour afficher un couple qui ne s’entend plus, et un fils au milieu qui va prendre le parti de son père. 1922 commence alors comme un drame assez classique, où les perspectives d’avenir entre un homme et une femme sont radicalement différentes. Lui veut des terres cultivables, alors qu’elle veut retourner à la ville pour mener la grande vie. Petit à petit, ne voyant aucun échappatoire, l’homme va alors commettre l’irréparable avec l’aide de son fils, qui trouve que sa mère à peu d’égards pour lui. On baigne dans un récit dur où l’on sait que l’issue sera fatidique.

Cette approche est assez maline, car elle permet d’installer des personnages de façon pertinente. On va y voir un mari qui n’aime plus sa femme, et qui ne veut faire aucune concession. Thomas Jane campe de façon brillante un paysan qui sombre petit à petit dans la violence, mais qui va surtout utiliser ses armes pathétiques pour gagner la partie face à sa femme. Une femme que l’on va rapidement détester de par ses réactions face à son fils unique, ou encore sur le chantage qu’elle impose à son mari. Le film joue avec nos émotions, car on va ressentir de l’empathie pour ce personnage tueur, et on va détester cette femme qui va subir le courroux de son mari et de son fils. De ce fait, on pourrait croire que 1922 est un bon film efficace, mais on va vite déchanter lorsque la seconde partie déboule.

« Il manque une véritable tension au sein du récit, qui verse ensuite dans le mélodramatique pour tenter de nous toucher. »

Zak Hilditch fait le pari de faire un récit encore plus lent en mettant en avant la hantise de la défunte. Bien évidemment, on ne saura jamais si cela se passe dans la tête du père assassin, ou si c’est réel, mais la façon de faire est tellement lancinante, qu’au bout d’un moment, on finit par décrocher. Il manque une véritable tension au sein du récit, qui verse ensuite dans le mélodramatique pour tenter de nous toucher. A titre d’exemple, on va suivre la pente descendante du fils, qui va mettre enceinte sa petite amie, créant alors une boucle de violence nihiliste. On découvre cela via les dires du macchabée qui chuchote des horreurs à l’oreille de son mari, dans la seule et unique scène qui peut faire peur. Alors oui, on est dans un thriller plus que dans un film d’horreur, mais tout cela manque d’envie de percuter.

Et on se retrouve aussi avec des éléments métaphysiques qui sont gros comme des sabots de bergère. Afin d’illustrer la descente aux enfers de cet homme qui va payer pour son meurtre, on aura droit à une déliquescence de son corps, où il va devoir subir une amputation à cause d’une morsure de rat, mais aussi à la détérioration progressive de sa maison et de son champ qui ne donnera plus de maïs. Un procédé vu et revu qui manque cruellement d’originalité. Bien évidemment, cela parle de la culpabilité et des remords que l’on peut ressentir une fois le mal fait, mais c’est assez grossier. De plus, le film ne vise jamais plus loin dans ses enjeux, se contentant d’un simple récit autour d’un mari féminicide qui va payer pour son meurtre, de façon solitaire, la folie le gagnant. On aurait pu avoir quelque chose de plus travaillé…

Au final, 1922 n’est pas un mauvais film en soi, puisqu’il présente des qualités évidentes, comme des personnages qui ont du background, ou encore une mise en scène classieuse. Cependant, il s’agit d’un film qui traine grandement la patte et qui loupe complètement son aspect fantastico-horrifique. Hormis une apparition et des rats qui gesticulent dans les murs (coucou Neil Gaiman), la seconde partie du récit s’embourbe dans un rythme lancinant et presque pénible. C’est dommage car Thomas Jane est parfait dans le rôle de cet homme qui va payer pour son crime. Bref, une adaptation de Stephen King qui manque de mordant et qui, malgré un fond intéressant sur la culpabilité et la folie, n’arrive pas vraiment à passionner.

Note : 09/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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