août 10, 2022

Je Suis à Vous Tout de Suite

De : Baya Kasmi

Avec Vimala Pons, Mehdi Djaadi, Agnès Jaoui, Ramzy Bedia

Année : 2015

Pays : France

Genre : Comédie, Drame

Résumé :

Hanna a 30 ans, beaucoup de charme et ne sait pas dire non : elle est atteinte de la névrose de la gentillesse. Ce drôle de syndrome familial touche aussi son père, Omar, « épicier social » et sa mère, Simone, « psy à domicile ». Avec son frère Hakim, focalisé sur ses racines algériennes et sa religion, le courant ne passe plus vraiment. Mais un événement imprévu oblige Hanna et Hakim à se retrouver…

Avis :

On a souvent tendance à croire que la comédie française se cantonne aux films de beaufs avec un gros casting et des situations de familles bourgeoises face à la pauvreté. Même si c’est ce que l’on voit le plus, car c’est porté par des acteurs populaires et bankables, le cinéma français regorge de films indépendants avec des messages plus intelligents, ou apportés avec plus de nuances. Baya Kasmi est une réalisatrice française d’origine algérienne qui commence dans le scénario avec Michel Leclerc. Fort de cette expérience, elle se fait remarquer avec plusieurs courts-métrages et plonge alors dans le long avec Je Suis à Vous Tout de Suite, film qui nous préoccupe aujourd’hui. Gros casting, scénario qui semble se moquer gentiment de la religion et des quartiers, on va se retrouver avec un film bien différent, qui tend plus vers le drame que la comédie.

Le syndrome de la gentillesse

Le film débute avec une voix off, celle de Hanna, qui bosse comme DRH dans une société de vin. Elle explique son problème, car elle souffre d’une gentillesse extrême et ne sait pas dire non. Un syndrome qu’elle tient de son père, qui tient une épicerie sociale en plein quartier et dont le seul but est de satisfaire tout le monde. Hanna a un frère. Enfants, ils étaient très proches, mais le lien s’est brisé et depuis, il ne se parle plus. Elle est plutôt désinhibée, alors que son frangin s’est converti à l’islam et pratique une religion plutôt extrême. Sauf que ce frère est malade. Il a besoin d’un rein, et Hanna est compatible. Le film démarre sur cet état de fait et va donner lieu à une comédie dramatique qui se veut plus profonde qu’elle n’y parait.

Car si le début est plutôt drôle, les chemins de chaque personnage vont être bien douloureux. On va s’apercevoir que si Hanna est si étrange dans sa vie, couchant avec n’importe qui pour le réconforter, quitte à passer pour une prostituée, c’est qu’il lui est arrivée un truc dans son enfance. Un drame terrible qui, malheureusement, existe bel et bien et plus souvent que l’on ne croie. Son chemin de vie, aussi drôle soit-il dans le présent, trouve des réponses dans un passé qui laisse sur le cul et qui fait mal. Il fait d’autant mal que ce drame va impacter toute la famille et notamment le petit frère. Donnadieu, ou Hakim après sa conversion, va lui aussi avoir un chemin de vie complexe. Enfant sage, il va être un ado terrifié par ses camarades du quartier avant de de venir une racaille, dealant pour subvenir à ses besoins.

Religion et altruisme

La vie de Hakim/Donnadieu aurait pu s’arrêter là, mais le film va aller plus loin, en le radicalisant. Il devient alors un homme de vertu, et ne rêve que d’une chose, quitter la France pour partir vivre en Algérie. Le film rentre alors dans une critique acerbe de la religion islamique et de ces jeunes qui voient une terre promise en Algérie. Sauf que la réalité est toute autre. En effet, la vie ne sera pas plus facile, les soins ne sont pas à la hauteur et même certains musulmans font comprendre à Hakim qu’il ressemble plus à un afghan qu’à un algérien. Ici, on nage en eaux troubles et la réalisatrice a du culot. Cependant, elle a les coudées franches pour en parler, puisqu’elle est d’origine algérienne, et que le film est une sorte chronique sur sa propre famille.

De ce fait, elle sait que quoi elle parle et son regard est plutôt juste. D’ailleurs, on remarquera que Kenza, la femme de Hakim, qui porte le voile, mais a une vie comme n’importe qu’elle autre femme. Elle craque, a ses faiblesses, sa libido, etc… On restera plus circonspect sur les tensions familiales. Le papa qui pète un câble car il n’arrive pas à satisfaire une cliente. Le frère et la sœur qui s’écharpent, mais qui se réconcilient. Tout cela contribue à une certaine lourdeur dans le métrage. Et même si c’est porté par des acteurs investis et empathiques, on reste dans une imagerie qui flirte souvent avec le fantasme et l’improbable, ce qui gâche la véracité des propos du film. Mais il faut aussi féliciter le regard tendre que la réalisatrice pose sur le métier de prostituée. Des femmes (et un homme) d’une rare gentillesse et faisant preuve d’altruisme.

Romance et mise en scène

L’autre point faible du film concerne la romance entre Vimala Pons et Laurent Capelluto. Les deux acteurs sont brillants. Il y a une vraie alchimie entre eux et leurs personnages sont attachants. Mais il manque une certaine magie et un cheminement peut-être plus simple dans les sentiments. On sent arriver à des kilomètres le retournement de fin et le happy end et on ne sera guère surpris par ce choix. C’est dommage, il y avait quelque chose à faire avec ces deux-là. Enfin, le dernier point qui coince concerne la mise en scène. Le film reste une comédie dramatique lambda et rien ne viendra nous taper dans l’œil. On reste sur une image simple, et aucun plan ne viendra nous titiller la rétine. Encore une fois, il s’agit d’une comédie française qui n’a pas envie de bousculer les codes de la mise en scène. C’est bien trop sage.

Au final, Je Suis à Vous Tout de Suite est un film qui est assez intéressant dans ce qu’il raconte. Cette volonté d’expliquer que les névroses des adultes naissent dans les traumatismes des enfants est une bonne chose. Et tenter de comprendre pourquoi les personnes sont ainsi avant d’émettre un jugement est très intelligent. Malheureusement, le film est parasité par son statut de comédie française où il ne faut pas prendre de risque de mise en scène. La photographie est terne et il n’y a pas cette magie que peut apporter le cinéma. C’est dommage, avec un peu plus de culot, on aurait pu avoir un excellent film…

Note : 12/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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