mars 3, 2024

La Fleur de Dieu T.02 – Les Portes Célestes – Jean-Michel Ré

Auteur : Jean-Michel Ré

Editeur : Albin Michel

Genre : Science-Fiction

Résumé :

Attaqué par des clones de combat non identifiés, l’Empire s’enfonce lentement dans le chaos. Des mégapoles entières ont été dévastées par des explosions nucléaires et les troupes impériales échouent à rétablir l’ordre. Tandis que l’Empereur convoque la noblesse pour confondre l’instigateur de ces attaques concertées, maître Kobayashi se réveille sur une planète paisible où l’a emmené l’Enfant, cet énigmatique messie qui n’a encore livré aucun de ses secrets. Dans ce havre de paix, Kobayashi va devoir poursuivre sa formation spirituelle et guerrière, non pas pour mettre un terme au chaos qui embrase l’Empire, mais pour mener l’Humanité sur la Voie. Car l’Empire est perdu, il l’a toujours été.

Avis :

Avec La Fleur de Dieu, Jean-Michel Ré initiait une saga de science-fiction pleine de promesses. Sans s’orienter vers une œuvre-fleuve aux multiples ramifications, l’auteur proposait une incursion probante qui projetait les égarements de notre époque une bonne centaine de siècles plus tard. Il en ressortait un discours intéressant sur la foi religieuse et scientifique dans un système impérial, lui-même renvoyant à quelques civilisations antiques quant à son organisation et aux errances du pouvoir. Après un dénouement aux implications particulièrement tendues, la suite se veut dans la droite lignée de son prédécesseur. Cela tient autant aux évènements dépeints en amont qu’au propos général.

Malgré une histoire relativement courte qui s’étend sur environ 260 pages, l’auteur poursuit ce développement dense et fouillé de son univers à des dimensions cosmogoniques. On retrouve bon nombre d’appellations spécifiques et de néologismes qui, comme pour le premier tome, nécessitent un temps de familiarisation. Le glossaire en fin d’ouvrage aide néanmoins à apporter des éclaircissements ou des précisions quant à des faits, des technologies, des personnalités ou tout autre élément intégré au récit. Là encore, la cohérence est de mise. On apprécie ce soin tout méticuleux pour donner corps à une architecture narrative complexe dans ce qu’elle sous-tend et abordable dans son exposition.

De ce côté, on retrouve ainsi les grandes qualités du premier volet et cette capacité à nous emporter aux confins de l’univers. On note toutefois quelques évolutions sensibles dans la manière d’appréhender l’intrigue. Cela tient tout d’abord à cette phase initiatique entre l’un des protagonistes et l’Enfant. Ce dernier dévoile peu ou prou sa nature, ses objectifs. Il se révèle une figure de sagesse, enseignant ses connaissances philosophiques, martiales, scientifiques et religieuses. En total contraste avec son apparence, il s’avance comme un être à la conscience éveillée. Sans parler de divinité, son aura et son comportement évoquent davantage le processus de réincarnation propre au bouddhisme.

Cela étant dit, la connotation spirituelle reste en retrait au fil de l’histoire. S’il s’agissait d’un élément prépondérant pour La Fleur de Dieu, il cède progressivement la place aux considérations politiques et aux mécanismes qui régissent l’Empire. Les enjeux et les ambitions se reflètent à travers les luttes de pouvoir, les combats, ainsi que quelques affrontements verbaux. Par ailleurs, ce crépuscule d’une civilisation, à tout le moins d’une approche sociétale désuète, est l’occasion de s’attarder sur d’autres dérives intergénérationnelles. Cela vaut surtout pour les propos avancés sur l’aliénation de l’être au profit du consumérisme et de la technologie.

L’idée est bien amenée et subtile quand on comprend que cet état de stupéfaction, tout illusoire soit-il, est un prétexte pour justifier une surveillance omnipotente. Il n’est pas question de sombrer dans des considérations orwelliennes, mais d’y trouver une résonance mesurée dans l’implantation des biopuces pour chaque individu. Celles-ci se révèlent alors une preuve d’existence plus que d’identité. Il ne s’agit pas d’un aspect prépondérant. Cependant, l’incursion demeure vivace et particulièrement représentative des ramifications secondaires de l’intrigue, comme si chacun des éléments évoqués jusqu’alors recélait une part des germes de la destruction de l’Empire lui-même.

Au final, Les Portes célestes est une suite tout aussi intéressante à appréhender que La Fleur de Dieu. L’ouvrage de Jean-Michel Ré continue à dépeindre un univers et une époque à la fois fascinants et troublants, tant les allusions à notre siècle y sont présentes. On apprécie cette évolution sensible des personnages et des propos afin d’éviter toute redite avec le premier volume. La densité de ce roman est d’autant plus intéressante qu’elle tient sur peu de pages en comparaison d’autres œuvres similaires. Ou comment aller à l’essentiel pour fournir un travail qui ne manque guère d’ambitions pour concilier divertissement et considérations sociétales sur l’humanité, son avenir. Loin d’être une transition entre deux pans de l’intrigue, un second tome qui se distingue par sa constance et sa pertinence.

Note : 15/20

Par Dante

Une réflexion sur « La Fleur de Dieu T.02 – Les Portes Célestes – Jean-Michel Ré »

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