juillet 18, 2024

La Fleur de Dieu T.03 – Cosmos Incarné – Jean-Michel Ré

Auteur : Jean-Michel Ré

Editeur : Albin Michel

Genre : Science-Fiction

Résumé :

Dix jours après l’ouverture des portes du ciel, le Cosmos s’incarne aux quatre coins de l’univers.
A l’échelle des hommes, le seigneur de Latroce continue son œuvre de fureur et de chaos, animé par une colère inépuisable. Maître Kobayashi, quant à lui, arpente la voie de l’Enfant, essayant de trouver le véritable sens à son enseignement : « Semez le Chaos dans l’Harmonie, comme le projectile sème le trouble dans l’eau immobile. Répandez de l’Ordre dans le Désordre quand le Faux gagne sur le Juste. Propagez la subversion créative quand la Loi devient indigne. Cultivez le Beau et le Bon. »

Avis :

Initiée avec un roman éponyme et Les Portes célestes, la trilogie de La Fleur de Dieu s’avance comme un ambitieux space opera. Au vu des deux tomes précédents, Jean-Michel Ré dépeint un univers d’une rare densité où l’histoire des galaxies côtoie des évènements qui s’étendent sur près de 10 millénaires. Entre les innombrables conflits qui jonchent le parcours intergalactique de l’humanité, la multiplicité des croyances religieuses, les enjeux socio-économiques, sans compter les velléités politiques, l’écrivain s’est attelé à donner vie à des mondes cohérents. Aussi, Cosmos incarné marque la conclusion de ce voyage aux confins de l’univers. Une sorte de point d’orgue de cette saga, du moins dans les intentions initiales…

Auparavant, l’auteur s’insinuait avec conviction dans le space opera, tissant ses trames narratives avec méticulosité et patience. Avec le présent ouvrage, on s’éloigne quelque peu des fondamentaux du genre. Dans la continuité de son prédécesseur, on retrouve ces guerres intestines et autres conflits propres à la nature humaine. On s’attend également à obtenir des révélations sur les intentions de l’Enfant. En cela, il est vrai que l’intrigue apporte des réponses, ainsi que des pistes de réflexion quant à la portée des évènements décrits et du devenir de l’homme. Il y est question, entre autres, de la survie de l’espèce en considérant son tempérament autodestructeur.

On renoue alors avec cette dimension écologique qui interpelle sur le consumérisme de nos civilisations, l’impact environnemental de nos activités et modes de vie. En l’occurrence, ces conséquences sont ici à l’échelle interstellaire. Il est donc toujours appréciable de constater que le fond de l’histoire trouve une résonnance particulière par rapport à notre époque, ainsi que celles amenées à suivre. Qu’il s’agisse de citations ou d’évocations, les intermèdes entre les chapitres sont le témoignage des temps passés. Cependant, Cosmos incarné laisse son lectorat perplexe sur l’orientation générale des évènements au fil des pages.

En effet, ce troisième tome donne l’impression d’assister à un épilogue de luxe qui aurait pu se greffer sans mal au second volet, quitte à en faire un diptyque. Les éléments perturbateurs et les séquences où la tension est à son paroxysme s’avèrent déséquilibrés au gré des chapitres. Certaines batailles en devenir n’ont pas l’impact escompté, tandis que les rencontres avec l’Enfant semblent empruntées aux deux autres opus. Les circonstances sont similaires et, malgré quelques éclaircissements, on reste avec des pans occultés. Un peu comme si l’auteur souhaitait laisser ses personnages et ses lecteurs dans l’expectative d’une espérance.

Le propos est alors très facile pour évoquer une prise de conscience sur l’existence elle-même et la possibilité tout utopique de construire une société « meilleure ». À cela, on plonge progressivement dans un discours mystique passablement abscons. Certes, on a pu apprécier auparavant une dimension religieuse et philosophique. Elle demeurait néanmoins en arrière-plan du fil directeur. Ici, le prétexte est bon pour sombrer dans des délires spirituels et des divagations de l’esprit. Le vocabulaire et la tournure du style sont tout aussi obscurs que les intentions portées à de telles séquences. Si l’on y ajoute les nombreux néologismes et appellations propres à l’univers de Jean-Michel Ré, on assiste à des passages indigestes et exposés avec maladresse.

Au final, Cosmos incarné s’impose comme une conclusion décevante à La Fleur de Dieu. Là où on avait pu apprécier un space opera de qualité pour les deux premiers volets, on se retrouve avec un troisième tome poussif. Le rythme souffre de plusieurs inconstances. Preuve en est avec des points culminants qui surviennent de manière erratique et ne sont pas toujours placés aux bons moments. L’histoire perd de sa tension et de son intérêt quand on plonge dans de nébuleuses considérations métaphysiques. Dès lors, le roman en devient presque impénétrable, comme si l’auteur s’abandonnait à un plaisir tout personnel en oubliant la portée et les perspectives qu’il avait jusque-là dépeintes avec maîtrise. Un troisième tome qui laisse dubitatif quant à sa pertinence et son dénouement.

Note : 12/20

Par Dante

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