décembre 7, 2021

L’Arche de Darwin – James Morrow

Auteur : James Morrow

Editeur : J’ai Lu

Genre : Aventure

Résumé :

Actrice sans rôle, Chloe Bathurst décroche un emploi de gardienne de zoo chez Charles Darwin où elle rencontre toutes sortes d’animaux exotiques, ainsi que différentes théories scientifiques d’une modernité étonnante. Pour sortir son père de l’hospice, elle vole la première mouture de la théorie de l’évolution et s’inscrit au Grand concours de dieu, qui offre 10 000 £ à qui prouvera ou réfutera l’existence d’un être suprême. Alors que d’autres aventuriers recherchent l’arche de Noé sur le mont Ararat et qu’un enseignant britannique rencontre l’origine de l’humanité dans une fumerie de haschich, Chloe s’embarque dans un périple en bateau et montgolfière à travers le Brésil, l’Amazone et les Andes pour rapporter les spécimens nécessaires à ses ambitions. Parvenue aux Galápagos, elle va user de toute sa ruse, et du texte de Darwin, pour un procès en blasphème?

Avis :

James Morrow est un auteur américain qui est blindé de prix. Son œuvre se concentre surtout autour de romans d’aventures loufoques qui traitent bien souvent de sujets plus ou moins sensibles, comme la religion, l’athéisme ou encore les faits historiques qu’il détourne avec une pointe de cynisme. Avec L’Arche de Darwin, il reste dans ses thématiques favorites, mettant en place une quête pour réfuter l’existence de Dieu dans une Angleterre du XIXème siècle. Une quête qui va réserver bien des surprises à son héroïne, mettant à rude épreuve son athéisme, mais arpentant aussi des chemins sinueux et un brin longuet, pour une conclusion qui laissera plutôt circonspect. Retour donc sur un roman étonnant, détonant et pourtant décevant.

Le roman se déroule en 1830, alors que Darwin n’est pas encore vraiment connu et qu’il garde secret sa théorie de l’évolution. Nous allons suivre Chloé Barthurst, une comédienne ratée qui souhaite délivrer son père d’une société qui le fait travailler beaucoup trop. Une société de pseudos philosophes met alors en jeu une prime pour qui viendrait prouver la non-existence de Dieu. Chloé, qui trouve alors comme travail un poste chez M. Darwin pour nourrir des tortues, va découvrir la théorie de l’évolution et elle s’engage alors dans un long voyage pour prouver cette théorie et ainsi empocher la prime et libérer son père. Sauf que tout ne va pas se passer comme prévu. Et nous d’assister à un long périple bordélique, où les rencontres s’enchainent, les discussions verbeuses défilent et les sujets s’égarent.

Car c’est bien là l’un des principaux problèmes de ce roman, il part dans tous les sens. Si l’on suit principalement Chloé dans ses déboires et ses aventures rocambolesques, on va aussi avoir droit à tout un pamphlet sur les délires d’un prêtre fou et sur une autre quête, celui de l’arche de Noé sur le mont Ararat. En confrontant deux équipes dans un course pour prouver, ou non, si Dieu existe bel et bien, James Morrow se perd dans son propre récit. On assistera à des rencontres fortuites, à des moments désespérés, mais aussi à des guerres, des discussions passionnées autour de la théorie de l’évolution, et même à des luttes contre la maladie et une religion destructrice. Autant de sujets qui vont être abordés, mais qui sont souvent survolés.

En fait, le plus gros problème de ce roman, c’est qu’il est très long et raconte bien souvent des aventures un peu incompréhensibles. L’auteur se défend d’utiliser des choses qui ont vraiment existé ainsi que des moments historiques véridiques, mais cela n’empêche pas le roman de véritablement piétiner. La guerre entre deux tribus et l’exploitation du caoutchouc est bien trop longue. Le vocabulaire utilisé est souvent complexe et nuit clairement à la fluidité de lecture. Tout comme on aura énormément de mal à s’identifier à certains personnages, Chloé en tête, car elle reste assez pénible, voire prétentieuse dans ses envies et ses enjeux. Sorte de tête brûlée féministe avant l’heure, elle reste celle par qui tous les malheurs arrivent et la cause de pertes humaines. Et elle ne se remet jamais en cause. Sauf la maladie, qui lui fera frôler la mort, lui fera prendre conscience de certaines choses, dont l’existence potentielle d’une entité divine, et tout cela reste bien trop factice.

L’auteur joue constamment sur la religion et l’athéisme. Il en utilise même des ressorts historiques et des concepts qui peuvent paraître obscurs pour les non-initiés. On pourra sortir ce qui lui tient à cœur avec le concept de Jéhovah dont il a fait une trilogie dessus, mais ça reste très difficilement accessible. Tout comme il emploie des termes scientifiques qui sont complexes. Surtout quand il raconte l’histoire de Bertram, fils de pasteur, qui part à la recherche de l’arche de Noé, mais qui va passer du temps dans une fumerie de haschich. Ici, on part carrément dans du voyage temporel, avec des rencontres fortuites de scientifiques du futur (dont Mendel) et le roman de nous perdre un peu plus dans des délires éthérés d’un pasteur fou à lier qui va faire un cirque avec ses pigeons voyageurs.

Oui, c’est un véritable bordel. Et si l’on peut trouver des sujets sensibles et intéressants qui font écho aujourd’hui, cela ne suffira pas forcément à nous convaincre pleinement. Certains passages restent cependant savoureux, quelques fulgurances humoristiques viendront redorer le blason de cette œuvre qui reste tout de même assez difficile d’accès. La sensation de lire parfois un roman qui ne se prend pas au sérieux (les multiples demandes en mariage à la toute fin) comme un vieux vaudeville est souvent prégnante, mais l’auteur revient constamment à des aventures rocambolesques et des situations grotesques pour mieux nous perdre. Le coup du procès à la fin, avec le volcan, reste un terrible moment bien bordélique et pas forcément bienvenu.

Au final, L’Arche de Darwin demeure un roman en demi-teinte. Si on éprouvera du plaisir à parcourir certains moments assez drôles, on restera tout de même sur une aventure ubuesque qui aura du mal à nous embarquer. Souvent bordélique, parfois difficile à lire en empruntant un vocabulaire sophistiqué et de longues phrases, ce roman d’aventures reste une petite déception, car trop long et souvent complexe pour pas grand-chose. Ajoutons à cela un manque d’émotion et d’empathie pour les personnages, et la coupe est pleine…

Note : 10/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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