mars 3, 2024

Ma

De : Tate Taylor

Avec Octavia Spencer, Diana Silvers, Juliette Lewis, McKaley Miller

Année : 2019

Pays : Etats-Unis

Genre : Thriller, Horreur

Résumé :

Sue Ann, une femme solitaire vit dans une petite ville de l’Ohio. Un jour, une adolescente ayant récemment emménagé, lui demande d’acheter de l’alcool pour elle et ses amis ; Sue Ann y voit la possibilité de se faire de nouveaux amis plus jeunes qu’elle. Elle propose aux adolescents de traîner et de boire en sûreté dans le sous-sol aménagé de sa maison. Mais Sue Ann a quelques règles : ne pas blasphémer, l’adolescent qui conduit doit rester sobre, ne jamais monter dans sa maison et l’appeler MA. Mais l’hospitalité de MA commence à virer à l’obsession. Le sous-sol qui au début était pour les adolescents l’endroit rêvé pour faire la fête va devenir le pire endroit sur terre.

Avis :

Voilà une drôle de carrière que celle de Tate Taylor. Quittant son Mississippi natal pour s’aventurer sur les terres hollywoodiennes, il va commencer sa carrière comme acteur de seconde zone avant de rencontrer Octavia Spencer et d’entamer une belle relation d’amitié. Il s’essaye alors à la réalisation, tout d’abord avec un court-métrage mettant en scène Octavia Spencer mais aussi Melissa McCarthy, puis se dirige vers un premier long, une comédie à l’humour grinçant, avec toujours ces mêmes actrices. Très rapidement, il monte alors en grade, puis propose La Couleur des Sentiments avec un casting de dingue, et s’attaque au biopic avec Get on Up. Jusque-là, les critiques étaient plutôt clémentes avec le réalisateur et c’est avec un certain étonnement que l’on va voir une sorte de descente en enfer. En effet, après La Fille du Train (plutôt sympathique), Tate Taylor propose alors Ma, et depuis, c’est la curée.

Ecrit par Scotty Landes (Workaholics) qui évoque un souvenir de lycée où un adulte avait invité plein de jeunes à faire la fête dans sa cave, Ma va être un thriller horrifique qui ne va jamais plus loin que son postulat de base. Ici, on va donc suivre une femme solitaire qui invite des lycéens chez elle pour faire la fête, sous couvert de les protéger de la police et de prendre le volant alcoolisé. Mais bien évidemment, Ma est une femme dérangée, qui va vite devenir envahissante via les réseaux sociaux, et qui cache un lourd passif. Le film va alors constamment jouer sur la dualité de son personnage et cette volonté de se rapprocher des jeunes, tout en jouant un double jeu avec leurs parents. A l’aide de flashbacks, on apprendra un peu plus de choses sur le personnage.

« D’autant plus que Tate Taylor se repose gentiment sur ses lauriers avec une mise en scène grise et terne qui n’apporte rien au film. »

Et les raisons qui la pousse à faire chanter les parents, tout en menaçant insidieusement leur marmaille. Le film propose un personnage détestable dès le début, dont on ne peut que se méfier. Une femme plutôt méchante, qui n’aime personne et qui joue un rôle dans la vraie vie. On pourrait alors croire que le film va s’amuser à nous balader entre des rapports de force tendus et des mensonges qui fonctionnent, mais rien ne va vraiment être fait. Bien au contraire, on va assister à ce que l’on appelle un spectacle de feignasse. C’est-à-dire que le film se repose essentiellement sur le jeu d’Octavia Spencer, qui va faire les gros yeux, et qui n’arrive jamais à instaurer une inquiétante double-vie. Pas même lorsque son rôle de mère est abordé, ou encore sur une fin abrupte qui arrive comme un cheveu sur la soupe.

D’autant plus que Tate Taylor se repose gentiment sur ses lauriers avec une mise en scène grise et terne qui n’apporte rien au film. On a beau lire des commentaires de l’équipe technique pour reproduire une cave un peu bric-à-brac ou une maison ennuyante qui pousse la jeune adolescente principale à fuir celle-ci pour faire la fête, on sent que tout a été fait à la va-vite. D’ailleurs, le film n’est même pas beau à voir, et aucune scène ne reste en tête, pas même le final qui se veut flamboyant. Pire, on s’aperçoit que certains éléments du décor ne servent à rien, comme par exemple cette cage pour enfermer la fille de Ma à l’étage. On ne comprend pas vraiment son utilité et elle n’apporte rien à l’intrigue ou à la relation mère/fille qui ressemble à du dominé/dominant. C’est assez triste à voir.

« Le fait de rajouter des flashbacks pour expliquer les raisons de Ma aurait pu être une bonne idée, mais on reste dans un truc linéaire et sans âme. »

Et si le personnage de Ma est insupportable mais essaye de ressembler à n’importe quel voisin qui nous inspire peu confiance, il en va de même avec les adolescents qui sont tous des têtes à claques. De la jolie blonde qui se pense autorisée à dire tout ce qu’elle pense à tout le monde, au jeune premier qui drague ouvertement l’héroïne dans l’espoir de tirer un coup, on reste sur des clichés sur pattes sans intérêt et sans aucune empathie. Même les parent sont agaçants, de cette mère de famille cool au départ, mais qui découvre les sorties de sa fille (Juliette Lewis), à ce père beau gosse qui va vite voir les manipulations de Ma (Luke Evans). Non seulement ils n’ont pas de consistance, mais en plus, ils se payent le luxe d’être des têtes à claque sans aucun intérêt.

Le fait de rajouter des flashbacks pour expliquer les raisons de Ma aurait pu être une bonne idée, mais on reste dans un truc linéaire et sans âme. On veut nous montrer que le harcèlement amène à des comportements dangereux par la suite, et qu’un jour ou l’autre, on finit par le payer, mais ça reste téléphoné, voire même pénible. Il reste alors le dernier quart d’heure, où Ma pète un câble, piège les gosses dans sa cave et s’amuse à quelques tortures. Tate Taylor joue alors avec un aspect gore inattendu, mais qui met bien trop de temps à venir. C’est dommage, car le premier meurtre est complètement inattendu et percutant, ce qui ne sera pas le cas du reste. En ce sens, on ne peut que regretter de voir la direction prise pour raconter cette histoire, qui se veut à destination des ados, alors qu’un ton plus mature aurait été plus judicieux.

Au final, Ma est un thriller horrifique insipide. Tate Taylor n’arrive jamais à donner une aura inquiétante à son film, tombant dans le piège du long-métrage à destination des adolescents pour leur dire de se méfier de certains adultes et des erreurs de leurs parents. Un pamphlet puant et sans aucun intérêt, qui trouve ici sa quintessence dans les gros yeux d’Octavia Spencer qui tente de surnager dans ce mauvais film, pour un rôle qu’elle aurait pu largement éviter. Bref, un mauvais film qui annonce peut-être le déclin du réalisateur avec une succession de mauvais choix par la suite.

Note : 06/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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