novembre 30, 2022

Emily the Criminal – Survie à la Carte

De : John Patton Ford

Avec Aubrey Plaza, Theo Rossi, Jonathan Avigdori, Kim Yarbrough

Année : 2022

Pays : Etats-Unis

Genre : Thriller

Résumé :

La chance en berne et crou­lant sous les dettes, Emi­ly en est réduite à inté­grer un réseau d’arnaqueurs à la carte de cré­dit et plonge peu à peu dans le milieu cri­mi­nel de Los Angeles, non sans consé­quences.

Avis :

Scénariste américain, comme beaucoup d’autres sur ce festival de Deauville, John Patton Ford est passé par l’America Film Institute duquel il sort avec une maîtrise en réalisation. Son film de fin d’études est même présenté à Sundance en 2010. Depuis, John Patton Ford avait quelque peu lâché la réalisation et s’est lancé dans l’écriture, écrivant notamment pour Disney, Universal ou encore Sony. 2014, il écrit même un scénario (« Rothchild« ) qui entre dans la liste noire d’Hollywood des scripts inadaptables.

Douze ans après son seul court-métrage, John Patton Ford se lance dans la réalisation en format long-métrage de l’un de ses scénarios, « Emily the criminal« . Pour ce premier essai, le réalisateur nous entraîne dans une plongée en plein cœur des arnaques à la carte bleue. Bien ficelé et prenant, « Emily the criminal » se pose alors comme bon petit drame, car John Patton Ford arrive à autant tenir son histoire qu’à présenter ses personnages, et derrière ça, à livrer un film qui aborde la seconde chance et le système américain. Bref, une bien bonne surprise.

Emily, la trentaine, est débrouillarde et travailleuse, mais ce n’est jamais assez et elle a bien du mal avec ces petits boulots à rembourser la dette de son prêt étudiant. Emily voudrait bien obtenir un vrai travail qui paye mieux, mais à chaque entretien, son casier judiciaire lui renvient en pleine figure. Un jour, un collègue lui donne un contact qui pourrait bien lui arrondir les fins de mois. Dès lors, Emily plonge dans un monde qui lui est inconnu, l’arnaque à la carte bancaire, et cette plongée ne se fera pas sans conséquences.

« A travers l’histoire du personnage d’Emily, ou encore celui de Youcef, le cinéaste aborde la deuxième chance. »

Dernier film en compétition à se présenter face au jury du festival de Deauville, « Emily the criminal » est un film qui va savoir se faire étonnant, et bien plus intéressant que son titré ne le présentait. Avec son premier film, John Patton Ford nous entraîne donc auprès d’une jeune femme qui essaie comme elle peut de se débrouiller dans la vie. Une jeune femme au passé assez lourd (et qui restera assez flou volontairement pendant tout le film), une jeune femme qui a du tempérament et surtout l’envie de s’en sortir. Très vite, John Patton Ford pose son personnage et le contexte, et très vite encore, il nous fait arriver au cœur de son film, qui comme je le disais plus haut, abordera l’arnaque à la carte bancaire.

Le scénario de « Emily the criminal » est bien construit, même si on lui relèvera quelques incohérences assez flagrantes (notamment un coup de téléphone à un ami…), mais derrière ces petits défauts, John Patton Ford livre une intrigue qui sait où est-ce qu’elle va, et qui dans ses profondeurs, entre son drame et son côté film à suspense (si l’on peut dire), il se cache aussi une critique de la société américaine. A travers l’histoire du personnage d’Emily, ou encore celui de Youcef, le cinéaste aborde la deuxième chance, chose que les États-Unis ont tout l’air d’avoir bien du mal à accorder. Ici, le casier judiciaire de la jeune femme remonte tout le temps, et malgré l’envie de s’en sortir, il y a toujours un frein, ce qui peut d’une part, décourage, et de l’autre, accentue la pente vers l’illégalité.

Puis derrière ça, au travers des lignes et des rêves, le réalisateur aborde le précieux American Dream. Un American Dream qui n’est pas accessible par tous, et qui pour certains, ne restera qu’une légende. Et cet American Dreams évoqué apporte aussi une touche d’émotions, parce qu’il tient beaucoup de choses sur ses personnages, sur leurs envies et leurs façons de voir la vie.

« C’est Aubrey Plaza qui tient le premier rôle et la jeune actrice se fait étonnante, tenant un rôle plus dur, complexe et plus touchant qu’il n’en a l’air. »

Comme je le disais, « Emily the criminal » est un film qui est bien ficelé et ça, ça se retrouve aussi dans sa mise en scène, John Patton Ford réalisant un premier film bien rythmé, qui sait intriguer quand il le faut, ou qui sait aussi conjuguer les genres, passant du drame humain à la petite romance, ou encore au film duquel naît un joli petit suspens. On notera aussi que le film tient une bonne ambiance, avec notamment une belle lumière qui s’adapte bien aux environnements que « Emily the criminal » traverse.

C’est Aubrey Plaza qui tient le premier rôle et la jeune actrice qu’on connaît de la série « Legion« , se fait étonnante, tenant un rôle plus dur, complexe et plus touchant qu’il n’en a l’air. Elle met une telle envie de s’en sortir dans l’attitude de son personnage, qu’elle en est vraiment touchante et excellente à suivre. Si on peut reprocher de ne pas avoir beaucoup de personnages à suivre, l’histoire met à ses côtés Youcef, qui va être incarné par Theo Rossi et pour ceux qui comme moi, n’ont pas encore regardé « Sons of Anarchy« , le comédien est belle découverte, qui tient lui aussi un personnage assez touchant.

Ainsi, « Emily the criminal« , premier film réalisé par John Patton Ford, se pose comme la bonne surprise de cette fin de festival. Arrivant à conjuguer une intrigue qui sait nous tenir, avec une intrigue qui se pose plus profonde et critique qu’elle en a l’air au premier abord, John Patton Ford livre un bon film, qui signe une belle ouverture de carrière en tant que metteur en scène. Et après ce premier film, je reste curieux d’un prochain film maintenant.

Note : 14,5/20

Par Cinéted

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