mai 28, 2024

EO

De : Jerzy Skolimowski

Avec Sandra Drzymalska, Isabelle Huppert, Lorenzo Zurzolo, Mateusz Kosciukiewicz

Année : 2022

Pays : Pologne, Italie

Genre : Drame

Résumé :

Le monde est un lieu mystérieux, surtout vu à travers les yeux d’un animal. Sur son chemin, EO, un âne gris aux yeux mélancoliques, rencontre des gens bien et d’autres mauvais et fait l’expérience de la joie et de la peine, mais jamais, à aucun instant, il ne perd son innocence.

Avis :

Acteur, scénariste et réalisateur polonais, Jerzy Skolimowski est une légende vivante, qui a largement participé au renouveau du cinéma polonais dans les années 60. Réalisateur d’une vingtaine de films, Jerzy Skolimowski a touché à bien des genres et il s’est exporté dans bien des pays pour réaliser ses films. Après un trou de dix-sept ans sans réaliser entre 1991 et 2008, Jerzy Skolimowski reprend du poil de la bête et se lance dans quelques films au cours de la dernière décennie.

Sept ans après « 11 minutes« , Jerzy Skolimowski est de retour avec « EO« , un projet pour le moins énigmatique, mais loin d’être dénué d’intérêt, enfin, du moins, sur le papier.

Suivant le parcours d’un âne nommé EO, le réalisateur tisse une odyssée étrange à la première personne. Si au travers de ce parcours qui va être fait de rencontres qui vont très largement pointer l’infamie de l’être humain « EO » avait de quoi se faire intéressant, d’autant plus que techniquement parlant le film est assez incroyable, malgré tout ça, le nouveau film du réalisateur va se poser comme une sacrée belle déception. Plus démonstratif qu’autre chose, cette errance « ânesque » est lourde et derrière ça, on a bien du mal à lui trouver un sens. Encensé par la presse et une grande partie du public, pour ma part, « EO » fut un vrai calvaire.

EO est un âne qui travaille dans un cirque en faisant des numéros avec sa maîtresse qui l’aime. Mais sa vie va prendre un autre tournant lorsque des militants animalistes s’occupent à la participation d’animaux dans des numéros de cirque. EO est alors retiré à ses propriétaires et amené dans une écurie pour chevaux. Commence alors pour le petit âne un parcours et une vie où il ne va cesser de changer de propriétaire et faire des rencontres qui vont être tour à tour bonnes ou mauvaises…

Le monde vu au travers les yeux d’un âne. Comme ça, je dois bien avouer que le nouveau de Jerzy Skolimowski a de quoi piquer la curiosité et l’on se dit même qu’à quatre-vingt-quatre ans, c’est assez fou l’audace et l’envie de cinéma que peut encore avoir le metteur en scène polonais. Puis derrière ça, visuellement parlant, « EO » est une œuvre assez folle, étant bourrée d’idées de mise en scène. On pourrait même pousser le curseur un peu plus loin en appuyant sur le fait que le film est grandiose et qu’il tient en son cœur plus d’une séquence incroyable. L’errance de l’âne dans la forêt, avec cette photographie rouge vif est techniquement parlant et esthétiquement parlant magnifique.

Le film tient aussi beaucoup de séquences où Jerzy Skolimowski filme à la première personne, nous donnant réellement l’occasion de voir le monde à hauteur d’âne. Enfin, toujours du côté de ses bons points, « EO » foisonne d’idées de montage qui lui confèrent une ambiance et un cachet qu’on ne voit quasi jamais et ne serait-ce que pour tout ça, malgré la déception, l’incompréhension et l’ennui finalement, il y a une partie de moi qui ne regrette pas de m’être arrêté sur « EO« .

Mais c’est vraiment une toute petite partie, car pour la plus grande partie de moi, « EO » s’est imposé comme une séance de cinéma parfaitement insupportable. Une séance de cinéma qui malgré toutes ses idées de mise en scène qui m’ont intéressées, « EO » s’est surtout posé comme une errance démonstrative au possible, que j’ai trouvé assez prétentieuse et surtout derrière ça, elle m’a laissé totalement sur le carreau, ne sachant pas vraiment de quoi le réalisateur voulait parler au travers du parcours de son âne.

Alors bien sûr, il y a une critique de l’être humain, qui pour beaucoup de ses personnages (enfin, si on peut appeler ça des personnages) sont horribles, maltraitant l’animal à longueur de film. Un animal qui, comme son synopsis officiel l’indique, ne perdra jamais son innocence, pardonnant automatiquement à ses bourreaux. Avec cet axe en tête, « EO » se devait alors d’être touchant, et pourtant, il n’en sera rien. Finalement, l’âne en question passe de « personnages » en « personnages », et le scénario qui est censé joindre ce parcours et finalement nous toucher n’existe pas. Bien souvent, d’ailleurs, on se demande comment et pourquoi l’âne arrive à tel ou tel endroit, ou fait telle ou telle rencontre. Et plus souvent encore, lorsque le film s’aventure du côté des hommes, on ne comprend rien aux personnages, ce qui peut leur arriver pour qu’ils arrivent à se séparer de l’âne en question.

Franchement, entre le routier, le tueur de renard, ou Isabelle Huppert qui vient pour casser des assiettes, on se sent totalement perdu, et avec ça, « EO » finit par s’imposer comme un film qui est finalement démonstratif et prétentieux. Pour caricaturer mon ressenti, « EO« , c’est Jerzy Skolimowski qui nous dit « regardez comment je sais bien filmer, comment je vais offrir une errance animale… Puis regardez comment je sais me mettre à la place d’un animal pour mettre en avant l’horreur de l’être humain… »

Vous l’aurez compris, pour ma part, je suis totalement passé à côté de cette histoire et ce film, même si en contradiction de ce que j’évoque plus haut, il est vrai que le côté démonstratif, et les idées de mise en scène sont bien les seules choses qui m’auront intéressé dans ce film. Or, l’esthétisme et la technique ne font pas tout un film, et du point de vue de ce qui nous est raconté, « EO » est vide, absolument pas intéressant et encore moins touchant. Bref, cette séance de cinéma fut un calvaire.

Note : 06/20

Par Cinéted

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