juin 13, 2024

God is an Astronaut – Ghost Tapes #10

Avis :

Le cinéma imprègne totalement tout médium culturel, de près comme de loin. Outre les adaptations de romans, BD et comics au cinéma, (l’inverse est aussi vrai, même s’il est plus rare), la musique s’inspire aussi du septième art, que ce soit pour écrire des paroles, trouver une ambiance, ou encore définir son nom de groupe. Officiant dans un Post-Rock étrange et protéiforme, le nom de God is an Astronaut provient d’une célèbre phrase dite dans le film d’horreur Cabal de Clive Barker. Pour autant, il n’y a pas vraiment d’horreur dans l’atmosphère recherchée par le groupe, qui tend à des mélodies pêchues, avec une ambiance délétère et mélancolique en fond. Ghost Tapes #10 est le neuvième album de la formation irlandaise et il cristallise tout ce qu’est le groupe, à savoir un Post-Rock instrumental, qui joue à la fois sur la technique et sur l’ambiance.

Néanmoins, on peut remarquer depuis l’album précédent une envie d’aller plus vers quelque chose de rugueux, voire de métal. Adrift, qui débute l’album, est à l’image de cette volonté, tout en gardant en tête la construction nébuleuse du groupe. Durant près de sept minutes, on retrouve tout ce que le groupe affectionne, avec des moments nerveux et des passages plus aériens, plus éthérés. Ce qui est un peu étrange, dans la confection même de l’album, c’est que ce gros morceau, le plus long et complexe de l’effort, arrive dès le démarrage. Il aurait été plus malin de la poser au milieu, comme une rupture entre une première partie plus pêchue, et une seconde partie plus douce, qui laisse place aux émotions. Car clairement, Ghost Tapes #10 joue sur deux tableaux, deux parties distinctes.

Burial et ses six minutes suivent le même trajet que le morceau précédent. Le début est plus timide, plus doux, mais on va constater une montée crescendo vers quelque chose de plus puissant et qui va nous prendre petit à petit. C’est fait avec une dextérité maline, et on ne ressent aucun ennui. Et c’est le plus dur dans le monde de l’instrumental, réussir à raconter une histoire sans parole, tenant son auditoire avec simplement de la mélodie et des ruptures adéquates. In Flux viendra confirmer tout cela. Prenant le même schéma structurel que le titre précédent, on retrouve toute la quintessence de la formation irlandaise. Quant à Spectres, on aura droit au morceau le plus « énervé » de la galette. Le groupe réduit alors sa plage pour aller vers quelque chose de plus percutant et de plus efficace.

C’est après ce morceau très réussi que la bande de Wicklow va s’assagir un petit peu, ou tout du moins va aller vers quelque chose de plus émotionnel, de plus calme. Fade porte très bien son nom, puisqu’on aura un sentiment de « dépression » à l’écoute. Il y a, en fond sonore, une sorte de mélancolie qui vient se mêler à une ligne de basse prégnante et envoûtante. Et même lorsque l’on aura des velléités plus fortes, on aura toujours ce sentiment mélancolique qui nous collera à la peau. Mais c’est vraiment avec Barren Trees que le groupe viendra déclencher des éléments plus profonds en nous. Jouant de sa gymnastique entre Rock, Post et Gaze, God is an Astronaut fourmille d’idées et donne un titre aérien et d’une rare douceur. Il fera d’ailleurs de même avec Luminous Waves qui clôture l’album de façon douce et tendre.

C’est donc une structure en deux temps qui baigne l’album. Un démarrage puissant, qui va laisser peu à peu place à la mélancolie, la nostalgie, la douceur et l’introspection. Le groupe des frères Kinsella manie bien son art et prouve, si besoin l’en est, tout son talent. Mais il y a un petit mais. En effet, dans ce neuvième album (que le groupe nomme dixième car il y a eu un EP entre) il manque un véritable morceau qui rentre bien en tête et qui n’en sort pas. God is an Astronaut mise beaucoup sur la technique et les émotions, mais rien n’est vraiment catchy ou entêtant. Parfois, la technique prend le dessus au détriment d’une efficacité plus populaire, et c’est un peu dommage. Mais bon, on chipote un petit peu, car sur l’ensemble, c’est une belle réussite.

Au final, Ghost Tapes #10, le dernier album en date de God is an Astronaut, est un bel effort qui est dans la continuité du précédent effort du groupe. Jouant constamment sur un Post-Rock qui se durcit un peu, la formation va petit à petit aller decrescendo pour mieux nous toucher sur la fin. Un choix intéressant et plutôt malin, qui demande aux auditeurs un petit engagement pour pleinement en profiter. Bref, une réussite, à laquelle il ne manque pas grand-chose pour devenir un immanquable du genre.

  • Adrift
  • Burial
  • In Flux
  • Spectres
  • Fade
  • Barren Trees
  • Luminous Waves

Note : 15/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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