novembre 26, 2022

Bienvenue à Gattaca

Titre Original : Gattaca

De : Andrew Niccol

Avec Ethan Hawke, Uma Thurman, Jude Law, Loren Dean

Année : 1998

Pays : Etats-Unis

Genre : Science-Fiction

Résumé :

Dans un monde parfait, Gattaca est un centre d’études et de recherches spatiales pour des jeunes gens au patrimoine génétique impeccable. Jérôme, candidat idéal, voit sa vie détruite par un accident tandis que Vincent, enfant naturel, rêve de partir pour l’espace. Chacun des deux va permettre à l’autre d’obtenir ce qu’il souhaite en déjouant les lois de Gattaca.

Avis :

Il est compliqué de dire à quel point un film est intemporel, surtout quand ce dernier parle de science-fiction, et que le temps avance, irrémédiablement. On a bien vu que les films de SF des années 80 n’ont pas toujours vu juste sur notre futur, et il en est de même avec les films des années 90. Pour autant, certains scientifiques ont cru bon de juger certains longs-métrages plus ou moins crédibles dans un futur plus ou moins proche. Par exemple, le film le plus éloigné de la réalité serait Armageddon de Michael Bay. Mais le film le plus plausible reste Bienvenue à Gattaca et ses manipulations génétiques. Premier film pour le néo-zélandais Andrew Niccol, on fait face ici à une histoire de génome, où la population peut maintenant faire des bébés éprouvettes avec des gènes choisis pour éviter toute maladie. Et assurer un avenir radieux à sa progéniture.

Et c’est directement dans un contexte un peu froid que l’on rentre dans ce film. On y retrouve des hommes et des femmes qui bossent pour une société qui programme des vols spatiaux, et chacun doit se faire scanner le doigt pour pouvoir entrer dans leur bureau. Ou plutôt leur open space, puisque Gattaca n’est fait que de grandes pièces austères remplies de bureaux. Bref, on va rapidement découvrir un monde à part, où chacun doit rester bien à sa place, et surtout, chacun doit avoir une conduite parfaite. Un univers rigide, où la couleur n’a d’ailleurs pas sa place, le film jouant le jeu jusqu’au bout avec des teintes ternes et une photographie délavée. Andrew Niccol peaufine donc son ambiance pour mieux dénoncer une lutte de classes et une sorte de dictature qui s’installe entre personnes au génome parfait et ceux qui sont venus au monde de façon naturelle.

Sur le fond, Bienvenue à Gattaca se rapproche clairement de notre société, où la différence entre riche et pauvre se trouve remplacée par la différence entre bien né et mal né. C’est dans ce contexte qu’Andrew Niccol va se concentrer sur un personnage en particulier, à savoir Vincent Freeman, qui est né de façon naturelle, mais dont l’espérance de vie ne dépasse pas les trente ans à cause d’un cœur fragile. Après son introduction, le film laisse toute la place au personnage qui va nous raconter son histoire en voix-off, et la naissance de son petit frère, qui va être lui parfait sous toutes les coutures. Une rivalité fraternelle va alors naître, jusqu’au départ de Vincent qui rêve de partir dans les étoiles, mais en a marre de vivre dans l’ombre de son frère. Cette guerre entre frères va alors laisser la place à un thriller intrigant.

Car Bienvenue à Gattaca ne sera pas seulement un film d’anticipation, mais aussi une enquête au sein de cette entreprise lisse où rien ne dépasse. Un meurtre est alors commis, et deux enquêteurs vont devoir faire des recherches pour trouver le criminel. Vincent se sent en danger, mais sa magouille avec Jérôme va lui permettre de passer entre les mailles du filet, tout en fuyant pour vivre son rêve, partir sur Titan, l’un des satellites de Saturne. On va avoir droit à tous les atours du thriller typique, avec une fuite, des soupçons et des policiers qui se rapprochent de plus en plus de leur cible. Cependant, si cette partie ajoute du suspens à l’ensemble, elle va aussi resserrer les liens entre notre héros et Irene, une jeune femme dont il s’éprend. Et cette relation amoureuse va permettre au film de tisser de nouveaux sujets.

Des sujets aussi importants que les sentiments dans un monde factice où tout le monde est parfait. Mais aussi et surtout le fait que la part de mystère qui réside en nous fait notre charme et que nos imperfections font notre charme. Ainsi, Irene croit que Vincent est un homme parfait au génome idéal, mais elle va vite avoir des doutes. Lorsqu’elle découvre la vérité, Bienvenue à Gattaca se mute alors en une romance perturbée, qui va montrer que les sentiments sont plus forts que les apparences. De même, sur la séquence finale, Andrew Niccol va bien nous montrer à quel point les apparences ne sont que factices et que l’Homme ne peut pas tout contrôler, pas même le génome face à la volonté d’un homme. Car tout fragile qu’il peut l’être, Vincent montre que sa force réside dans son abnégation et son envie de partir dans l’espace.

Et que serait ce film sans ces acteurs. Ethan Hawke joue à la perfection cette homme qui veut dépasser son statut et démontrer que même sans un génome exceptionnel, il peut faire mieux que tous ces bébés éprouvettes. Uma Thurman lui donne alors la bonne réponse, en jouant de manière sobre, avant de se découvrir dans les toutes dernières scènes, acceptant dès lors les imperfections de son partenaire. Jude Law, pour son premier film américain, tient la dragée haute à tout le monde, en campant cet homme torturé, qui vit à travers Vincent, qu’il prend pour un avatar. Même les personnages secondaires sont forts, à l’image de Xander Berkeley dans le rôle de ce médecin qui se doute de quelque chose, mais qui préfère se taire afin de donner une chance à Vincent. Tout ce petit monde est parfait à sa place.

Au final, Bienvenue à Gattaca est de ces films où le temps n’a pas vraiment d’emprise. Film d’anticipation qui peut faire froid dans le dos avec sa vision d’un monde futuriste plausible et maîtrisé, Andrew Niccol injecte aussi de la romance et du thriller pour en faire un long-métrage complet et plein. Si les acteurs sont bons, c’est parce que leurs personnages sont bien écrits et ils sont empathiques. Sans jamais sombrer dans la démonstration ou le trop-plein, le réalisateur livre un premier film à la maîtrise impressionnante et à la narration implacable. Petite pépite intemporelle.

Note : 17/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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