novembre 26, 2022

Savulun Battal Gazi Geliyor

De : Natuk Baytan

Avec Cüneyt Arkin, Zuhal Aktan, Birsen Ayda, Altinser Ilgaz

Année : 1973

Pays : Turquie

Genre : Historique, Action, Guerre

Résumé :

Dans ce 3e volet des aventures du guerrier Battal Gazi, notre héros doit sauver son père des griffes de salopards chrétiens, et laver l’honneur de sa sœur en achevant ses bourreaux d’un bon coup dans les burnes.

Avis :

Réalisateur totalement inconnu chez nous, Natuk Baytan est pourtant une véritable machine de guerre. Cinéaste qui a exercé du début des années 60 au milieu des années 80, lorsqu’on va jeter un coup d’œil à sa filmographie, on est impressionné par la folie de son travail, l’homme ayant réalisé pas moins de quatre-vingt-deux films, dont beaucoup vont être tenus par l’icône, le culte et l’immense Cüneyt Arkin, l’Alain Delon turc qu’on ne présente plus.

L’année dernière, à la même nuit Narnarland, on avait eu le droit à la projection de « En Büyük Yumruke » et franchement, on était ressorti au bord de la crise d’épilepsie. Les organisateurs de la nuit Narnarland ont donc renouvelé l’expérience cette année, pour rendre le plus beau des hommages à Cüneyt Arkin qui est décédé cet été, et pour tout bon nanardeur, la mort de l’acteur turc est une grande perte. Il était donc impossible de ne pas passer l’un de ses films.

C’est « Savulun Battal Gazi Geliyor » qui a été choisi pour notre plus grand plaisir. Sorte de blockbuster turc totalement fauché retraçant une guerre entre musulmans et chrétiens, « Savulun Battal Gazi Geliyor » est un petit menu maxi best of à lui tout seul. Au programme : crise de rire sur crise de rire, et le tout, s’il vous plaît, avec une restauration des plus étonnantes, nous offrant (si l’on peut dire) un film visuellement superbe.

Turquie, Battal Gazi fut un grand chef, et aujourd’hui se faisant vieux, il passe la révèle à son fils, Seyyti. Tout va pour le mieux dans le pays, jusqu’à ce que le Chevalier Noir, un chrétien particulièrement ambitieux et cruel, décide d’envahir une petite région de la Turquie pour y convertir les musulmans. Réunissant une armée de barbares, ces deux derniers vont de village en village et tuent, et violent sans l’ombre d’une hésitation. Le Chevalier noir va faire prisonnier Battal Gazi, et juste avant cela, pour la simple distraction, son armée va violer la fille de Battle Gazi. Seyyti, qui n’était pas au village à ce moment-là, va alors tout mettre en œuvre pour sauver son père des griffes de cet infâme chrétien.

Le personnage de Battal Gazi est une série de films dont celui-ci est le deuxième sur quatre. S’inspirant dans ses grandes lignes sur des événements réels, Cüneyt Arkin incarne donc un héros turc qui se bat pour l’ordre, la justice et accessoirement aussi la vengeance. Si l’on prend les faits sans regarder le film, les événements de « Savulun Battal Gazi Geliyor » nous propose une histoire dure. Une histoire sombre, où les meurtres, les viols et l’esclavagisme sont le maître-mot. Or, ceci, c’est sur le papier, car à la découverte de ce film turc de 1973, on est très loin de trouver une intrigue aussi sombre, malgré la grande violence dont fait preuve le film.

Pour ce film, on va se retrouver dans une histoire basique de vengeance et de sauvetage. Le sauvetage d’un père par son fils, en qui ce dernier avait placé tous ses espoirs. Du côté de son scénario, « Savulun Battal Gazi Geliyor » fait dans le très classique et n’a pas de grande surprise à offrir, tournant même en rond, avec un père qui ne va cesser d’être presque sauvé, puis recapturé. On pourrait alors se retrouver devant un navet qui n’aurait pas grand intérêt, mais on est loin de cela, car même si le film jouit d’une très belle restauration pour l’occasion, et que pour quelques scènes, il demeure bien foutu (pour l’époque et sa provenance), « Savulun Battal Gazi Geliyor » se pose bel et bien dans la catégorie des nanars absolument géniaux à regarder.

Il est même difficile de commencer par quelque chose, tant le film part dans tous les sens, et n’est que richesse de nanardise. Au programme de cette quête vengeresse, on trouvera des chrétiens très, très, très, très méchants. Des chrétiens sans foi ni loi. Pour les défier, nous n’aurons pas un Cüneyt Arkin, mais bien deux Cüneyt Arkin, puisque l’acteur incarne le père et le fils, et bien entendu, quand les deux personnages ont des scènes ensembles, les trucages valent leur petit pesant d’or. Ensuite, le film nous réserve de l’aventure et de l’action, avec des batailles qui se veulent démesurées, mais en réalité, bien souvent, on assiste à un Cüneyt Arkin qui saute un peu partout à grand renfort de trampoline, qui se bat avec tout ce qui lui tombe sous la main (épée, arc, flèches, et des acrobaties dans un tonneau pour se camoufler), et qui ira même jusqu’à faire des prises d’arts martiaux absolument ubuesques pour l’époque dans laquelle se déroule cette histoire.

On ajoutera à cela, évidemment, des décors en carton, et surtout, ô grand surtout, des costumes totalement improbables, pour ne pas dire fous. Cüneyt Arkin dans la peau du fils nous sort son plus beau costume à la Zorro, et derrière ça, on trouvera une bonne sœur maquillée comme un camion volé, des chrétiens en robe de chambre en soie, sur laquelle on a cousu une grosse croix, quant à l’armée constituée pour l’occasion de barbares, on va dire que c’est un bug, tant les costumes sont un mélange entre un cosplay d’Astérix, ou de Vikings de chez cash converter. Évidemment, le tout nous est offert avec des couleurs chatoyantes. C’est bien simple, « Savulun Battal Gazi Geliyor » ne s’arrête jamais, nous offrant toujours quelque chose d’improbable à suivre. C’est même assez fou quand on y pense, à toute cette richesse et cette générosité que le film peut offrir, et c’est bien dommage que ça ne fonctionne pas du tout, même si dans un autre sens, le fait que ça ne marche pas nous entraîne dans un nanar de très haute compétition.

Enfin, si ce film est aussi « captivant », c’est grâce à Cüneyt Arkin qui est pratiquement de toutes les scènes. L’acteur, avec son jeu imparable, est fascinant, aussi bien dans la peau du fils qui gesticule dans tous les sens, que celle du père, qui a une capacité de cicatrisation assez dingue (franchement, le mec se prend une flèche dans le dos et deux lances au niveau du torse en début de film, et il pourrait presque t’inviter pour un barbecue le soir même). On ajoutera à cela, des acteurs en roue libre totale, avec notamment Kazim Kartal qui incarne le diabolique et très lâche Chevalier noir. Le type est génial, se posant comme la caricature caricaturée du grand méchant, qui éclate de rire en permanence devant sa perfidie et son sadisme. Franchement, il ne manquait plus qu’il nous mette ses bras en l’air et tout y était. Ah oui, petit truc en plus, ce n’est pas précisé d’où les envahisseurs viennent, mais c’est assez fendard en début de film, de voir ces chrétiens parler turc comme si de rien n’était…

« Savulun Battal Gazi Geliyor » fut un grand moment de rigolade, doublé d’un spectacle assez dingue, et surtout improbable. Comment ne pas être en admiration devant Cüneyt Arkin bondissant de trampoline en trampoline, se battant à l’épée, à l’arc et au rocher pour venger l’honneur de sa défunte sœur, et accessoirement éclatant les couilles de ses adversaires (et ils y auront tous droit). Faux sang rouge flamboyant, costumes improbables, carton-pâte, fausses morts géniales, mannequins jetés des remparts, maquillages à outrance… Bref, comme je le disais plus haut, ce film, c’est un menu maxi best of à lui tout seul.

Note : 05/20

Note Nanar : 17/20

Par Cinéted

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