juillet 15, 2024

Destroyer of Light – Chamber of Horrors

Avis :

Le Doom est un sous-genre du Métal qui correspond à des critères très précis. Il faut un rythme très lent, pour ne pas dire délétère, de riffs très lourds qui résonnent comme des coups de massue, et un discours avec des thèmes sombres, voire dépressifs. Si ces codes peuvent paraître « underground », certains groupes ont pourtant permis au Doom de sortir de l’ombre, à l’instar de Candlemass ou, plus connu encore, Black Sabbath. Et de nombreux fans n’écoutent que du Doom, pas uniquement pour les paroles sinistres, mais aussi et surtout pour la technique que cela demande. Car oui, en règle générale, les morceaux de Doom durent des plombes, dépassant parfois les dix minutes. Un fait qui permet au sous-genre de rester un peu confidentiel et de rendre certains groupes encore plus intéressants, faisant des miracles avec peu de moyens. La preuve avec Destroyer of Light.

Fondé en 2012 à Austin, au Texas, le groupe va connaître un line-up assez stable, si ce n’est un petit changement de bassiste en 2017. Restant dans une distribution indépendante pour leurs trois albums (ils ont trouvé une maison de disque il y a peu chez Argonauta Records), le groupe a dû trouver des astuces pour se faire connaître, tout en restant dans une certaine confidentialité, Doom oblige. Chamber of Horrors est le deuxième album de Destroyer of Light, paru en 2017. Doté d’à peine sept titres, il faudra lui retirer deux pistes, puisque la première est une introduction et on a droit un interlude au milieu. Ce qui fait qu’il n’y a que cinq « véritables » morceaux dans l’album. Mais cela n’empêche pas le groupe de fournir une durée d’écoute qui frôle l’heure, avec de longues plages et des titres à la construction complexe.

Après Whispers in the Threshold qui pose une ambiance lourde et horrifique, le groupe propose Into the Smoke qui dépasse les huit minutes. Huit minutes que l’on ne voit pas passer, et qui rentre pleinement dans un Doom classique et presque sans surprise. Presque, car dans sa construction, le morceau offre de vrais moments de bravoure et des passages qui tabassent fort, à l’image d’un superbe solo bien gras. Du point de vue du chant, on est dans quelque chose de clair, qui ne chercher pas forcément à partir dans des trucs criés. Cependant, on retrouvera cela avec The Virgin, qui va tenter d’alterner un chant clair et quelques moments plus gutturaux, marquant alors la prise de position du tueur envers la pauvre vierge. Car oui, tous les titres s’inspirent de mythes horrifiques que l’on retrouve bien souvent dans le septième art ou la littérature gothico-horrifique.

Bref, il y a une cohérence folle entre le contenu des paroles et l’ambiance voulue par la musique, lourde, délétère et poisseuse. Le seul titre qui fera vraiment opposition à cela est Twilight Procession, l’interlude (qui dure tout de même plus de trois minutes), qui possède une aura lumineuse. Le passage est très calme, très beau, doux, à la manière d’une descente aux flambeaux d’une secte silencieuse qui s’apprête à commettre l’impensable. Et oui, même dans les morceaux les plus posés, on a toujours cette imagerie horrifique en tête, et c’est tant mieux. Luxcrusher renouera avec du pur Doom, mais on notera tout de même une sorte « d’éclaircie » dans les riffs. C’est toujours lourd, mais c’est plus rapide (tout est relatif) et cela permet de voir une autre facette du groupe. Il n’empêchera pas que Destroyer of Light lâchera quand même les vannes à la fin du titre.

Pour terminer son album, le groupe ne laissera rien tomber, et va offrir deux gros morceaux à se mettre sous les dents. Car si Prisoner of Eternity débute tout doucement, c’est pour mieux nous frapper au bout de quarante secondes. Les riffs lourds font leur retour, la rythmique reste très lente, et surtout, le chant un peu en retrait donne vraiment un côté éthéré à l’ensemble. Bref, c’est encore une fois du costaud. Mais c’est vraiment avec les dix minutes de Buried Alive que l’on peut prendre la pleine mesure du groupe, qui ne laisse rien au hasard. Puissant, construit à la seconde près, le morceau nous met une grosse mandale dans la bouche et on reste circonspect que la formation ne trouve pas de maison de disque (même si, visiblement, maintenant, c’est fait).

Au final, Chamber of Horrors, le deuxième album de Destroyer of Light, est une très belle réussite. Si l’on pourrait blâmer le groupe en lui disant qu’il fait du Doom sans jamais rien lui apporter, il le fait tellement bien que ce classicisme est tout pardonné. Et preuve que c’est du grand Doom, même les titres de plus de dix minutes restent passionnants, du début à la fin. Bref, un excellent skeud qui appelle à écouter le troisième, sorti en 2019, toujours de façon indépendante.

  • Whispers in the Threshold
  • Into the Smoke
  • The Virgin
  • Twilight Procession
  • Luxcrusher
  • Prisoner of Eternity
  • Buried Alive

Note : 17/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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