octobre 6, 2022

Tonnerre de Feu

Titre Original : Blue Thunder

De : John Badham

Avec Roy Scheider, Warren Oates, Malcolm McDowell, Candy Clark

Année : 1983

Pays : Etats-Unis

Genre : Action

Résumé :

Frank Murphy est un pilote d’hélicoptère très doué, on lui confie souvent de périlleuses missions et des machines très difficiles à piloter. Un jour, il est témoin du meurtre d’une femme et décide de mener son enquête. En parallèle, on lui demande de tester un nouvel engin dernier cri prévu pour surveiller les foules pendant les Jeux Olympiques. Au fur et à mesure de ses recherches, il comprend que l’assassinat pourrait être lié à la compétition sportive…

Avis :

Dans le milieu du septième art, il y a des réalisateurs qui ont un talent indéniable, et qui pourtant n’ont pas eu la carrière qu’il méritait. Et s’il ne faut en citer qu’un seul, ce serait John Badham. Son premier coup d’éclat, il le fait en 1977 en réalisant La Fièvre du Samedi Soir. Si la qualité du film peut se discuter, il n’en reste pas moins un long-métrage culte. Un an plus tard, le cinéaste va refaire parler de lui en proposant sa vision de Dracula. Un film plus méconnu que celui de Coppola, mais qui ne démérite pas pour autant. Par la suite, c’est à John Badham que l’on doit des films tels que WarGames, Short Circuit ou encore La Manière Forte. Bref, il s’agit-là d’un artisan honnête et dont de nombreux films restent sous-évalués. J’en veux pour preuve Tonnerre de Feu, aujourd’hui un peu trop oublié.

Sorti sur nos écrans en 1983, Tonnerre de Feu raconte l’histoire d’un pilote d’hélicoptère prodige à qui l’on confie un nouveau prototype qui doit protéger les citoyens durant les prochains jeux olympiques. Un peu tête brûlée, il découvre rapidement que derrière cet hélicoptère armé se cache un complot dans les hautes sphères politiques et qu’il risque fortement de se mettre en danger. Lui, mais aussi sa petite amie avec qui il a une relation houleuse, ou encore son nouvel équipier, un jeu premier loufoque mais gentil. C’est donc à partir de cette trame que le film va allier deux genres qui fonctionnent bien ensemble, le thriller et l’action. Typique des années 80, Tonnerre de Feu va prendre son temps pour présenter son personnage principal, ainsi que ses rivaux, avec des situations parfois cocasses, mais surtout dangereuses.

D’ailleurs, le film commence avec la rencontre entre le héros, Frank, et son nouvel acolyte, un jeune garçon qui est très excité à l’idée de survoler le ciel de Los Angeles pour traquer les malfrats. On est de suite mis dans le bain de la criminalité, avec des braqueurs de magasins, ou encore des voitures volées. On y voit l’utilité de la section du ciel, qui aide ceux au sol en aveuglant les criminels ou en donnant des indications précises sur des lieux. L’alchimie entre les deux personnages fonctionnent rapidement, notamment par la simplicité de la relation, la gentillesse qui va passer entre eux, mais aussi une passion commune pour les femmes. On reste dans les années 80, avec ce qu’il faut de remarques misogynes, mais aussi de punchlines pour rendre l’ensemble plus badass. Cependant, on va facilement pardonner ces états de fait grâce à un scénario habile.

Un scénario qui se veut complexe, mais qui reste simple dans sa résolution et dans ce qu’il veut dénoncer. Ici, on va vite comprendre que le prototype de l’hélicoptère n’est pas au point, lors d’une démonstration où civils et malfrats sont tous fusillés sans commune mesure. Pour autant, cela ne décourage absolument pas les militaires présents et les grands politiques, qui vont commander l’engin pour surveiller les J.O. Dès lors, une rivalité va se mettre en place entre Frank, qui rencontre un ancien acolyte de l’armée, un jaloux de première qui ne fait que le menacer. Là encore, pour donner plus de poids à son histoire, le film se permet quelques flashbacks, montrant les traumatismes d’un héros qui a mal vécu la guerre au Vietnam. Bref, Tonnerre de Feu distille quelques critiques acerbes sans jamais les coter vraiment, ce qui le rend assez intelligent.

C’est-à-dire que l’on voit les piques faites sur la guerre au Vietnam, mais ce n’est quasiment jamais cité, et on découvre cela qu’à travers une paire de flashbacks, dévoilant le passé du héros, mais aussi l’inutilité d’un tel conflit. Il en va de même avec la corruption qui règne au plus haut niveau. On aura droit à quelques réunions secrètes, à une démonstration qui tourne au fiasco mais qui ne choque personne, mais jamais John Badham ne va jouer la surenchère pour appuyer son propos. Le public est assez intelligent pour comprendre ce qu’il se passe. Et c’est relativement plaisant à voir, à une époque où tout est sur-expliqué dans les films.

Mais le point le plus fort avec Tonnerre de Feu réside clairement dans sa mise en scène. John Badham va fournir un film ultra dynamique, avec de nombreuses séquences se déroulant dans les airs, avec des manœuvres d’hélicoptères, mais aussi des traques et courses-poursuites. Le résultat est tout bonnement incroyable. Le cinéaste n’a aucun recours aux CGI de l’époque et il filme tout depuis le ciel, avec une aisance phénoménale. Le résultat est que l’on se croit vraiment aux côtés des hélicoptères, et on aura droit à une dernière séquence dantesque, avec un duel entre des immeubles. Le film a beau avoir bientôt quarante ans, il tient la dragée haute à bien des films d’aujourd’hui. Une preuve supplémentaire, si besoin l’en est, de montrer que John Badham est un réalisateur sous-estimé.

Alors il est évident que le film souffre parfois d’un côté un peu trop cheap dans son intrigue. Le coup des immigrés qui tentent de tuer une politique, et où l’on sous-entend qu’ils l’auraient violée, ça va un peu trop loin, et ça n’a pas vraiment d’intérêt. Comme la relation tumultueuse entre Frank et sa femme, qui ajoute une touche d’humour qui n’est pas toujours juste, notamment sur le final, anthologique, mais qui parfois vire au grand-guignol et gâche un peu la fête. Et puis il y a la dualité entre Roy Scheider et Malcolm McDowell qui parfois frise le ridicule, tant les deux hommes usent et abusent des punchlines pour se parler. Ce n’est plus du dialogue, mais un festival de piques qui parfois rend l’ensemble improbable. Mais on pardonne aisément cela en remettant le film dans son contexte et son époque.

Au final, Tonnerre de Feu est un film d’action/thriller typique des années 80. Entre un scénario qui flirte entre complot politique et critique d’un système capitaliste, une réalisation inspirée et impressionnante et des dialogues qui ne sont faits que de punchlines, John Badham trouve le cocktail gagnant. Fêtant bientôt ses quarante ans, le film n’a pas pris une ride et exploite parfaitement son potentiel de Top Gun en hélicoptère. Il est vraiment dommage que la carrière du cinéaste soit tombée en désuétude dans les années 2000, le forçant à ne faire que des épisodes de séries…

Note : 15/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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