août 10, 2022

L’Année du Requin – Sharcachon

De : Ludovic et Zoran Boukherma

Avec Marina Foïs, Kad Merad, Jean-Pascal Zadi, Christine Gautier

Année : 2022

Pays : France

Genre : Comédie

Résumé :

Maja, gendarme maritime dans les landes, voit se réaliser son pire cauchemar : prendre sa retraite anticipée ! Thierry, son mari, a déjà prévu la place de camping et le mobil home. Mais la disparition d’un vacancier met toute la côte en alerte : un requin rôde dans la baie ! Aidée de ses jeunes collègues Eugénie et Blaise, elle saute sur l’occasion pour s’offrir une dernière mission…

Avis :

Les frères Boukherma, ce sont deux frangins venus de Nouvelle-Aquitaine. Une fois sur la Capitale, ils vont faire l’école de la cité du cinéma, école tenue par Luc Besson, et c’est là qu’ils vont faire la connaissance de Hugo P. Thomas et Marielle Gautier, avec qui ils vont écrire et réaliser deux courts-métrages et un long, « Willy 1er » qui fut présenté à l’Acid à Cannes et qui sera récompensé par le Prix d’Ornano-Valenti au Festival de Deauville. Par la suite, les deux frangins vont réaliser un premier film en solo, la comédie de genre aussi délirante que sanglante, « Teddy« . Le film sort en 2021 et il fut bien reçu.

Après s’être frotté au film de loup-garou, les frangins Boukherma ont tout l’air d’être décidé à se frotter à d’autres genres que le cinéma français explore peu, pour ne pas dire jamais, car avec leur deuxième film, les Boukherma osent le film de requin en France. Continuant sur les mêmes rails que leur film précédent, « L’année du requin » est une comédie amusante, qui peu à peu va muter en film de genre, faisant une jolie place à la menace que représente le dangereux squale assoiffé de sang.

Maja est une gendarme de quarante-neuf ans qui va être à la retraite dans trois jours. Alors qu’il ne s’était jamais rien passé à La Pointe, voici que, sûrement dû au réchauffement climatique, un requin bouledogue s’est perdu près des côtes et il a déjà commencé à dîner. Pour Maja, c’est impératif, elle ne peut pas partir à la retraite avant d’avoir attrapé le squale. Cette dernière mission va peut-être être la plus dangereuse de sa paisible carrière.

Les Boukherma avaient créé la surprise avec « Teddy« , qui est une comédie noire de genre aussi déjantée que sanglante, et pour leur retour moins d’un an après, force est de constater que l’effet de surprise n’est plus. Mais cela fait-il de cette « … année du requin » un mauvais film ? Loin de là, et cette « … année de requin » se pose comme un petit film qui divertit gentiment l’espace d’une séance.

Écrit par les Boukherma, « L’année du requin » est un film inégal, qui est partagé en deux parties. La première partie présente ses personnages et cette dernière est plus orientée comédie, et c’est cette partie-là qui est la plus faiblarde. Si les deux frères mettent bien leur menace en place, le ton comique que le film tient a dû à mal matcher et s’imposer. Certes, il y a quelques moments qui vont faire sourire, mais c’est vrai que ce côté-là apparaît parfois lourd et peut faire craindre le pire pour la suite.

Heureusement, les Boukherma vont peu à peu faire muter leur film, pour aller vers quelque chose de toujours décalé, mais avec un sérieux dans son fil rouge, qui fait que cette « … année du requin » nous accroche bien plus. Le film devient sombre, et derrière cette attaque improbable de requin en Nouvelle-Aquitaine, les frères en profitent pour aborder tout un tas de bons sujets au sein de leur histoire, et distiller de petits clins d’œil (et pics) à droite et à gauche (Clin d’œil aux « … dents de la mer » et pic autour du Covid ou des Parisiens ou même des complotistes). Puis, bien sûr, au-delà de ça, il y a la chasse de ce requin qui gagne du terrain.

Alors c’est vrai qu’on est loin d’un « Les dents de la mer« , mais on est aussi très loin des parodies débiles dans lesquelles le film de requin sombre ces dernières années. Les Boukherma, avec peu de moyens, livrent un film assez étonnant, et surtout un film dans lequel on se laisse embarquer (enfin, si toutefois on veut bien s’y laisser embarquer, car il faut voir les seaux de merde que les deux frères, sous couvert que le cinéma français c’est de la merde, se prennent sur la tronche, avant même que le film soit sorti, dans un sens, courage à eux) dans cette traque pour libérer La Pointe de cette menace. Dans cette dernière partie, sûrement faute de budget, cette traque est assez vite expédiée, même si à contre sens, il faut aussi souligner que le peu qui est montré est bien fait.

Du côté de la mise en scène des Boukherma, « L’année du requin » a de quoi plaire, avec un film qui est riche en idées. Les deux frères utilisent beaucoup des visions du requin pour créer la menace, ce qui donne un joli ton à leur film. Tout comme ils s’amusent avec les clichés des codes du film de requin. On appréciera le petit côté horrifique que développe le film, et même si ce n’est pas incroyable, et qu’on ne restera pas accroché à notre fauteuil, c’est suffisamment bien fait pour nous tenir avec intérêt, intrigue et amusement. À noter aussi la très bonne BO d’Amaury Chabauby qui habille le film. Le compositeur arrive bien à jouer sur le côté comique du film et le côté tendu, voire angoissant quand l’action le demande.

Après, tout n’est pas incroyable, si l’humour fonctionne, notamment dans la deuxième partie du film, où il est plus maîtrisé, la première partie, comme je le disais a du mal à se mettre en place. Le film a une tendance à l’expédition, en passant par-dessus pas mal de choses de manière rapide.

Du côté de ses acteurs, la première chose qu’on peut dire, c’est que décidément, cet été 2022 est celui de Marina Foïs, car après le chouette « En Roue libre » et l’excellentissime « As Bestas » où elle mérite toutes les récompenses, dans cette « … année du requin« , c’est qu’elle qui s’en sort le mieux. On peut même dire qu’elle tient le film toute seule, dans la peau de cette gendarme qui veut absolument mettre la main sur ce requin avant qu’il ne soit trop tard. Pour le reste, on mentionnera Christine Gauthier qui après « Teddy » retrouve les Boukherma pour un rôle décalé qui tient très bien. Par contre, on sera déçu d’un Kad Merad fatigué, dont le personnage ne sert finalement pas à grand-chose. Et Jean-Pascal Zadi, s’il est sympathique et amusant, dénote face à une Marina Foïs qui déborde de talent et d’assurance.

Moins fort et surprenant que « Teddy« , cette « … année du requin » demeure toutefois une petite comédie de genre qui sait divertir, amuser et même intriguer. Les frères Boukherma osent des choses nouvelles dans le paysage du cinéma français, et si parfois ça ne fonctionne pas toujours, ici la comédie en début de film, qui apparaît avec un trait un peu lourd, il faut toutefois remarquer l’audace des deux frères, surtout quand on additionne les qualités et les défauts, l’ensemble ressort comme un sympathique petit film qui ne mérite pas le sort qui va lui être à tous les coups réservé.

Note : 13,5/20

Par Cinéted

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