juin 29, 2022

Je Tremble, Ô Matador – Amour et Résistance sous Pinochet

Titre Original : Tengo Miedo Torero

De : Rodrigo Sepulveda

Avec Alfredo Castro, Leonardo Ortizgris, Julieta Zylberberg, Amparo Noguera

Année : 2022

Pays : Chili, Argentine, Mexique

Genre : Drame

Résumé :

Chili, 1986, en pleine dictature de Pinochet. Par amour pour un révolutionnaire idéaliste qu’il vient de rencontrer, un travesti sur le déclin accepte de cacher des documents secrets chez lui. Ils s’engagent tous deux dans une opération clandestine à haut risque.

Avis :

Rodrigo Sepúlveda est un cinéaste chilien né en 1959. Rodrigo Sepúlveda oscille entre cinéma et télévision et commence sa carrière au début des années 90, réalisant quelques épisodes de la série « Jaguar Yu« . Lorsqu’on regarde la carrière riche du metteur en scène, on se rend vite compte que chez nous, Rodrigo Sepúlveda reste très confidentiel, pour ne pas dire totalement inconnu, car « Je tremble ô Matador » a tout l’air d’être le premier film, après trente ans de carrière, à trouver le chemin de nos salles de cinéma.

« Je tremble ô Matador » est un film intéressant et compliqué à la fois, car son sujet est si difficile, qu’il a fallu que Rodrigo Sepúlveda joue en quelque sorte les funambules, afin de trouver le bon équilibre entre le film politique, puisque cette histoire se passe pendant les sombres années Pinochet, et le film romantique, avec cette histoire d’un vieux travesti qui s’éprend d’un jeune guérillero. Joli et touchant, profond, riche, et même sous tension, « Je tremble ô Matador » est un film intéressant qui, s’il faut bien le dire, ne marquera pas notre année de cinéma, a le mérite de nous faire passer un bon moment, avec une intrigue pas comme les autres. Puis derrière ça, il nous fait aussi passer un bon moment grâce à son duo d’acteurs bourrés de talent et de charme.

Chili, 1986, Augusto Pinochet est au pouvoir. De partout, la résistance s’organise depuis des années. La Loca est un vieux travesti en fin de carrière. Un soir, alors qu’il fuit une descente de police dans un club clandestin pour travesti et autres tafioles, comme ils se font appeler malgré eux, il est sauvé de justesse par Carlos, un beau jeune homme plein d’idéal. Carlos fait partie de la résistance, et il est bien décidé à tout faire pour faire tomber le dictateur Pinochet. La Loca s’éprend de ce jeune guérillero, et par amour, elle accepte de cacher chez elle des livres, et avec cet acte, La Loca entre en résistance…

Entre romantisme et politique, Rodrigo Sepúlveda n’a pas choisi pour son nouveau film et il s’est donc lancé dans un film qui mélangera les deux, pour dresser le très beau portrait d’un personnage, autant que d’une époque.

Adapté d’un roman de Pedro Lemebel (c’est d’ailleurs le seul roman que l’homme ait écrit), « Je tremble ô Matador » est un joli film. L’un de ces films qui, s’il est vrai qu’il avait bien tous les ingrédients pour être plus intense et puissant, demeure toutefois un bon et beau moment de cinéma. Classique et audacieux à la fois, Rodrigo Sepúlveda nous entraîne auprès de La Loca, un travelo sur le déclin, qui passe son temps à fuir et se camoufler, se pensant trop vieille pour mener des combats. Le portrait que peint petit à petit le cinéaste est plein de couleurs et de nuances et l’on se prend d’affection pour ce personnage, qui sait nous toucher, notamment de par le regard qu’elle porte sur ce jeune homme qui va changer sa vie.

Le scénario, écrit par Rodrigo Sepúlveda lui-même, nous décrit très bien son époque, les tensions, le combat de son peuple au travers de manifestations, d’attentats, ou encore de clandestinité, fait à coup de réunions derrière des portes closes, ou dans de vieux bâtiments. Si la romance qui restera platonique, et le regard amoureux de son personnage principal pour ce jeune homme, est au premier plan, Rodrigo Sepúlveda arrive très bien à marier cette dernière avec tout le contexte politique que cette histoire demande et au-delà de ça, les luttes qu’imposent cette bataille contre le pouvoir en place. Des luttes qu’ici on prépare, des luttes qui, faute de moyens et peut-être aussi d’intérêt, ne sont pas montrées, la violence des combats et des attentats étant toujours en dehors de l’image, bien souvent racontée, ou dite aux informations et à la radio. Ce choix amène un intérêt supplémentaire, car derrière cette romance, derrière la bonté du personnage de Carlos, il y a des faits, il y a des actes, et les découvrir au travers d’informations lui donne deux visages.

Après, comme je le disais aussi, le film manque d’intensité, et s’il est bourré de très beaux moments, pour ne pas dire de fulgurances, je pense notamment à un pique-nique improvisé, et pas tant que ça, l’ensemble demeure trop classique pour pleinement marquer les esprits. Au travers de sa mise en scène, Rodrigo Sepúlveda insuffle bien de la romance, et même de la tension, notamment vers sa fin, mais derrière tous ces bons arguments, il manque quelque chose à ce « Je tremble ô Matador » pour changer de catégorie et s’imposer comme un drame puissant.

« Je tremble ô Matador« , c’est l’occasion de découvrir deux acteurs ô combien très beaux dans leur rôle. Deux acteurs touchants et plein de nuances qui composent deux personnages qu’on aime beaucoup voir se rencontrer, se charmer et suivre, aussi bien dans cette lutte pour la liberté que dans cette relation assez ambiguë qui se créée.

Cette première incursion dans le cinéma de Rodrigo Sepúlveda est donc une jolie découverte. Le réalisateur chilien nous offre un beau drame, qui sait bien mélanger ces deux thèmes, pour donner naissance à une belle intrigue, et derrière ça, à de beaux personnages. Il est vrai que le film aurait gagné à être plus sombre et plus tendu, notamment dans le portrait de sa résistance, car à coup sûr, « Je tremble ô Matador » se serait plus imposé. Après, ce n’est qu’un désir personnel, et même si le film de Rodrigo Sepúlveda ne marque pas autant que ça, il reste un bon moment de cinéma, classique certes, mais beau et intéressant.

Note : 14/20

Par Cinéted

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